Le porte-parole des forces loyales au maréchal Khalifa Haftar, Ahmad al-Mesmari, s'adressant à la presse à Benghazi, le 6 janvier 2020. Photo : AFP - Abdullah DOMA LIBYE

Les forces pro-Haftar s’emparent de Syrte et gagnent du terrain

L’émissaire de l’ONU pour la Libye réclame une nouvelle fois l’arrêt des interventions étrangères dans le conflit libyen.

Les forces loyales au maréchal Khalifa Haftar se sont emparées lundi de la ville de Syrte, portant un coup dur aux forces rivales, dans un contexte régional tendu après l’annonce par la Turquie de l’envoi de troupes en Libye. La perte de Syrte représente un sérieux revers pour le Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par les Nations unies, dont les forces contrôlaient la ville depuis 2016 quand elles en avaient délogé l’organisation terroriste Etat islamique (EI), après plusieurs mois de combats.

Ville côtière située à 450 km à l’est de la capitale libyenne, « Syrte a été totalement libérée », a annoncé Ahmed al-Mesmari, porte-parole de l’armée nationale libyenne conduite par M. Haftar, lors d’une conférence de presse à Benghazi (est). Les forces pro-Haftar sont entrées dans Syrte quasiment sans combats. « L’opération militaire », telle qu’elle a été qualifiée et annoncée plus tôt par les forces pro-Haftar, n’a en effet duré que trois heures.

De son côté, un commandant militaire pro-GNA qui était dans la ville de Syrte a confirmé sous couvert d’anonymat la perte de la ville et le retrait de leurs forces hors de Syrte. Il a dénoncé, selon l’AFP, une « trahison » d’un groupe armé salafiste, qui a changé de camp lors de l’entrée des forces de Haftar.

Ultimatum

M. Mesmari a fait état lui, d’une « préparation minutieuse qui a duré des mois », avec des raids aériens réguliers contre la « Force de protection de Syrte » qui contrôlait la ville. Une « Force » composée essentiellement de combattants venus de Misrata (250 km à l’ouest de Syrte). En septembre, deux combattants ont été tués dans des raids aériens des forces pro-Haftar contre des troupes loyales au GNA à Syrte.

Le maréchal Haftar, qui tente depuis le 4 avril de s’emparer de Tripoli, avait déjà lancé un « ultimatum » aux combattants de Misrata qui composent l’essentiel des forces du GNA, les appelant à se retirer de Tripoli et de Syrte. Il a annoncé aussi vendredi la « mobilisation générale » contre une intervention militaire turque en Libye en vue d’apporter un soutien militaire au GNA.

Le maréchal Haftar, lui, est soutenu notamment par l’Egypte et les Emirats arabes unis qui lui fournissent un appui diplomatique et militaire. Ces deux pays sont des rivaux régionaux de la Turquie et d’un autre allié du GNA, le Qatar. La Russie est soupçonnée aussi d’avoir envoyé des mercenaires pour prêter main forte aux pro-Haftar, une information toutefois démentie par Moscou. Début novembre, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov avait en effet dénoncé des « élucubrations » et des « rumeurs malveillantes » destinées à « saper la normalisation » des relations entre Moscou et Washington. « Nous agissons en faveur du règlement (du conflit) en Libye et nous soutenons les efforts en ce sens, y compris dans la ligne de l’ONU, et nous nous trouvons en contact avec ceux qui ont une influence sur la situation », avait-il ajouté. Le chef du groupe de contact russe sur la Libye, Lev Dengov, s’est montré tout aussi catégorique. « De telles informations (publiées dans le New York Times) visent à discréditer la participation russe dans le règlement pacifique du conflit » en Libye, a-t-il dit. « La législation russe interdit le mercenariat, il s’agit d’une infraction pénale punissable », avait affirmé le diplomate russe.

« Colère » de Ghassan Salamé

L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a lui fait état lundi de sa « colère » en réclamant une énième fois l’arrêt des interférences étrangères dans le conflit libyen, à l’issue d’une réunion de deux heures avec le Conseil de sécurité de l’ONU à New York. « L’émissaire s’est aussi montré sévère à l’égard du Conseil de sécurité, incapable de s’entendre depuis le début de l’offensive de Haftar en avril sur une résolution réclamant un cessez-le-feu », souligne le quotidien libanais L’Orient-Le Jour.

VOA Afrique indique ainsi qu’interrogé sur l’arrivée de militaires turcs en Libye, en soutien au gouvernement libyen d’union nationale (GNA), Ghassan Salamé a répondu que « le pays souffrait beaucoup trop des interférences étrangères sous différentes formes ». Rappelant l’existence d’un embargo sur les armes en Libye depuis 2011, Ghassan Salamé a aussi lancé : « Arrêtez toutes ces interférences étrangères ! Sortez de ce cauchemar libyen. Je demande à tous les pays de rester hors du conflit car il n’y a pas de solution militaire. »

Interpelé sur la date d’une conférence internationale sur la situation libyenne convoquée par l’Allemagne et espérée avant fin janvier, M. Salamé s’est contenté d’indiquer qu’il souhaitait qu’elle ait lieu « au plus tôt ».

Selon une source diplomatique citée par l’AFP, une rencontre attendue samedi à Moscou entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président russe Vladimir Poutine pourrait être décisive à ce sujet si ce dernier accepte de participer à cette réunion internationale à laquelle serait également invité son homologue turc.

Dans ce contexte incertain, le chef du GNA, Fayez al-Sarraj, s’est rendu lundi à Alger où il a discuté avec le nouveau chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune de « l’aggravation de la situation en Libye », selon la présidence algérienne. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, s’est lui aussi rendu lundi dans la capitale algérienne pour une visite officielle de deux jours.

Mme Merkel s’est entretenue par ailleurs au téléphone avec M. Tebboune, pour l’inviter à la conférence de Berlin sur la Libye, selon la présidence algérienne. La Libye a été également au centre d’un entretien téléphonique entre la chancelière allemande et le président tunisien Kaïs Saïed qui a été invité à une visite officielle en Allemagne, a indiqué la présidence tunisienne, sans préciser si l’invitation avait pour objet la participation à la conférence de Berlin.

N.B., avec AFP, VOA Afrique et L’Orient-Le Jour

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