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Liban : du début du soulèvement à la démission de Hariri, retour sur 13 jours de mobilisation

Le mouvement populaire de protestation au Liban a conduit à la démission du gouvernement du premier ministre Saad Hariri. Rappel des étapes clés de près de deux semaines de contestation inédite au Liban, où les manifestants ont affiché une unité sans précédent.

Le 17 octobre, le gouvernement libanais annonce l’adoption d’une taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp. Une décision qui intervient dans un contexte de grave crise économique. Cet « impôt de trop », indique le quotidien libanais L’Orient-Le-Jour, a fait exploser la colère des Libanais. Ils sont aussitôt descendus dans la rue à Beyrouth, dans la banlieue sud, et dans d’autres régions du pays. Les slogans, rappelant ceux des printemps arabes, affirment notamment que « le peuple réclame la chute du régime ». Des manifestants en colère face à l’incurie d’une classe politique jugée corrompue et inefficace ont brûlé des pneus et coupé des axes entiers du pays.

Tentative de réformes

Si le gouvernement renonce à cette taxe, des milliers de personnes poursuivent leurs manifestations toute la nuit. Le 18 octobre, écoles, universités, banques et institutions publiques ferment. Le Premier ministre Saad Hariri donne 72 heures à sa coalition gouvernementale pour apporter son soutien à ses réformes économiques. Il accuse par ailleurs des membres de la coalition d’entraver ses efforts.

En soirée, des forces de l’ordre interviennent à coup de gaz lacrymogène pour disperser la foule à Beyrouth. Des dizaines de personnes sont arrêtées. Le lendemain, des dizaines de milliers de Libanais se rassemblent à Beyrouth, à Tripoli (nord), mais aussi à Tyr (sud), dans le Akkar (nord) et à Baalbeck (est). Plusieurs routes sont bloquées par des barricades dressées par des manifestants ou des pneus et des bennes à ordure incendiés.

« Tous veut dire Tous »

Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, allié de M. Hariri, annonce la démission de ses quatre ministres. Mais le slogan « Tous veut dire Tous » est aussitôt crié par les manifestants, pour exiger le départ de toute la classe politique, précise L’Orient-Le Jour. « Le 20, la mobilisation culmine, avec des centaines de milliers de manifestants dans les rues, du Sud à majorité chiite aux villes chrétiennes, sunnites ou druzes du Nord et de l’Est », poursuit le quotidien francophone.

Le lendemain, M. Hariri annonce l’adoption par la coalition de « mesures essentielles et nécessaires » et affirme soutenir la demande des manifestants d’élections anticipées. Mais les appels au départ de toute la classe politique continuent.

L’armée apparaît dans les rues

Le 23, des soldats font leur apparition en masse dans les rues pour la première fois, mais les scènes de fraternisation avec la foule se multiplient. A Nabatiyé (sud), une quinzaine de manifestants sont blessés lors de heurts avec la police soutenue, selon des témoins, par des militants du mouvement chiite Hezbollah et de son allié Amal.

Les chefs des églises chrétiennes ainsi que les clergés sunnite et druze pressent la classe politique de « bien mesurer l’ampleur de l’événement et sa gravité », dans un texte laissant apparaître un soutien aux manifestants.

Le 24, le président Michel Aoun se dit prêt à discuter avec des représentants des manifestants, mais il refuse la démission du gouvernement. M. Aoun appelle à une « remise en question de la situation du gouvernement », tout en assurant que « ce n’est pas dans la rue qu’on peut changer le système politique ».

Démonstration inédite d’unité

Le 25, plusieurs dizaines de militants du Hezbollah se ruent sur des manifestants à Beyrouth. Les militants du Hezbollah, de plus en plus visibles dans les rues, sont excédés par les slogans visant leur leader Hassan Nasrallah, au même titre que les autres dirigeants.

Hassan Nasrallah appelle ses partisans à se retirer, mais il met en garde contre un « effondrement économique » en cas de « vide » institutionnel. Il estime également que la contestation inédite contre le pouvoir « n’est plus un mouvement populaire spontané ». Des échauffourées éclatent le lendemain entre l’armée et des manifestants près de Tripoli.

Le 27, des dizaines de milliers de Libanais forment une chaîne humaine le long de la côte du pays, sur 170 km du nord au sud. Cette mobilisation a été qualifiée par la presse locale de « démonstration inédite d’unité ». Le gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé affirme le lendemain à la presse qu’une solution doit être trouvée « dans les prochains jours » pour prévenir un effondrement économique.

Démission

Le 29, des heurts éclatent à Beyrouth où des dizaines d’assaillants, partisans du Hezbollah, détruisent et brûlent les tentes érigées par les manifestants. Juste après, Saad Hariri présente sa démission au président de la République. Les manifestants célèbrent dans les rues de tout le Liban la chute du gouvernement, « leur première grande victoire face à un pouvoir honni », souligne L’Orient-Le Jour. Rappelant que les Libanais attendent depuis 13 jours un règlement politique mettant un terme à l’effondrement économique, le Premier ministre a assuré avoir « essayé durant cette période de trouver une sortie de crise » qui puisse répondre aux revendications du peuple tout en préservant le pays « des dangers sécuritaires et économiques ». « Mais je suis arrivé aujourd’hui à une impasse », a reconnu Saad Hariri.

N.B., avec L’Orient-Le Jour

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