Les universités africaines se battent pour attirer des chercheurs postdoctoraux. Voici pourquoi

La formation postdoctorale, période « d’apprentissage » pour un chercheur nouvellement diplômé afin de parfaire ses compétences dans un environnement de recherche, est presque absente au sein des universités africaines.

Dans un article publié dans les colonnes de The Conversation, Judy Omumbo, responsable du programme pour les postdoctorants à l’Académie africaine des sciences, explique que très peu d’universités africaines offrent une formation postdoctorale, principalement en raison de lacunes au niveau du mentorat. « Il n’y a tout simplement pas toujours suffisamment de personnel enseignant expérimenté et qualifié – des titulaires d’un doctorat – en mesure de fournir le soutien nécessaire », écrit-elle dans le magazine indépendant.

Et même s’ils parviennent à occuper des postes de postdoctorat dans des institutions africaines, les jeunes chercheurs en début de carrière originaires du continent doivent relever quatre grands défis, analyse-t-elle.

Premièrement, ils n’ont pas accès aux ressources de leurs institutions d’origine. Deuxièmement, ils n’ont pas été correctement formés à la rédaction de demandes de subvention, une compétence essentielle pour accéder à un financement compétitif pour leurs recherches. Troisièmement, ils manquent de mentors ou de superviseurs. Enfin, les postes postdoctoraux ont tendance à être mal payés.

Manque d’infrastructures de recherche solides

Le manque d’accès aux ressources est un gros problème pour les chercheurs postdoctoraux. Les avancées scientifiques de qualité se produisent dans des environnements où les chercheurs ont une infrastructure de pointe et reçoivent un bon soutien administratif. « Il est donc impératif que les postdoctorants soient installés dans des laboratoires scientifiques accomplis dans des universités bien établies et dotées de ressources suffisantes », soutient l’article.

Selon Judy Omumbo, les universités africaines manquent généralement de bonnes infrastructures de recherche, ce qui signifie que les titulaires de doctorat ne peuvent pas obtenir le type de formation postdoctorale dont ils ont besoin.

Au lieu de cela, ils sont souvent entraînés dans des tâches d’enseignement ou d’administration. Les données montrent que le ratio moyen conférenciers/étudiants atteint 1/47. Au Kenya, un conférencier peut gérer de 80 à 100 étudiants. Les universitaires sont ainsi submergés par leurs charges d’enseignement et les formalités administratives associées. Il ne leur reste peu ou pas de temps pour mener leurs recherches.

Tous les doctorants ne choisissent pas de rester en Afrique et empruntent la voie de l’enseignement. Nombre d’entre eux recherchent une formation postdoctorale concurrentielle à l’étranger ou s’installent de plus en plus en Afrique du Sud en raison de sa solide infrastructure de recherche et de ses programmes postdoctoraux.

Bon nombre de ces scientifiques bien formés restent ensuite dans leur pays d’accueil pour mener une carrière fructueuse, ce qui prive l’Afrique de la possibilité de créer une infrastructure de recherche de calibre mondial.

Pas d’appui à la recherche en Afrique

Les institutions sud-africaines disposent de bureaux d’appui à la recherche bien établis pour fournir un soutien aux débuts de carrière postdoctoraux. « Nous avons été témoins de cela à l’Académie africaine des sciences lorsque, avec la Royal Society, nous avons offert des bourses à 30 postdoctorants dans le cadre du programme de recherche indépendante des futurs dirigeants africains. Ceux qui venaient d’Afrique du Sud ou étaient dans des institutions sud-africaines ont reçu un soutien avant leur candidature, ce qui les a aidés à préparer leurs budgets et à être plus compétitifs dans leurs candidatures », témoigne Mme Omumbo.

Malheureusement, ce n’est pas le cas pour le reste du continent. Dans la plupart des cas, les bureaux d’appui à la recherche n’existent pas et les candidatures sont largement motivées par l’intellect et la détermination de réussir à une échelle individuelle, avec peu de soutien institutionnel.

Manque de mentors ou de superviseurs

Les universités africaines font par ailleurs face à une grave pénurie de personnel de niveau doctorat. La pénurie d’enseignants titulaires d’un doctorat signifie que les établissements d’enseignement supérieur ne préparent pas des diplômés pouvant être compétitifs dans le monde universitaire ou dans le secteur privé à l’échelle mondiale.

Faible rémunération

Les universités doivent offrir des conditions de travail attractives et un soutien financier si elles veulent attirer des diplômés postdoctoraux. Les postdoctorants doivent ainsi être bien financés pour rendre la formation attrayante pour les chercheurs en début de carrière.

L’expérience de Mme Omumbo à l’Académie africaine des sciences suggère, écrit-t-elle, que cela peut être fait. « Nous avons une plateforme de gestion de programmes, l’Alliance pour l’accélération de l’excellence scientifique en Afrique, qui vise à mettre en place des programmes postdoctoraux bien financés pour créer une masse critique de chercheurs africains. D’autres organismes de recherche pourraient envisager une approche similaire afin que les postdoctorants aient une meilleure chance de gagner décemment leur vie tout en développant leurs compétences en tant que chercheurs. »

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