Les citoyens originaires des pays du Maghreb sont-ils réellement les bienvenus au...

Les citoyens originaires des pays du Maghreb sont-ils réellement les bienvenus au Canada ?

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Dans un article paru récemment sur le site canadien « thenation.com », le journaliste d’origine tunisienne Akram Belkaid a tenté de brossé le portrait des rapports visiblement complexes entre la région du Maghreb et le Canada, plus particulièrement le Québec.

Son travail s’est basé sur des statistiques mais également sur des témoignages recueillis au cœur du pays nord américain. L’article paru en anglais est particulièrement détaillé, il donne un aperçu du tréfonds du Canada sur les rapports des diasporas tunisienne, algérienne et marocaine installé dans ce pays aux richesses immenses. Le « Je » dans l’article fait référence au journaliste même, qui l’a élaboré à la manière d’un documentaire, en voici la première partie, le Québec, un Eldorado où les originaires du nord de l’Afrique se trouvent au chômage :

Le Québec plaide sur les limites du multiculturalisme :

La région de la rue Jean-Talon de Montréal, connue sous le nom de Little Italy, a récemment été rebaptisée «Little Maghreb» par les commerçants locaux. Montréal, une ville de 2 millions de personnes, est divisée entre les francophones de l’est et du nord et les locuteurs d’anglais dans le sud-est, mais c’est aussi un patchwork ethnique. Le petit Maghreb abrite une grande partie de la population nord-africaine du Québec, en particulier les Algériens. De nombreuses sections de la rue Jean-Talon, au bord du Plateau-Mont-Royal, une zone bourgeoise favorisée par les immigrants français, montrent les signes des arrivants, qui ont commencé à venir au début des années 1980. Un Canadien sur cinq est né à l’étranger (200 000 en Afrique du Nord); 80% d’entre eux vivent au Québec, 70% à Montréal.

Les boucheries ici sont halal, les agents de voyages proposent des vols bon marché vers l’Afrique du Nord, et les boulangeries vendent des gâteaux et des ustensiles de cuisine typiques aux maghrébins. Quelques magasins indiquent une présence sud-américaine. Quand il y a des célébrations d’une victoire nord-africaine de football, la police détourne le trafic pour limiter la congestion. De nombreux cafés partagent leur nom avec ceux d’Alger, de Tunis et de Casablanca. Au café du 5 juillet (nommé après la date de l’indépendance de l’Algérie en 1962), j’ai rencontré plusieurs immigrants récents. Mounir D., 35 ans, d’Oran en Algérie, est un homme de maintenance dans un grand magasin et a reçu son visa d’immigration en 2015. Il m’a dit que sa nouvelle vie lui a conféré l’autonomie et la liberté: «Je suis bien ici. Je ne nierai pas qu’il y a des problèmes – mais, frère, j’ai ma femme et mes enfants, nous avons une maison et une voiture, et dans cinq ans au plus, nous serons des citoyens canadiens. Vous ne devriez pas accorder beaucoup d’attention aux personnes qui se plaignent. Ici, nous avons la paix. « 

Toutefois, beaucoup de ses amis ne partagent pas son avis. Ils avancent que leur réalité est très différente. Ils ne cachent pas leur déception ni leur colère concernant les autorités québécoises, qui n’ont pas tout fait pour les aider à s’intégrer. Hassan M., un architecte tunisien qui «travaille dans la construction», est amer: «Nous ne sommes pas des réfugiés qui demandons de la charité. Nous sommes ici parce qu’il y a une politique d’immigration sélective, parce que le Canada et le Québec nous ont invités et nous ont choisi. Mais lorsque nous arrivons ici, le chômage est garanti. Ca n’a rien d’un Eldorado. « 

Pour faire face à un déclin du taux de natalité et éviter que la part de la population québécoise active diminue par rapport à la majorité anglophone du Canada, la province a adopté une loi lui permettant de sélectionner «des ressortissants étrangers capables de participer pleinement, en français, dans la société québécoise». Afrique du Nord et de l’Ouest Et Haïti sont un bassin d’immigrants potentiels francophones largement considérés comme vitaux pour le développement du Québec.

Hassan et ses amis soulignent que le chômage est particulièrement élevé parmi ceux d’origine nord-africaine: il est entre 20 et 30%, trois à quatre fois plus élevé que la moyenne québécoise, soit 6,2% en janvier 2017. Mais ces chiffres ne parviennent pas à projeter pleinement le fort sentiment de déception que ressentent beaucoup de travailleurs migrants. Une anecdote très répandue indique que si vous avez une urgence médicale à Montréal, votre meilleure solution est d’appeler un taxi plutôt que de dépendre du service de santé sous-abonné: votre conducteur est susceptible d’être un médecin de l’Afrique du Nord ou de l’Afrique subsaharienne, interdit d’exercer parce que ses qualifications ne sont pas reconnues au Québec.

Mounir admet qu’il a du mal à accepter sa situation. Il a un doctorat en littérature et un diplôme tunisien d’interprétation, mais n’a pas pu trouver un emploi correspondant à ses compétences: « Ils ne vous avertissent pas assez pendant le processus de sélection. Les services d’immigration soulignent à juste titre la dureté de l’hiver, mais ils feraient mieux de prévenir les immigrants que la chose la plus difficile pour eux est de trouver un véritable travail. »Les publications gouvernementales indiquent à juste titre que les immigrants potentiels« ayant été sélectionnés comme travailleurs qualifiés n’aurez pas forcément un emploi dans la profession ou le commerce qu’ils souhaitent.

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