détention de Zintan
Photo UNICEF/Alession Romenzi

Libye : le Haut-Commissariat aux droits de l’homme dénonce les conditions de détention des migrants

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) s’est inquiété vendredi des « conditions déplorables » dans lesquelles les migrants et les réfugiés sont détenus en Libye.

« Depuis septembre 2018, 22 personnes sont décédées des suites d’une tuberculose et d’autres maladies au centre de détention de Zintan », a déclaré Rupert Colville, porte-parole du HCDH lors d’un point de presse à Genève, rapporte le site de l’ONU.

Lors d’une récente visite au centre de détention de Zintan, où sont détenus 654 réfugiés et migrants, les équipes de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet avaient constaté que ces derniers étaient « gravement mal nourris » et assoiffés. « Ils étaient enfermés dans des entrepôts surpeuplés dégageant une odeur d’ordures et de déchets provenant de latrines débordantes », a ajouté M. Colville.

L’ONU évoque des conditions assimilables à de la « torture »

Les personnes détenues dans les installations ne recevraient qu’un repas de 200 grammes de pâtes simples par jour, précise l’ONU. Et quelque 432 Erythréens détenus dans le centre, dont 132 enfants, ne recevraient que la moitié de cette portion. « En outre, plus de 60 personnes atteintes de tuberculose ont été enfermées dans un hangar séparé. Trente autres ont été transférées au centre de détention de Gharyan, au sud de Tripoli, tout près de la ligne de front actuelle », ajoute l’Organisation des Nations unies dans son communiqué publié le 7 juin. « Ils auraient été envoyés là-bas pour y mourir car il n’y a pas de lieu de sépulture pour les chrétiens à Zintan », a précisé le porte-parole du Haut-Commissariat.

Selon Rupert Colville, les conditions qui règnent au centre de détention de Zintan sont assimilables à des peines ou traitements inhumains et dégradants, voire à de la torture. En outre, des informations font état de disparitions et de traite d’êtres humains, après que des personnes ont été interceptées en mer par les garde-côtes libyens.

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), davantage de personnes (1224) ont été renvoyées en Libye par les garde-côtes libyens durant le seul mois de mai qu’au cours du reste de l’année 2019. Au total, ce sont plus de 2300 personnes qui ont été arrêtées jusqu’à présent au large des côtes libyennes et placées dans des centres de détention.

L’ONU exhorte le gouvernement d’accord national (GAN) à lancer immédiatement une enquête indépendante

Les garde-côtes libyens ont annoncé que depuis le 30 avril, des centaines de personnes ont été envoyées dans une installation située à Al-Khoms, sous le contrôle du Département de la lutte contre la migration illégale. Il s’agit notamment des 203 personnes qui y ont été livrées le 23 mai dernier. Cependant, le centre d’Al-Khoms indique qu’il n’y a actuellement que 30 migrants présents, alors que 203 d’entre eux ont été emmenés là-bas il y a quelques semaines à peine, ajoute ONU Info.

Pour les services de la Haut-Commissaire Bachelet, cette situation est particulièrement préoccupante au vu des informations selon lesquelles des migrants seraient vendus pour du travail forcé ou à des passeurs qui leur promettent un transit vers l’Europe. Selon certaines informations, certaines femmes auraient été vendues en vue d’une exploitation sexuelle.

« Nous avons documenté depuis longtemps les violations horribles dont sont victimes les migrants et les réfugiés en Libye », a encore insisté M. Colville. « L’ONU exhorte donc le gouvernement d’accord national (GAN) à lancer immédiatement une enquête indépendante pour retrouver ces personnes disparues. Elle appelle également les autorités libyennes et la communauté internationale à veiller à ce que les migrants et réfugiés retenus dans ces centres de détention soient immédiatement libérés », insiste encore l’organisation mondiale.

N.B.

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