L’Etat tunisien est-il en mesure de gagner sa guerre contre la corruption...

L’Etat tunisien est-il en mesure de gagner sa guerre contre la corruption ?

0
PARTAGER

La corruption, un terme familier pour tous les tunisiens qu’ils soient jeunes, vieux, employés au secteur public ou privé, au chômage. Bref, tout le monde en Tunisie reconnait le fléau, il fait partie intégrante du quotidien de chacun.

La corruption, 40% du PIB…

L’Instance nationale de lutte contre la corruption, créée après la révolution de 2011, demeure impuissante face à ce fléau qu’elle est censée éradiquer. Chawki Tabib, à la tête de l’INLUCC depuis le 6 janvier 2016, ne rate aucune occasion pour énumérer les conséquences alarmantes de la corruption sur l’économie nationale et par extension, sur les rêves des tunisiens de développement et de richesse.
En chiffre, cet ennemi partout infiltré fait perdre à la Tunisie 2 points de croissance de manière directe, et 2 autres de manière indirecte à cause de la mauvaise gestion qu’il engendre. L’économie informelle qui se nourrit principalement de la contrebande, représente autour des 40% du PIB du pays. C’est une terre fertile qui cultive toutes sortes d’écarts où lois, fiscalités et taxes font place aux pots-de-vin. Chawki Tabib explique qu’il s’agit de l’héritage de l’ancien régime : « C’est le même système que sous Ben Ali » a-t-il déclaré.
Le diagnostic de Tabib va au delà de ces chiffres, il craint un scénario « à la colombienne », précise que la Tunisie deviendra « un Etat mafieux » car six ans après la révolution « on ne s’est pas (encore) attaqué aux racines de ce système (le système de Ben Ali) ».
Il ajoute : « Le loup est dans la bergerie. Les groups mafieux ont pénétré l’Etat, ils sont dans les ministères et ils profitent de la manne des achats et contrats publics ».
L’administration, un autre visage de la corruption
Khmais Bahri, un homme d’affaires brillant à la tête de Bahri Group, ex-prisonnier sous le régime de Ben Ali notamment pour ses opinions critiques envers la corruption parle carrément de résistance. Il évoque son expérience personnelle avec la bureaucratie, un autre visage de la corruption. En effet, en 2015, quatre ans après la révolution, le GCT (Groupe Chimique Tunisien) a lancé un appel d’offre pour le remplacement d’un turboalternateur transformant les pertes en vapeur en électricité. Le turboalternateur est déjà en panne depuis 2010, il est installé à l’unité de production de Gabès. Bahri Group a fait la meilleure offre, il ne lui restait que la validation technique pour entamer ce projet profitable tant sur le plan économique que sur le plan écologique. Toutefois, la validation traine, voilà déjà deux ans, sans qu’on confère une explication à ce retard. Bahri pense pourtant savoir pourquoi : « L’employé qui doit effectuer une tâche en un an, y passe deux ou trois ans. Pourquoi ? Parce que tu ne l’as pas invité au restaurant, à se promener ou tu ne lui as pas offert des cadeaux… ».
Les différentes facettes du fléau ne font pas uniquement du tord aux entreprises tunisiennes, elles font fuir les investisseurs étrangers, dont le pays a tant besoin afin de booster l’économie et créer des emplois.

Lutter contre le fléau, priorité de l’Etat ?

Compte tenu de ces faits, le gouvernement Chahed a annoncé que la lutte contre la corruption est sa priorité. Mais qu’est-ce que le gouvernement a fait jusqu’au là ?
Pour faire face à un virus qui consomme 40% de l’économie tunisienne, il faut s’offrir les moyens. Or, le budget de l’INLUCC pour 2017, n’est que de 2 millions de dinars. A titre d’exemple, le budget de l’IVD (Instance de Vérité et de Dignité) présidée par Sihem Ben Sedrine, s’élève en 2017 à 10.9 millions de dinars, la différence est simplement flagrante, alors que les deux instances ont le même objectif, rendre justice, chacune dans son domaine. Dans ce contexte, Tabib s’est indigné en ces termes : « Trop peu ! Cela ne reflète pas une volonté politique ferme contre ce fléau, dénonce Tabib. Plus [l’exécutif] nous donne de moyens, plus on aura d’experts, de contrôleurs, de bureaux en régions, on aurait un centre d’études et de recherches».
Notons enfin que le 21 février 2017, un projet de loi qui porte sur la protection des lanceurs d’alerte sera étudié par l’ARP. Une telle loi représente un pas important dans la lutte contre la corruption, elle devrait cependant être suivie d’autres lois et surtout appliquée partout et sur tout le monde.
Six ans après la révolution, le bilan concernant la lutte contre le fléau de la corruption est, disant le, médiocre. La mauvaise gestion, la bureaucratie, la propagation des pots-de-vin à tous les niveaux sont les alliés forts de ce virus dangereux, créée et nourris par « des parrains » , « des barons » trop puissants pour être mis hors d’état de nuire.

Pas de commentaires

Laisser un Commentaire