Photo : AFP

Législatives : Ghannouchi en campagne électorale

Rached Ghannouchi, dont la légitimité est de plus en plus contestée au sein d’Ennahdha, mise sur la proximité avec des électeurs déçus. Il mène une campagne pour la première fois en tant que candidat, à l’occasion des législatives du 6 octobre.

A 78 ans, M. Ghannouchi règne depuis sur le parti Ennahdha depuis sa création il y a près de 40 ans, portant le mouvement tout juste sorti de la clandestinité à la victoire aux élections de 2011. Malgré les déboires des premières années post-révolution, le parti avait ensuite su conserver une position clé au Parlement en 2014.

Personnalité clivante

Personnalité jugée clivante, Rached Ghannouchi n’avait jusqu’ici jamais brigué de mandat. Il a par contre « laissé » Abdelfattah Mourou, un avocat plus pragmatique et perçu comme plus à même de convaincre l’aile modérée des électeurs et les bailleurs de fonds internationaux, se lancer dans la course à la présidentielle. Scrutin dont le parti islamiste a été éliminé le 15 septembre.

Arrivé en « luxueuse berline noire dans les ruelles de Bab Jdid », comme l’a constaté l’AFP, Rached Ghannouchi entre en contact avec des habitants du quartier dans l’espoir de devenir député de la capitale. Mais trois semaines après un scrutin présidentiel marqué par un rejet des partis traditionnels au pouvoir depuis 2011, dont Ennahdha, « l’accueil n’est guère plus chaleureux dans la rue ».

« On a voté pour eux mais aujourd’hui, on est au pain et à l’eau, chien de Ghannouchi ! », fulmine une habitante, Fatima Kassraoui. « Nos fils n’ont trouvé ni travail ni espoir ici, ils sont partis clandestinement (vers l’Europe, NLDR) et ils ont disparu, c’est à cause de lui », accuse encore cette femme. « Ce sont des voleurs, on a fait la révolution, et ils se sont remplis le ventre, mais nous n’avons rien vu, sauf la misère », martèle un autre habitant.

Les allégations de collusion passée avec des groupes jihadistes ont également ressurgi durant la campagne, d’autant que M. Ghannouchi se présente contre Basma Khalfaoui, la veuve de l’opposant de gauche Chokri Belaïd, assassiné en 2013 par un extrémiste. La justice n’a toujours pas fait la lumière sur cette affaire, dans laquelle le parti Ennahdha est accusé de complicité par ses détracteurs, parmi lesquels figure Basma Khalfaoui.

Mouvement contesté en interne

M. Ghannouchi, qui assure également les meetings d’Ennahdha dans les grandes villes du pays, se présente à un moment où sa légitimité en tant que président du parti est contestée par la base. La stratégie de s’allier avec des formations « modernistes » au pouvoir, ainsi que l’incapacité dont a fait preuve la coalition pour mener des réformes économiques, a miné la crédibilité d’Ennahdha comme force incarnant une possibilité de changement.

S’il était impossible jusqu’il y a peu pour des partisans du parti de remettre en question la légitimité du « cheikh » publiquement, son ancien directeur de cabinet Zoubair Chehoudi a démissionné le 17 septembre en appelant clairement Rached Ghannouchi à « rester chez lui ». Dans un message publié sur son compte Facebook, l’ex-directeur du bureau de Rached Ghannouchi avait indiqué qu’il appelait ce dernier « à quitter définitivement la politique », à « rester chez lui » et à « faire retirer son gendre Rafik Abdessalem ». Selon lui, M. Abdessalem, ainsi que d’autres responsables au sein d’Ennahdha, « ont exclu, en allant à l’encontre de la volonté des électeurs, toutes les personnes parmi les femmes, les jeunes et les leaders historiques du mouvement qui avaient des opinions opposées aux leurs ».

L’historien Slaheddine Jourchi évoque dans une déclaration à l’AFP une « situation très délicate » pour le patron d’Ennahdha, estimant que son ambition de prendre la tête du Parlement pourrait être compromise. En effet, certains sondages créditent le parti de moins de 40 sièges sur 217, contre 68 actuellement. Affirmant qu’une nouvelle alliance avec les partis au pouvoir mènerait à « la division et l’effondrement du parti », il estime qu’Ennahdha « n’a pas d’autre choix que d’aller vers l’opposition ».

Avec AFP

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer