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Libye : intense ballet diplomatique et appel à un cessez-le feu

Le risque d’une internationalisation du conflit libyen a créé un ballet diplomatique inédit depuis le début en avril de l’offensive du maréchal Khalifa Haftar sur la ville de Tripoli, siège du gouvernement d’union (GNA) reconnu par les Nations unies. La Turquie et la Russie ont appelé à un cessez-le-feu dimanche.

Le casse-tête diplomatique s’est intensifié après l’annonce par la Turquie de sa décision d’envoyer des troupes pour soutenir le GNA reconnu par l’ONU, suscitant l’inquiétude de voir apparaître une « nouvelle Syrie » dans ce pays déchiré par des conflits armés depuis 2011. Mercredi, Ankara et Moscou, qui se sont imposés ces derniers mois comme des acteurs dominants en Libye, ont appelé à un cessez-le-feu le 12 janvier à 00H00, en dépit des divergences d’intérêts des deux pays sur ce dossier.

« Pas de commentaire » de la part de Haftar

Ankara affirme que 2500 mercenaires russes combattent aux côtés de Haftar, ce que dément le Kremlin. L’homme fort de l’Est est également soutenu par les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’Egypte, des rivaux régionaux de la Turquie. Mercredi soir, le chef du GNA, Fayez al-Sarraj, a « salué » dans un communiqué l’appel au cessez-le-feu.

Dans l’autre camp, « il n’y a pas de commentaire jusqu’ici » du maréchal Haftar, selon son porte-parole Ahmad al-Mesmari. L’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, s’est félicité de l’appel russo-turque à un cessez-le-feu et a appelé toutes les parties « à cesser immédiatement toutes les opérations militaires en Libye », selon un communiqué.

L’émissaire s’attelle actuellement à l’organisation en janvier d’une conférence internationale sur la Libye à Berlin, dans le but de mettre fin aux interférences étrangères en Libye. Après avoir accueilli lundi le chef du GNA et le ministre turc des Affaires étrangères, l’Algérie qui partage près de 1000 km de frontières avec la Libye, reçoit pour sa part jeudi les ministres des Affaires étrangères italien et égyptien.

Le chef de la diplomatie français en visite en Tunisie

Désirant rester à « équidistance » des deux camps en guerre en Libye, l’Algérie voisine rejette « toute ingérence étrangère » et exhorte « toutes les composantes et parties libyennes (…) à un retour rapide au processus du dialogue national inclusif ». Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu lui, en Tunisie, où il a souligné que « le risque d’escalade en cours en Libye menace de déstabiliser l’ensemble de la région, du Maghreb au Sahel ».

Le dossier libyen était aussi au centre d’une réunion mercredi au Caire entre le ministre français et ses homologues italien, égyptien, chypriote et grec. Mais cet entretien a de nouveau illustré « les divisions de la communauté internationale sur le conflit en Libye. Dans un communiqué que le chef de la diplomatie italienne Luigi Di Maiore n’a pas signé, Paris, Le Caire, Nicosie et Athènes ont jugé ‘nuls et non avenus’ les accords controversés signés en novembre entre Ankara et Tripoli, dont un permettant à la Turquie de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale », explique ainsi le journal français La Croix.

A Bruxelles, l’Union européenne a promis mercredi à M. Sarraj d’« intensifier ses efforts » pour une solution pacifique en Libye. « L’UE soutient pleinement le processus de Berlin et toutes les initiatives des Nations unies visant à trouver une solution politique globale à la crise en Libye », affirme un communiqué du Conseil européen.

Mais la réalité est autre sur le terrain. Les combats continuent de semer le chaos au sud de Tripoli où les pro-Haftar, aguerris, tentent toujours de rentrer dans la ville. Les forces de Haftar ont en effet été ragaillardies par leur conquête-éclair lundi de Syrte, place stratégique entre l’est et l’ouest de la Libye.

Polémique au sein du Parlement tunisien

Bien que la présidence tunisienne assure son attachement au principe de neutralité dans le conflit libyen, des parlementaires craignent que, sous la pression du président turc Erdogan, Tunis ne finisse par se ranger derrière le chef du gouvernement d’union nationale (GNA) Fayez al-Sarraj. Le 7 janvier, la présidence de la République a apporté des précisions, indiquant que le président turc « n’a pas demandé à son homologue d’utiliser l’espace aérien et maritime tunisiens pour mener des opérations en Libye ». Jeune Afrique souligne que cette affirmation a également été apportée par Rachida Ennaifer, chargée de la communication de Kaïs Saïed, qui a souligné qu’« Erdogan a quitté la Tunisie agacé » car « nous refusons catégoriquement toute interférence étrangère en Libye. Cette position ne changera jamais ».

N.B.

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