« Les Valeureuses » de Sophie Bessis : 5 destinées féminines originales de l’histoire tunisienne

« Les Valeureuses » de Sophie Bessis : 5 destinées féminines originales de l’histoire tunisienne

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L’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis a publié à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme un ouvrage consacré à cinq femmes « valeureuses » de l’Histoire tunisienne (« Les Valeureuses : cinq tunisiennes dans l’Histoire », Tunis, Elyzad, 2017), de l’Antiquité au monde moderne, qui habitent l’imaginaire collectif tunisien et continuent d’alimenter leurs « mythes ». Cinq femmes, cinq Tunisiennes sont présentées de manière chronologique, s ’inscrivant dans l’histoire riche et plurielle de la Tunisie : Elyssa, la princesse qui aurait fondé Carthage, Aïcha Sayda Manoubia, une « sainte » mais rebelle du XIIIème siècle célébrée par la tradition soufie qui peut être considérée comme les « saintes » chrétiennes, Aziza Othmâna, princesse et femme pieuse, généreuse et proche des démunis du XVIIIème siècle, et deux figures du XXème siècle, Habiba Menchari, une féministe engagée des années 1930, qui s’était opposée au port du voile et Habiba Msika, figure marquante et sulfureuse de la scène musicale et artistique tunisienne des années 1920.1930.
Sophie Bessis exhume un passé quelque peu oublié, explorant les destins individuels de ces personnalités, connues des tunisiens, mais n’existant pas réellement dans l’historiographie, seulement par des images mythifiées et symboliques.
Ainsi, dans Les Valeureuses ou Cinq Tunisiennes dans l’Histoire, l’historienne, faire revivre ces figures d’exception « devenues d’incontournables marqueurs de la mémoire du pays ». Leur héritage, écrit-elle, participe de cette « tunisianité », cette spécificité qui a orienté le choix de l’auteure de ces 5 personnalités parmi d’autres, comme par exemple la « Kahena » qui aurait pu faire partie de ces « valeureuses », mais qui peut être envisagée dans un contexte régional plus large, comme personnalité maghrébine.
Sophie Bessis a délibérément choisi des figures « hors norme » et connues pour « leurs excès ». Car seul ce type de destinée à la singularité baroque, voire marginale, peut « fissurer les murailles » d’un roman national encore trop dominé par les gloires masculines. Les Valeureuses, se veut être un autre regard sur l’imaginaire tunisien.
Sophie Bessis reconnaît le caractère non objectif de ce choix et insiste sur la volonté de présenter des personnalités disparues et mythiques autant par leur symbolisme que par le fait que leur existence même est parfois remise en cause par les historiens. C’est le cas d’Elyssa, la princesse phénicienne fondatrice de Carthage (Didon) dont le symbole est tellement fort qu’il dépasse même la réalité au point où c’est le mythe qui écrit l’histoire et non le fait dans son cas. Elyssa a fini par exister dans nos inconscients collectifs à force d’inspirer pléthore d’odes artistiques et littéraires. Il en est de même pour Sayda Manoubya ou Aziza Othmâna, où les récits épiques peuplent la culture populaire mais où les documents relatant ces faits sont fort peu nombreux comme le déplore l’historienne, qui avoue avoir peiné pour « démêler le vrai du faux ».
En racontant leurs vies, “j’ai voulu comprendre pourquoi elles incarnent encore aujourd’hui des figures vivantes de la liberté” écrit-elle.
Née en 1947 à Tunis, l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis est agrégée d’histoire et ancienne rédactrice en chef de l’hebdomadaire “Jeune Afrique”. Elle est actuellement chercheure associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) de Paris, spécialiste des relations Nord/Sud et des questions africaines et du Maghreb. Elle est également secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Elle a longtemps enseigné l’économie politique du développement au département de science politique de la Sorbonne et à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Consultante pour l’Unesco et l’Unicef, elle a mené de nombreuses missions en Afrique. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages sur la question de la condition des femmes dans les pays arabes (« Les Arabes, les femmes, la liberté », Albin Michel, 2007), sur les relations Orient/Occident (« L’Occident et les autres : histoire d’une suprématie », 2003, « La double impasse : l’universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand », 2014, Editions la Découverte) et une biographie de Habib Bourguiba (Jeune Afrique, 1988).

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