VILLES

L’EUROPE DES VILLES

Michel DestotS’interroger sur la réalité et l’avenir de nos villes n’est pas un exercice d’intellectuel féru de références sociologiques et culturelles. C’est un devoir pour tous, citoyens comme responsables.

La ville est en effet le reflet de notre société, de ses contradictions, de ses injustices, mais aussi de ses solidarités et de ses espoirs.

C’est dans les villes que se forge le visage du monde de demain.

En 1950, 30% de la population mondiale vivait en aire urbaine. Aujourd’hui, c’est plus de 50%. En 2050, ce sera 70%!

Et dans les pays de l’OCDE, dits les plus développés, c’est 80%.

Dans ce phénomène d’urbanisation, mondial et irréversible, imaginer des villes intelligentes et durables, des villes porteuses d’espoir devient dès lors essentiel.

Toutes les villes ne sont pas identiques. Leurs tailles, leurs histoires, leurs situations géographiques peuvent être très différentes.

Cependant, il reste que leur destin est le même. Il s’agit d’y accueillir une part croissante de la population mondiale en donnant sens au vivre ensemble, dans un monde globalisé où tous les grands défis se posent à tous, qu’il s’agisse des échanges économiques et financiers, de la solidarité internationale avec des flux migratoires permanents, de la protection de notre planète au bord du naufrage écologique.

On comprendra que, par simplicité et meilleure connaissance du sujet, je puise mes premiers arguments dans Grenoble et la France. La généralisation à l’Europe sera d’autant plus facile que les expériences sont souvent similaires dans notre continent.

ET D’ABORD RECONNAÎTRE PARTOUT LE FAIT URBAIN

Le fait urbain n’est malheureusement pas encore reconnu, partout dans le monde, à la hauteur de sa réalité. Sinon comment expliquer l’incapacité de beaucoup de pays à maîtriser le développement de ses grandes métropoles, quelque fois de plusieurs dizaines de millions d’habitants, où l’aménagement échappe à toute politique raisonnable et où la vie devient difficilement supportable?

Et en France?

Depuis La Commune de Paris en 1870, en révolte contre l’Etat central autoritaire et inégalitaire dans ses politiques, le pays se méfie de ses grandes villes.

Plus qu’ailleurs en Europe (en dehors de la Russie), la France a construit son unité par l’autorité, parfois violente, de l’Etat central.

Il a fallu attendre les années 1960, avec Michel Rocard qui deviendra Premier Ministre 30 ans plus tard, pour entendre un dirigeant politique français plaider pour “décoloniser la province”.

Le tournant se prend réellement au début des années 1980 avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. L’Etat doit négocier avec les régions des contrats de plan. De nouvelles compétences (écoles, collèges et lycées, trains régionaux, revenu de solidarité active,…) sont transférées aux collectivités territoriales.

Les communes (plus de 36000!, soit autant que dans le reste de l’Europe) sont poussées à vivre ensemble sous le régime de l’intercommunalité.

Désormais, en dehors des fonctions régaliennes (Défense, Affaires étrangères, Justice, Intérieur), l’Etat partage quasiment toutes les compétences avec les collectivités territoriales, qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé, du logement, de l’emploi, du social, de la culture, du sport, de la sécurité, de l’environnement et même de l’international (coopération décentralisée et Organisations Non Gouvernementales représentant 20% de l’action internationale de notre pays).

Et plus de 70% des investissements publics civils relèvent dorénavant des collectivités territoriales.

Ainsi, peu à peu, s’est installé en France un nouvel équilibre des pouvoirs politiques et économiques.

Il y a 50 ans, à l’époque dite des “trente glorieuses”, années de forte croissance après la deuxième guerre mondiale, on parlait volontiers de la toute puissante région parisienne où se concentrait l’essentiel des atouts français en matière de développement, et de désert français pour le reste du pays.

Aujourd’hui, le rapport des forces s’est largement inversé. 50% du Produit Intérieur Brut se trouve dans les grandes agglomérations urbaines, où le taux de croissance atteint ou dépasse les 3% quand il se traine à 1% au plan national.

L’unité de notre pays n’en est pas menacée pour autant par cette décentralisation. Elle se révèle, au contraire, une chance pour affronter les grands défis qui sont devant nous, à commencer par l’intégration de toutes les populations venues des 4 coins de notre hexagone et des 5 continents du monde.

Et ce qui est vrai en France, pays de tradition centralisatrice, est naturellement vrai dans tous les pays européens, généralement dotés de structures plus fédérales.

LES VILLES ONT UN LONG PASSÉ, ELLES ONT AUSSI UN GRAND AVENIR

Comment ignorer, en effet, que les progrès de l’humanité et l’émergence des civilisations au cours de l’histoire se sont toujours nourris à partir des villes?

Athènes, Rome, Constantinople, Paris, Londres, New-York, Tokyo, Shanghai…ont été les cadres du développement humain bien avant et bien mieux que les États-nations!

En Europe,depuis le XIIème siècle, les villes ont joué un rôle décisif à chaque étape de l’histoire: invention de l’économie marchande, mise en œuvre de la démocratie, émergence de la révolution industrielle…

Aujourd’hui encore, c’est en ville que se dessine le nouvel horizon de nos sociétés. Après un demi-siècle dominé par l’automobile, l’énergie bon marché, la privatisation des espaces et l’étalement de nos villes, nous devons inventer (et parfois nous le faisons déjà) d’autres solutions urbaines qui vont façonner nos sociétés tout entières.

C’est dans nos aires urbaines, c’est-à-dire sur 2% de la superficie du globe, où vit plus de la moitié de la population mondiale, et dans les grandes villes plus qu’ailleurs, que se concentrent les grands défis de notre temps.

Et d’abord les défis sociaux qui interrogent les moyens donnés dans les politiques menées contre les inégalités et les discriminations.

En 25 ans, c’est-à-dire en une génération, la carte de la pauvreté a profondément changé en France, passant, dans la moyenne des statistiques, d’une personne âgée vivant en milieu rural à un jeune vivant en milieu urbain, issu de famille monoparentale et d’origine étrangère.

C’est dire que les politiques de solidarité doivent se porter prioritairement sur les grands défis sociaux et sociétaux urbains que sont l’école, le logement, la santé, l’insertion professionnelle…en pensant donc principalement aux jeunes.

Car le plus important, le plus précieux pour une famille, ce n’est pas l’importance du compte en banque mais les enfants et la chance qu’on peut leur donner.

Les défis environnementaux ne sont pas moindres.

80% de la consommation d’énergie et des émissions de CO2 prennent source dans l’activité humaine, liée à l’économie, aux déplacements, au chauffage ou à la climatisation.

Il y a 50 ans, on faisait en moyenne 5 kms par jour, soit la distance moyenne aujourd’hui d’une personne en Afrique. Mais c’est 45 kms par jour désormais en France, le tiers pour se rendre au travail, un autre tiers pour les vacances et le dernier tiers autour de chez soi, pour faire ses achats, aller au cinéma, faire du sport, rencontrer des amis…

En moyenne, avec d’énormes disparités, cela inclue l’ingénieur qui se rend à Singapour ou la “nounou” qui garde les enfants. Durant son mandat, le président Sarkozy a parcouru 700 kms quotidiennement, tandis que les jeunes, au pied de leur immeuble, en sont restés à 5!

Mais au total, face à cette évolution spectaculaire, il nous faut raisonner désormais en termes de mobilité pour tous (pour ne pas pénaliser 25% des familles qui, comme à Grenoble n’ont pas de voiture pour se déplacer), de transports en commun à vitesse élevée, de gestion efficace des trafics, de Plan de Déplacement des Entreprises et des Administrations, de modes doux et de déplacements partagés (covoiturage, taxis,..), de conception multimodale des gares (train, tramway, bus, vélo,…), d’auto-partage de véhicules électriques…

Et ce qui vaut pour les déplacements, vaut aussi pour l’habitat, pour éviter sa dispersion et son manque de protection thermique, comme pour l’éclairage public ou la gestion des déchets, ou encore pour l’eau (protection de la ressource, assainissement, gestion des eaux pluviales, risque d’inondation, limitation des rejets polluants, …au-delà même de la production, de la collecte et du traitement de l’eau).

En matière d’urbanisme, nous avons misé, à Grenoble, sur la compacité de la ville.

Au plan de l’habitat, nous avons recherché la mixité sociale et d’usages dans tous les quartiers de la ville, avec une attention toute particulière à concevoir et réaliser des logements et des équipements bien protégés thermiquement, et pour les plus performants à énergie positive.

Ainsi à Grenoble, comme dans beaucoup de villes européennes, à l’instar de Stuttgart, d’Amsterdam ou de Bologne, nous avons poussé les feux de la mobilisation écologique concrète.

LE BESOIN DE VILLES INTELLIGENTES ET DURABLES CROIT AVEC LA COMPLEXITÉ DES PROBLÈMES À RÉSOUDRE

Face à tous ces défis économiques, sociaux, environnementaux et sociétaux, de nombreux experts et responsables politiques se sont mobilisés pour imaginer la ville de demain capable de mettre en œuvre des infrastructures (services publics, transports, eau, électricité, habitat…) communicantes et durables pour améliorer la qualité de vie, rendre les services plus efficaces et les coûts moindres, tout en respectant l’environnement.

Le concept de “smart city” ou ville intelligente est né. S’appuyant sur l’utilisation notamment des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’innovation et l’expérimentation se sont progressivement étendues à tous les domaines d’activités urbaines (de l’urbanisme à la culture, du sport au tourisme, de la formation aux transports et à la santé).

Il ne suffit pas d’imaginer une ville intelligente en pensant efficacité  “numérique”. Il revient aussi de la rendre plus humaine en conciliant les progrès économiques, sources d’emploi, avec la solidarité sociale, en se battant contre toutes les inégalités sociales, fiscales, éducatives ou culturelles, le tout en prenant soin de notre environnement. En d’autres termes le concept de ville intelligente doit s’inscrire dans les objectifs du développement durable (économique, social, environnemental et démocratique), que je préfère appeler tout simplement humain.

Ce sont d’ailleurs dans les aires urbaines que se concentrent les atouts de nos pays en termes de matière grise et d’innovation (universités, recherche, industrie et services).

Les villes sont devenues les moteurs de l’économie de la connaissance, des lieux d’échanges et de consommation, de foisonnement culturel et associatif, d’ancrage le plus solide de la démocratie et d’innovation en matière éducative et écologique.

Et les maires des grandes villes ont vite compris que le développement économique de leurs territoires dépendait de l’attractivité de leur environnement éducatif, culturel, sportif et de l’équilibre social des quartiers entre centre-ville et cités populaires.

À Grenoble, on a vanté notre éco-système technologique, universitaire et économique. Je suis moi-même issu de ce milieu scientifique et entrepreneurial que Grenoble aime mettre en avant.

Cependant devenu maire, j’ai souhaité aussi promouvoir l’environnement éducatif avec par exemple la création d’une cité scolaire internationale (collège et lycée, avec des sections américaine, anglaise, allemande, espagnole, italienne, portugaise, chinoise et arabe).

Sur le plan culturel, un effort sensible a été consenti dans toutes les disciplines.

Avec la construction de nouveaux stades, piscines, patinoires, complexes de tennis, nous avons encouragé la pratique sportive, et cela jusqu’en montagne (dans cette ville qui avait organisé les Jeux Olympiques en 1968).

Nous avons souhaité dans le même temps organiser de  grandes mobilisations populaires comme avec le passage du Tour de France ou l’organisation de grands concerts gratuits.

La construction de logements de tout niveau, la requalification des cités populaires comme la lutte contre l’insécurité n’ont pas été oubliées.

Sur le plan environnemental, Grenoble a souvent été sur le podium, en matière de déplacements, d’accessibilité, d’installations solaires (thermiques et photovoltaïques) ou biomasse (bois-énergie pour chauffage ou co-génération).

Notre politique de protection thermique sur les grands boulevards de Grenoble a permis de réduire de près de 1000 tonnes par an la production de CO2 et de réduire de plus de 30% les factures de chauffage de chaque appartement.

Au total, cette recherche de qualité de vie et de cohésion sociale a bénéficié au développement économique et donc à l’emploi, première des solidarités, au même titre que les progrès  universitaires ou scientifiques.

J’étais bien sûr fier des brillants résultats de nos chercheurs ou des implantations d’entreprises américaines, allemandes, japonaise ou indiennes.

J’ai vibré à la nomination de prix Nobel ou de prix internationaux en physique,  mathématiques ou médecine.

J’étais heureux d’apprendre que la revue américaine Forbes avait classé Grenoble 5eme ville la plus innovante du monde, et la seule française figurant dans les 15 premières.

Mais je n’ai pas boudé non plus mon plaisir quand le quartier dit de Bonne, reconstruit sur l’aire d’une ancienne caserne militaire, a été sacré 1er écoquartier de France, pour son aménagement compact et accessible, pour sa gestion innovante de l’énergie, ses logements à faible consommation énergétique avec près de 1500 m2 de panneaux photovoltaïques ou son centre commercial à régulation thermique sans apport énergétique.

J’étais même ému quand, chaque année, Grenoble figurait sur la plus haute marche en matière d’accessibilité, en France et souvent en Europe.

Je retire de cette expérience grenobloise comme de ma responsabilité nationale à la tête des Grandes Villes de France, que c’est dans les villes, pour peu qu’on s’en donne les moyens, qu’on est le mieux placé pour dépasser les contradictions, harmoniser développement économique, solidarité sociale, protection de l’environnement et démocratie participative.

En concevant des villes intelligentes et durables, en refusant tout à la fois de tourner le dos aux inégalités et aux nécessaires progrès économiques et environnementaux. En donnant un sens concret et contemporain à ce qui peut rassembler dans un pays comme la France, qui a construit son unité sur un système de valeurs hérité de la philosophie des lumières, de la révolution française, de la laïcite et de la langue française, et qui doit incarner ses idéaux dans la territorialisation de la nation.

Désormais, dans le monde entier, l’émergence de pôles de compétitivité, l’essor d’universités de rang mondial, le brassage des populations aux cultures et langues différentes, le développement d’énergie propre pour les bâtiments et les transports deviennent le lot des métropoles urbaines.

Elles se retrouvent être les principaux acteurs des Objectifs de Développement Durable prônés par la COP 21, depuis le sommet de Paris.

Les prouesses technologiques (objets connectés, fibre optique à domicile, open data, smart grids, télé services, et autres applications du numérique) permettent de faire des progrès considérables en matière de développement économique et touristique, de transports publics, de progrès scolaire et d’accès à la culture.

Et la ville devient lieu d’expérimentation et creuset des innovations sociétales, qu’elles soient technologiques, sociales, environnementales, culturelles ou démocratiques.

BEAUCOUP D’OBSTACLES ENCORE À SURMONTER

Comment surmonter en particulier les fractures sociales qui se creusent partout, faute d’une régulation de la mondialisation économique et financière, ainsi que d’un engagement suffisant des pouvoirs publics nationaux et européens à combattre pauvreté et chômage?

En France, en moyenne, 20 à 25% de la population vit en dessous du seuil dit de pauvreté et les difficultés sociales (chômage, insécurité, mal logement…) culminent dans les quartiers populaires urbains.

Mais, par le degré de proximité et donc de connaissance de ces problèmes, l’échelon local reste le plus à même d’affronter cette question centrale de la réduction des inégalités, terreau sur lequel progressent les populismes de tout poil.

Pendant longtemps, au plan environnemental, on a cru que s’imposer des orientations contraignantes en matière de transport, d’urbanisme, d’habitat ou d’énergie, avait un coût qui dissuaderait les plus courageux et qui serait finalement un frein dans le développement économique d’un territoire.

L’expérience prouve, en fait, le contraire.

À Grenoble, ville des nouvelles technologies, du numérique et de l’intelligence artificielle, on aimait se comparer aux grandes métropoles mondiales qui avaient fait aussi le choix de l’innovation technologique.

Ainsi Bangalore, pôle le plus important de la haute technologie de l’Inde, était devenue au début des années 2000 la ville la plus attractive au monde pour le développement des logiciels. Mais sous la pression démographique et faute d’une maîtrise suffisante de son cadre de vie, la “Silicon Valley de l’Inde” connaît un relatif déclin, certains parlant même de cité-poubelle…

Il est un autre sujet qui revient souvent quand on évoque le sort des grandes villes, c’est celui de leur taille.

Il est certain qu’il est difficile d’envier certaines mégalopoles asiatiques, sud-américaines ou du tiers monde où la qualité de la vie se dégrade au fur et à mesure de leur croissance.

Mais, et c’est une belle chance, l’Europe ne connaît pas cette évolution vers le gigantisme de ses grandes villes. En dehors de Paris et de Londres, nos grandes agglomérations urbaines demeurent, à l’échelle de la planète, de taille disons moyenne, et pour tout dire humaines et particulièrement attractives.

Les Américains peuvent nous traiter de “vieux continent”, ils sont pour autant obligés de constater que nos villes regorgent de beautés architecturales, de lieux culturels incomparables et d’attraits humains décisifs.

Quelle chance avons-nous de Lisbonne, 2ème plus vielle ville d’Europe, juste derrière Athènes, à Hambourg qui possède d’ailleurs plus de ponts qu’Amsterdam et Venise réunis, en passant par Liverpool, capitale de la pop, avec ses 2 cathédrales, par Berlin où les boîtes de nuit ne ferment jamais, par Londres, incontournable pour ses espaces verts et son pluralisme culturel, par Prague avec les meilleurs bières du monde, par Florence qui possède plus d’un tiers des trésors d’art du monde, par Manchester symbole de la révolution industrielle et du football, par Leipzig, la ville la plus cool du monde, et jusqu’à Reykjavik la grande ville la plus septentrionale du globe, sans même parler de Paris, la ville où tout le monde veut venir, ni même de Kaunas et de Grenoble!

Nulle part au monde, il n’y a sur un même continent autant d’atouts, autant de richesses patrimoniales, culturelles, de brassage de civilisations et de populations.

Nos villes disposent de véritables trésors. De très nombreux sites sont inscrits par l’UNESCO au patrimoine mondial: Grenade, Porto, Bruges, Dubrovnik, Vilnius,…et bientôt Kaunas pour son urbanisme d’entre deux guerres.

Cependant, ne nous contentons pas de transformer nos villes européennes en villes-musées, même si elles sont les plus visitées au monde.

Faisons-en des villes intelligentes et durables.

Certes, l’Union Européenne a dû s’y prendre à 2 fois pour énoncer les bases de ce que devrait être sur notre continent un développement intelligent et durable.

Au sommet de Lisbonne (en mars 2000), il fut question de société de la connaissance et du savoir. Et il a fallu attendre le sommet de Göteborg (en juin 2001) pour arrêter l’objectif de développement durable.

De toutes façons, l’Union Européenne n’en a malheureusement tiré aucune conclusion conséquente sur le plan des orientations budgétaires et des investissements.

Certes, nos villes manquent souvent des ressources indispensables pour innover et développer rapidement les technologies et les infrastructures nécessaires, dans une recherche de plus grande efficacité et de plus grande visibilité dans les services rendus à la population.

Dans de nombreux pays, les États ont encore beaucoup de mal à partager la ressource fiscale avec les collectivités territoriales.

Cependant, partout, il n’y a pas d’autres alternatives possibles, dans le contexte de compétition mondiale, que de s’appuyer sans réserve sur les régions et les villes.

On doit même parler d’opportunités extraordinaires en matière économique.

Jean-Pascal Tricoire, président de Schneider Electric, multinationale investie dans la fabrication d’équipements électriques, a lancé résolument son entreprise sur le marché des réseaux intelligents et des objets connectés que l’on peut évaluer à des dizaines et des dizaines de milliards d’euros.

Nombre de start-up, en particulier à Grenoble, se sont lancées dans le monde des réseaux communicants qui intègrent les fonctionnalités issues des technologies de l’informatique, du numérique et de l’intelligence artificielle.

À titre personnel, je me suis passionné pour cette évolution des technologies au service de l’industrie ainsi que des usages urbains et domestiques.

Chercheur au Commissariat à l’Energie Atomique, puis dirigeant d’une entreprise concevant et réalisant des simulateurs de fonctionnement normal ou accidentel d’équipements énergétiques ou ferroviaires, avant de devenir maire de Grenoble et député investi au sein des commissions économiques, des finances et des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, je me suis passionné pour cette évolution de l’intelligence économique en réponse aux besoins sociétaux de mon pays et aux enjeux de son commerce extérieur.

Les applications sont toujours concrètes, dans des domaines aussi divers que les transports, les logements sociaux, l’hospitalisation à domicile des personnes âgées, la video-surveillance au service de la sécurité urbaine, ou bien encore l’accessibilité pour personnes à mobilité réduite.

GRENOBLE ET KAUNAS

Cette synthèse entre développement économique intelligent et développement durable et humain, nous avons cherché à la faire nôtre à Grenoble.

De la révolution à la Résistance pendant la 2ème guerre mondiale, de la houille blanche à la puce électronique, Grenoble a toujours innové. C’est dans la capitale des Alpes qu’a été mis en service le 1er tramway de l’ère moderne et conçu le 1er écoquartier de France. C’est dans les lignes de lumière du synchrotron grenoblois que sont testées chaque jour les protéines et mis au point les médicaments de demain.

Les hautes technologies ont toujours été soutenues.

Après les applications de l’électricité d’origine hydraulique (chimie, papèterie, textile), ce sont désormais les micro et nanotechnologies, les nouvelles techniques de l’énergie, les biotechnologies ainsi que toutes les applications du numérique qui tirent l’écosystème grenoblois vers le haut.

Ville au cœur des montagnes, longtemps d’accès difficile, Grenoble s’est donnée les moyens de devenir intelligente et durable en misant de tout temps sur l’innovation, sachant qu’elle ne pouvait compter que sur la matière grise pour son développement, une matière grise constituée par l’apport de populations venues du monde entier.

L’EUROPE DES VILLES

L’Europe est notre avenir commun.

Cet espace où vit 7% de la population mondiale sur 20 % des terres habitées, produit 50% des richesses du globe.

Aujourd’hui, plus que jamais, entre les États-Unis de Trump et la Russie de Poutine, et loin de la Chine, le monde entier regarde l’Europe en lui demandant de “civiliser la mondialisation” selon la belle expression de Pascal Lamy, ancien commissaire européen et directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Il reste cependant beaucoup à faire pour passer d’une Europe des technocrates à une Europe des projets, avec de véritables politiques d’investissement dans l’innovation, la recherche, la formation, les transports. Bref pour appliquer enfin les orientations des sommets de Lisbonne et de Göteborg, et bâtir une Europe de l’économie de la connaissance et du développement durable.

La réduction des inégalités entre territoires et l’adhésion populaire dans les instances européennes est d’ailleurs à ce prix.

Dans ce contexte, les villes deviennent un levier essentiel, par la proximité avec les citoyens et l’efficacité des politiques mises en œuvre concrètement en matière d’innovation, de connexion et de développement durable.

Johannes Hahn, commissaire européen, déclarait que “la politique urbaine était devenue la cible de l’Union Européenne”. Et bien, prenons-le au mot en demandant à l’Europe de jouer son destin aussi et surtout avec ses villes intelligentes et durables!

Le XXème siècle a été le siècle des États-nations.

Certes, nous avons connu l’homme sur la lune, la maîtrise de l’atome, le Train à Grande Vitesse, l’avion gros porteur… et internet.

Mais nous avons connu aussi 2 guerres mondiales effroyables et 4 terribles génocides (arménien, juif, khmère et rwandais).

C’était le siècle de l’apogée des États-nations!

“Le XXIème siècle sera le siècle des villes ou ne sera pas” aime à dire Abdou Diouf, ancien Président du Sénégal et Directeur Général de la Francophonie.

Les villes ne se font pas la guerre et sont depuis la nuit des temps porteuses de progrès et de démocratie.

Paix, progrès et démocratie, ce n’est déjà pas si mal.

Et si, en plus, les villes deviennent intelligentes et durables, l’homme aura fait un grand pas pour l’Humanité sur sa Terre!

Michel Destot

Ancien député et maire de Grenoble, ville sœur de Sfax

 

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