L’Histoire s’accélère en Corée Le soleil brille de nouveau au...

L’Histoire s’accélère en Corée Le soleil brille de nouveau au pays du matin calme

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Par Mustapha KHAMMARI*

Décidément, le sport se révèle encore une fois un accélérateur efficace de l’Histoire et des opportunités de résolution des conflits. Souvenez-vous des suites combien positives du tennis de table sur le dégel des relations sino-américaines, prélude à une visite historique du Président Richard Nixon à Pékin et sa rencontre avec le grand timonier Mao Tsé Tong. Aujourd’hui, grâce aux jeux olympiques d’hiver de PyongCheong, les deux Corées organisent ce vendredi une rencontre au sommet.

Un évènement qui intervient  pour la troisième fois dans l’Histoire tumultueuse des deux pays frères.

Le sommet qui a lieu à Panmunjom, à la frontière de l’armistice signée en 1953 au même lieu, avait eu pour déclencheur les derniers jeux olympiques d’hiver qui se sont déroulés en février dernier en Corée du sud avec la participation d’athlètes du nord.

L’annonce du sommet Moon Jae In –Kim Jong Un eut lieu, à l’issue d’une rencontre à la maison bleue, entre le président sud-coréen Moon Jae-In et une délégation nord-coréenne dirigée par « le chef de l’Etat protocolaire » de Pyongyang Kim Yuoung Man, Président du Présidium de l’Assemblée populaire de Corée du nord et comprenant – évènement inédit et surprenant – Kim Yo-Jong, sœur cadette du dirigeant nord-coréen, qui a remis au chef de l’Etat sud-coréen de la part de Kim Jong Un, une invitation à visiter Pyongyang « le plus tôt possible ». Prudent et apparemment soucieux de ne pas heurter son principal allié, Moon Jae-In avait répondu: « Faisons-en sorte que cela se produise en créant les conditions nécessaires ». Le Président sud-coréen a même « souligné la nécessité, pour le nord, de reprendre le dialogue entre les Etats-Unis et la Corée du nord », précisant qu’une reprise rapide du dialogue américano-nord-coréen est également nécessaire pour le développement des relations entre les deux Corées ».

Les observateurs soulignaient alors  que la visite à Séoul de la sœur cadette de Kim Jong Un en tant qu’envoyée spéciale de son frère, accompagnée d’une délégation de premier rang, traduit la volonté du nord de desserrer l’étau des sanctions internationales asphyxiantes pour son peuple dans un pays isolé de la scène mondiale et dont l’économie est aujourd’hui tributaire de l’aide parfois « aménagée » et souvent discrète, chinoise et russe pour cause de « blocus onusien ».

Avancées sans lendemains

Les « ouvertures diplomatiques » nord coréennes ont souvent intervenu suite à des périodes de pression internationale sur Pyongyang aboutissant la plupart du temps à des rapprochements avec le frère du sud, permettant de débloquer des aides publiques et privées en nature et en dons financiers en direction du nord. Les tentatives d’apaisement entre les deux parties de la Corée – seul pays divisé au monde à ce jour – ont connu leur apogée en 2000 avec la politique du « sunshine (rayon de soleil) » inaugurée par le Président libéral Kim Da Jung dont le sommet avec Kim Jong Il à Pyongyang lui avait valu la même année, le prix Nobel de la paix.

Roh Myo Hyun, Président élu en 2003 avait poursuivi la politique du rayon de soleil et rencontré – encore à Pyongyang – son homologue du nord. Des avancées ont été enregistrées avec notamment la construction d’un complexe industriel en Corée près de la ligne d’armistice, à l’intérieur du territoire nord-coréen.

Ce complexe situé à « Kaesong » employait cinquante mille ouvriers nord-coréens dont les salaires payés en devises renflouaient les caisses du nord et aidaient Pyongyang dans ses importations malgré les interdictions onusiennes.

Le retour des conservateurs au sommet de l’Etat à Séoul avec l’élection du Président Lee Myung Bak ajouté à la reprise du programme nucléaire nord-coréen ont obscurci les horizons et caché peu à peu « les rayons du soleil », laissant la place à une période de tension ponctuée de graves incidents tels le bombardement de l’île Yeongpyeong  au large de la capitale sud-coréenne ou de la frégate « Cheonan » de la marine sud-coréenne, qui ont fait des dizaines de victimes. La Corée du nord avait nié sa responsabilité dans ces  évènements dramatiques.  La rupture était cependant consommée sous le mandat de la Présidente Park Gun  Hye (parti conservateur) qui a ordonné la fermeture de « Kaisong » et subordonné la reprise de son ouverture et de la politique de rapprochement, à l’arrêt des menaces et du programme balistique et nucléaire nord coréen.

Aujourd’hui la situation est meilleure pour les relations intercoréennes avec le sommet de Panmunjom, bien préparé semble t’il  ,grâce à une diplomatie de la navette entre Seoul et Pyongyang d’un coté et Seoul -Washington de l’autre avec un sommet probable en Mai entre KIM JONG UN Et TRUMP.

Arrêt des essais balistiques et nucléaires en vue

On parle même à Séoul d’une promesse nord coréenne d’arrêt des essais balistiques et nucléaires ainsi que d’un accord pour la signature entre les deux Corées d’un accord de paix qui remplacerait l’armistice de 1953 et qui stoppait les opérations de guerre sans mettre fin al ‘éventualité de sa reprise ni à la tension permanente qui prévalait sur la ligne de démarcation au 38_ ème parallèle .cette ligne fixe les limites de la zone démilitarisée servant de frontière entre les deux Corées et abritant une armada de guerre le doigt sur la gâchette comprenant d’un coté les soldats du nord et au sud les gi’s coréens du sud et américains.

Tous les regards se tournent donc aujourd’hui vers Panmunjom avec des attentes fébriles et l’espoir de voir enfin se terminer l’état de guerre entre les deux pays frères  avec pour priorités :

-La signature d’un véritable accord de paix.

-La fin du calvaire des familles séparées et dont le nombre atteindrait soixante mille membres ,sans compter les centaines de personnes décédées et qui n’ont pas pu voir leurs proches disséminés entre le nord et le sud ,à l’exception de rares occasions de rencontres organisées au gré des périodes de baisses de la tension et ne pouvaient concerner que quelques centaines de membres de ces familles déchirées.

Reste l’objectif caressé ici ou là des deux cotés de la DMZ, relatif à une éventuelle réunification à l’instar de ce qui s’est passé pour l’Allemagne.

Le débat est ouvert et le gouvernement de Séoul comprend un ministère de la réunification et que des instituts spécialisés se penchent à Séoul sur l’étude du cas allemand.

Les deux pays n’ont sont cependant pas encore là si l’on considère les enjeux stratégiques qui entourent l’affaire coréenne.

Depuis la chute du mur de Berlin, le point focal de la confrontation idéologique entre est et ouest a migré de Berlin vers la DMZ.

La Chine et la Russie sont aux frontières  de la Corée (du nord) et donc ,en cas de réunification ,les alliés américains de Séoul se retrouveraient, à portée de fusil, aux frontières de la Russie et de la chine .

En souvenir de Berlin

Situation on ne peut plus hypothétique et dangereuse, qui nous renverrait à la situation qui prévalait au checkpoint Charlie entre Berlin Est et Ouest et des relents de la guerre froide.

D’ores et déjà on parle de différences d’interprétations des promesses nord coréennes/ Pyongyang s’engagerait pour la dénucléarisation par le passé exigeant, par le passé, le départ de Corée du sud des trente mille marines américains.

On parle aujourd’hui davantage de garanties de sécurité exigé par le nord.

On en saura plus sur les intentions des deux parties alors que Panmanjum accueille ce vendredi les deux chefs d’états Corées.

Encore une fois l’Histoire s’écrit dans cette zone sensible du monde qui a enterré des millions de ses enfants du fait de guerres par procuration.

Peut être que la Corée va enfin connaitre de véritables jours du matin calme !

M.K

* Journaliste

Ancien Ambassadeur à Seoul

(Photos : le rédacteur de l’article à la frontière entre les deux Corées)

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