Hôtel du Lac
Credit: OJPHOTOS/Alamy Stock Photo

L’Hôtel du Lac, menacé de démolition, aurait inspiré le créateur de Star Wars

Une grande partie du tournage des films composant la saga Star Wars s’est déroulée en Tunisie, et la légende raconte que le monument historique local, l’Hôtel du Lac, menacé de démolition, a fortement impressionné le créateur de la saga, George Lucas, rapporte CNN.

L’influence de l’Hôtel du Lac de Tunis, impressionnant par sa forme de pyramide inversée aux bords dentelés, « se verra plus tard dans le véhicule fictif Sandcrawler utilisé par les Jawas de la planète désertique Tatooine » dans Star Wars, explique le média américain. Cet hôtel à l’architecture brutaliste conçu par l’architecte italien Raffaele Contigiani compte 416 chambres réparties sur dix étages de largeur croissante.

L’Hôtel du Lac a connu son heure de gloire après l’ouverture de ses portes en 1973, « le chanteur James Brown faisant apparemment partie de sa clientèle de premier plan », explique CNN. Mais cet hôtel a fermé ses portes en 2000 et est resté vide depuis. En 2011, l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali a vendu la propriété au fonds d’investissement libyen Lafico. Des projets de réaménagement du site ont depuis été annoncés, mais jamais adoptés. La longue période d’incertitude touche à sa fin.

Démolition imminente ?

En février, l’architecte Sami Aloulou du groupe de protection du patrimoine tunisien Edifices et Mémoires a annoncé sur la radio tunisienne Misk que l’hôtel devait être prochainement démoli. Cette déclaration a provoqué un tollé sur les médias sociaux de la part des amateurs d’architecture et de patrimoine tunisiens. Une pétition a rapidement été lancée pour sauver « l’une des premières structures brutalistes de la Tunisie, importante pour le pays et pour le monde ».

https://twitter.com/SOSBrutalism/status/1100384575853920257

En réponse, la municipalité de Tunis a annoncé qu’elle n’avait ni reçu ni accepté la demande d’autorisation de démolir l’hôtel. Une annonce qui n’a que partiellement rassuré, certains estimant que ce déni ne représentait qu’un sursis à l’exécution du projet contesté. Sami Aloulou a ainsi affirmé avoir visité l’hôtel récemment et avoir été témoin de la présence d’un nombre croissant de travailleurs sur le site. « Le danger est toujours présent mais pas aussi imminent que nous le pensions », dit-il, cité par le média américain. L’association Edifices et Memoires s’est donné pour objectif de préserver l’avenir du bâtiment en faisant campagne pour sensibiliser davantage le public à sa valeur historique. Le groupe associatif envisage également d’obtenir un statut de protection de l’UNESCO.

Douze scénarios

Un membre de l’équipe embauché comme consultant auprès des propriétaires pense qu’une décision finale sera prise prochainement. L’architecte Sahby Gorgi a été embauché par le groupe de conseil BDO Tunisie pour produire une gamme de plans possibles pour le site. Douze options différentes sont à l’étude, a-t-il dit. Certaines d’entre elles impliquent la restauration du site existant, mais la « préférence est pour une autre structure », a-t-il encore expliqué. M. Gorgi a déclaré que les propriétaires connaissaient bien le statut de « symbole emblématique » de ce bâtiment et la force de l’opinion publique en faveur de la conservation de l’hôtel. Mais il a ajouté que le bâtiment est tombé en ruine après son abandon et qu’il a subi de nouveaux dégâts lors d’un incendie en 2011, ce qui rendrait la restauration coûteuse et difficile. D’autres études sont en cours, dit Gorgi, ajoutant qu’il s’attend à une décision finale dans « les mois qui viennent ».

Symbolique et fonctionnel

Les militants en faveur du patrimoine moderne de la Tunisie affirment que la ville, le pays et la région perdraient un patrimoine unique et précieux si le bâtiment était démoli. « L’hôtel est l’un des rares témoignages du mouvement brutaliste en Afrique du Nord », explique ainsi à CNN l’architecte tunisien Mohamed Zitouni du studio Oxxi. « C’est peut-être l’unique exemple de cette tendance en Tunisie. »

« Contrairement à l’architecture environnante, l’hôtel [est une manifestation] rebelle » de l’existence d’autres formes architecturales aux côtés des constructions « traditionnelles et coloniales ». Zitouni ajoute que la conception comportant davantage de pièces dans les étages supérieurs conférait au bâtiment une valeur fonctionnelle et esthétique.

Le gouvernement tunisien a récemment présenté un projet de loi qui faciliterait la démolition d’anciens bâtiments considérés comme dangereux, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences. « Les autorités ont lancé une campagne visant à démolir ce qu’elles considèrent comme des bâtiments anciens, dangereux et sans valeur », une dangereuse initiative qui a été prise « sans même consulter les experts », a dénoncé Sami Aloulou.

N.B., avec CNN

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer