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Le Time Magazine a rencontré quatre militants pour la démocratie, dont la Tunisienne Ouided Bouchamaoui

« Aujourd’hui, dans le monde, une personne sur trois vit sous un régime autoritaire, alors que beaucoup d’autres connaissent un déclin de leurs libertés démocratiques. Mais le glissement vers l’autocratie a poussé des millions de personnes à se lever et à réclamer leur droit de s’exprimer sur la façon dont leur vie doit être gouvernée », peut-on lire sur le Time Magazine dans un article-fleuve où sont restitués des entretiens avec quatre personnes qui se sont battues pour défendre la démocratie dans leurs pays respectifs.

Ouided Bouchamaoui, prix Nobel de la paix en 2015 

Femme d’affaires et présidente de l’Utica de 2011 à 2018, Ouided Bouchamaoui fait partie de la série de personnalités portraitisées par le magazine américain. Elle a joué comme on le sait un grand rôle dans la promotion de la démocratie en Tunisie suite aux Printemps arabes. « En 2013, deux leaders importants de l’opposition ont été assassinés en Tunisie. A l’époque, j’étais la chef de l’organisation patronale tunisienne et je me sentais impliquée dans le processus de transition démocratique et la nécessité d’établir un système judiciaire indépendant et transparent, explique Mme Bouchamaoui. L’Utica a été l’un des quatre groupes de la société civile à être intervenus pour faciliter les pourparlers entre le gouvernement de coalition et les autres partis. Ces pourparlers ont débouché sur l’élaboration d’une constitution consensuelle. Nous sommes devenus connus sous le nom de Quartet du dialogue national tunisien et en 2015, nous avons gagné le prix Nobel de la paix pour le succès de notre mission. » Mme Bouchamaoui raconte également que la décision d’entamer la création du quartet a été prise sans penser aux risques. « Pour nous, c’était le seul moyen d’éviter la guerre civile et la société s’est ralliée à nous. Le gouvernement n’a pas accepté au départ que des membres de la société civile puissent être impliqués dans la prise de décision politique en Tunisie. Mais à cette époque, les Tunisiens ne faisaient pas confiance aux politiciens. Il a fallu que nous intervenions pour que les gens nous commencent à nous soutenir. » Et de conclure : « Maintenant, la Tunisie est un modèle qui montre que dans les pays arabes et musulmans, nous pouvons aussi avoir une démocratie où, en outre, les femmes ont toute leur place. »

L’expérience de Nikol Pashinyan en Arménie

Le journaliste arménien Nikol Pashinyan, devenu premier ministre le 8 mai 2018, est la principale figure de l’opposition contre le gouvernement de Serge Sarkissian. Il a dirigé les manifestations qui ont secoué l’Arménie au printemps 2018 et qui ont fini par renverser le Premier ministre Sarkissian. Devenu leader de la nation, le journaliste raconte au Time Magazine que « nous savions que nous ne reculerions jamais devant la brutalité du pouvoir. Je suis convaincu que nous progresserons dans la construction de la démocratie, la lutte contre la corruption, l’instauration d’un système judiciaire et d’un Etat de droit indépendant. Pour nous, la démocratie n’est pas une question d’intérêts régionaux mais un reflet des valeurs et des convictions que nous portons. Je crois que l’Arménie sera l’une des démocraties les plus fortes du monde ! ».

Farida Nabourema : militante togolaise

Blogueuse, militante et fondatrice du mouvement Faure Must Go, Farida Nabourema est une opposante au président Faure Gnassingbé au Togo. Son activisme politique a commencé avec l’arrestation en 2003 de son père, opposant actif à la dictature de son pays. « La même famille a dirigé le Togo pendant 51 ans. Le premier président a régné pendant 38 ans et après sa mort en 2005, son fils Faure a été nommé, rappelle-t-elle au magazine américain. Notre objectif est de retirer ce gouvernement du pouvoir et de promouvoir des actions non-violentes. » Pour elle, la première étape du processus de passage à la démocratie consiste en la prise de conscience par les citoyens de leur oppression. Au Togo, c’est un processus qui a pris du temps mais les gens désirent actuellement vivre en démocratie, dit-elle. Mais les protestations sont interdites dans plusieurs villes et des centaines de personnes ont été arrêtées depuis août dernier. « Nous n’avons jamais vu ce genre d’engagement auparavant de la part du peuple. Je suis convaincue que la dictature tombera plus tôt que prévu. Les gens ont montré qu’ils sont prêts à faire tout ce qu’il faut pour faire bouger les choses », a-t-elle fait valoir.

Enrieth Martinez, opposant nicaraguayen

Leader du mouvement de protestations initié contre la politique du président Daniel Ortega au Nicaragua, Enrieth Martinez a été témoin de plusieurs actes de répression depuis qu’il est étudiant. « Lorsqu’en avril 2018, la police a utilisé la violence pour écraser une manifestation pacifique contre les coupes opérées dans le budget de la protection sociale, notre mécontentement a explosé », raconte-t-il. Au moins 250 personnes sont mortes depuis lors. Car les opposants sont confrontés à toute une machine répressive – non seulement celle de l’Etat et de ses institutions, mais aussi celle des bandes paramilitaires brutales que le gouvernement contrôle. Mais « le gouvernement a autorisé l’entrée d’organismes internationaux comme l’ONU, et a accepté des recommandations sur l’arrêt de la répression policière et le démantèlement des gangs. Nous ne savons pas encore si cette coopération se maintiendra mais nous sommes tous très sûrs de ce que nous voulons. La certitude peut vous donner de la stabilité, même en temps de crise », a-t-il dit au magazine américain.

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