Les Tunisiens « veulent un président à la hauteur de leur passion pour leur pays » (MEE)

Plus d’un mois après le décès du président Béji Caïd Essebsi, la campagne présidentielle vient de démarrer en Tunisie. Les 26 candidats retenus par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) sont le principal sujet de conversation des Tunisiens. Des conversations « très animées » qui n’auraient pas été possibles il y a encore dix ans, commente le journaliste indépendant Alexander Seale dans les colonnes de Middle East Eyes.

Pour lui, le Premier ministre Youssef Chahed devrait faire face à une forte concurrence de la part de l’ancien président Moncef Marzouki mais aussi du ministre de la Défense Abdelkrim Zbidi, de l’ex-Premier ministre Mehdi Jomaa et de l’homme d’affaires Nabil Karoui, propriétaire de la chaîne de télévision privée Nessma, arrêté vendredi 23 août pour « blanchiment d’argent ».

Montée du populisme

Ce journaliste qui a récemment séjourné à Tunis constate que « plusieurs personnes disent leurs inquiétudes quant à la montée du populisme en Tunisie. Un jeune médecin m’a expliqué que les Tunisiens ne voulaient pas élire ‘un homme de raison efficace’, car ils ont trop eu l’habitude d’être gouvernés par des bandits ou des corrompus ».

Selon lui, la tendance pourrait bien être au rejet des partis traditionnels. « Le populiste Nabil Karoui pourrait bien finir président élu de la Tunisie. Il est l’un des préférés dans les sondages, selon lesquels il pourrait être en tête dès le premier tour », dit-il. Car la candidature de Nabil Karoui reste valable malgré son arrestation, comme l’a précisé l’ISIE, tant qu’aucune décision de justice la compromet pas.

« Deux candidats me semblent favoris : l’ancien médecin militaire, Abdelkrim Zbidi, et Youssef Chahed. A 43 ans, Chahed est le plus jeune chef de gouvernement de l’histoire moderne de la Tunisie. Il est le Premier ministre qui a pu durer le plus longtemps à la tête du gouvernement depuis la révolution de 2011. Maintenant, il participe à sa première élection en se présentant comme le candidat de la jeunesse. Après avoir été en tête des sondages, Chahed a vu sa popularité chuter à cause des difficultés économiques aiguës que traverse le pays », poursuit Middle East Eye.

Quant à Abdelkrim Zbidi, qui bénéficie du soutien des partis laïcs Nidaa Tounes et Afek Tounes, il est considéré par beaucoup comme étant « au-dessus de la politique des partis et des querelles internes qui ont tant freiné les réformes économiques », remarque Alexander Seale.

Créer la surprise

Nabil Karoui, magnat des médias et propriétaire de la chaîne de télévision Nessma, déploie pour sa part « une vaste flotte de camions contenant des cliniques médicales, sous l’égide d’une fondation privée qu’il a baptisée au nom de son fils, décédé dans un accident de voiture en 2016 ». C’est à la fin mai 2019 qu’il a déclaré son intention de se présenter aux élections présidentielles et de fonder son propre parti politique. « Sa stratégie est de viser les plus démunis. S’il est capable de créer la surprise, il faut se souvenir qu’en Tunisie, après l’ère de Ben Ali, personne n’a forcément envie de voir un populiste bardé d’argent arriver au sommet », fait valoir l’auteur de l’article.

Au contraire, « les Tunisiens ont besoin d’un président qui sache rassembler et qui puisse fonder un meilleur avenir éducatif et économique pour ce pays dont la population est très majoritairement jeune. Beaucoup de réformes économiques seront nécessaires, l’industrie du tourisme a besoin d’être améliorée, et l’éducation a aussi besoin [d’être réformée]. Pour Seale, M. Essebsi a ouvert une voie démocratique et c’est au futur président de « stabiliser la situation politique pour que ce beau et généreux pays ne tombe pas une fois de plus dans la tyrannie de la dictature et de la corruption ».

N.B.

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