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Le Washington Post dresse le portrait de la maire de Tunis, Souad Abderrahim

« Souad Abderrahim n’est pas comme les 32 anciens maires de cette capitale nord-africaine. Ils venaient de familles riches et influentes, généralement du nord du pays, tandis qu’elle est une femme d’affaires autodidacte originaire du sud du pays. C’étaient des responsables politiques. Elle a été élue lors des premières élections municipales libres à la mairie de Tunis le mois dernier », note le Washington Post dans un article consacré à cette femme politique issue des rangs d’Ennahdha.

« Et oui, c’étaient tous des hommes », poursuit le quotidien américain. Pour l’auteur de l’article, Mme Abderrahim incarne un phénomène de rareté dans le monde arabe qui consiste à voir un poste électif de haut niveau être attribué à une femme. « Même en Tunisie, où les droits des femmes sont plus avancés que dans la plupart des autres pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, son ascension est largement perçue comme une avancée pour les femmes et a redonné l’espoir de voir une plus grande parité se mettre en place ».

“Un tournant dans le monde arabe”

« La victoire de Mme Abderrahim reflète un changement progressif d’attitude envers les femmes dans le monde arabe, écrit le journal américain. Les femmes saoudiennes ont récemment été autorisées à conduire. Au Liban et en Jordanie, les lois qui innocentent les violeurs s’ils ont épousé leurs victimes ont été abrogées l’année dernière, à la suite de la décision de la Tunisie allant dans le même sens » et qui semble avoir commencé à faire jurisprudence dans le monde arabe.

Elle est également le premier maire islamiste de la capitale, candidate d’un parti politique dont la doctrine est inspirée de celle de la mouvance des Frères musulmans en Egypte, considérés comme un groupe extrémiste par certaines puissances régionales, mais modérés par d’autres. Au moment où les Frères musulmans et leurs branches sont attaqués au Moyen-Orient, l’ascension de Mme Abderrahim est largement perçue par les diplomates et les analystes comme un effort de la part de son parti pour se présenter comme plus tolérant, poursuit le quotidien basé à Washington, qui rappelle que pour gagner en popularité, Ennahdha avait déclaré en 2016 à l’issue de son dixième Congrès qu’il entendait désormais opérer une séparation entre la politique et la religion, « renonçant à l’idée d’un islam politique généralement incarné par les partis islamistes ».

Au quotidien de Washington, Mme Abderrahim a dit avoir rejoint le parti pour envoyer « un message positif aux femmes tunisiennes qui ont une énorme phobie des partis islamistes », entendant par ailleurs apporter la garantie qu’Ennahdha ne « changera pas la nature de la société tunisienne ». « La religion, a-t-elle dit, situe son fondement et son essence entre les individus et Dieu et ne devrait pas être politisée. »

Apporter des contradictions aux certitudes populaires

Lors de son élection, ses opposants ont affirmé qu’elle ne pouvait pas jouer un rôle-clé à la tête de la municipalité de la capitale, notamment en raison de l’impossibilité supposée pour une femme de se rendre à des cérémonies tenues dans des mosquées, censées être « réservées aux hommes ». Mais « l’un des premiers actes d’Abderrahim après sa victoire fut de se rendre au sein de la principale mosquée de Tunis », rappelle le Washington Post. « Il n’y a pas d’obstacle judiciaire ou religieux qui empêcherait une femme de visiter une mosquée », avait en effet rétorqué Souad Abderrahim en s’adressant à la presse tunisienne.

Depuis la révolution, l’égalité homme-femme se concrétise lentement mais sûrement, ajoute le média américain. En plus d’avoir été la première nation arabe à abroger la loi qui prévoit l’abandon des poursuites contre l’auteur de violences sexuelles s’il se marie avec sa victime, la Tunisie a adopté une loi historique qui fait de la violence domestique un acte criminel. « Quelques mois plus tard, les femmes étaient légalement autorisées à épouser des non-musulmans », poursuit le Washington Post. « Mais dans d’autres domaines, les femmes tunisiennes restent des citoyennes de seconde zone. Peu d’entre elles occupent des postes décisionnels dans les partis politiques, le gouvernement ou les entreprises », tempère toutefois le média américain, qui rappelle qu’il reste beaucoup à faire pour obtenir des autorités l’instauration formelle de lois égalitaires. Parmi les avancées législatives à opérer figure la réforme de la loi sur l’héritage, l’une des plus controversées par une large partie de la société civile. « Le président Béji Caïd Essebsi cherche à abroger la loi, mais l’establishment religieux affirme que l’institution d’une loi successorale donnant des parts égales aux hommes et aux femmes serait contraire à la loi islamique. Pour beaucoup de femmes, il s’agit de la bataille-clé et la question de savoir si Mme Abderrahim, devenue la femme politique la plus visible en Tunisie, les soutiendra ou non est devenue centrale au sein de ce débat », analyse le Washington Post. Les détracteurs de la maire de Tunis se méfient de ses véritables convictions, se souvenant notamment qu’à la fin 2011, elle avait déclaré que les mères célibataires ayant des enfants hors mariage étaient une honte et ne devraient pas bénéficier d’une protection juridique. « Les militants en faveur de l’égalité dans l’héritage notent également qu’elle ne s’est pas prononcée publiquement sur la question [du projet de loi instituant un partage patrimonial égalitaire] », commente le journal américain.

Mme Abderrahim fera-t-elle évoluer ses prises de position au sujet de ces questions sociétales ? Ses anciennes déclarations laissent planer un doute tenace sur son éventuel soutien à la réforme législative en matière d’égalité dans l’héritage. Pour l’heure, souligne le Washington Post, Mme Abderrahim compte relever les défis qui l’attendent à la tête de la municipalité de Tunis. « Je veux me consacrer à faire mon travail en essayant d’améliorer l’infrastructure de la ville et de la rendre plus écologique », a-t-elle fait valoir au quotidien américain.

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Une pensée sur & ldquo; Le Washington Post dresse le portrait de la maire de Tunis, Souad Abderrahim & rdquo;

  1. Les américains ne comprennent pas le double et le triple langage des frères musulmans tunisiens (Ennahdha) consistant à modeler leur discours selon l’audience.
    La charte constitutive d’Ennahdha qui stipule l’instauration de la “chariya” n’a jamais été abrogée.
    La prétendue séparation entre le religieux et la politique n’est qu’une tactique conjoncturelle.

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