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© FATHI NASRI / AFP

Libye-Tunisie: le rapatriement d’armes françaises « tourne au feuilleton » (RFI)

Intercepté le 14 avril à la frontière tunisienne en provenance de Tripoli, un convoi de 13 personnes de nationalité française à plaques diplomatiques a vu son chargement consigné par les douanes. L’arsenal saisi, armes et matériel de renseignement, a suscité une grande polémique.

Jeudi 4 avril, le maréchal Haftar ordonnait à son armée d’entrer à Tripoli, déclenchant une offensive meurtrière en Libye. « Les chancelleries occidentales sur place se sont alors préparées à être évacuées si les combats perduraient. C’est ainsi que la semaine suivante, onze Européens membres de la mission d’assistance européenne EUBAM en Libye rejoignaient la Tunisie par voie maritime », explique RFI.

Quatre jours plus tard, le 14 avril, treize Français se présentaient à l’un des deux postes-frontières du sud-est de la Tunisie alors qu’ils voulaient rejoindre la capitale. « Ces deux opérations devaient rester discrètes et n’étaient pas connues des autorités libyennes. Révélées au même moment, elles ont pourtant alimenté chaque jour les médias locaux. En particulier la caravane française, qui avait choisi la route pour gagner la Tunisie », précise RFI.

« Qui étaient ces treize Français ? Conseillers secrets de chefs de guerre ? Agents des renseignements ? Agents de sécurité auprès de l’ambassade de France à Tripoli », interroge la radio français.

Treize gendarmes de l’ambassade à Tripoli avec un grand arsenal militaire

« Selon nos dernières informations, il s’agirait de treize gendarmes chargés de la protection de l’ambassadrice de France à Tripoli. Ils circulaient à bord de six véhicules 4×4 et auraient patienté plus de vingt heures au poste de Ras Jedir. Selon une source proche du dossier, côté tunisien, les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur avaient été prévenus par la France de ce déplacement décidé moins de 48 heures auparavant », précise encore RFI.

Mais le renforcement des contrôles frontaliers après l’offensive du maréchal Haftar a imposé un contrôle complet des armes et des matériels de renseignement transportés par les véhicules à plaques diplomatiques. RFI indique que « plusieurs centaines de grenades, des casques, des gilets pare-balles, des lance-missiles et lance-roquettes et du matériel de communication ont alors été saisis. Ils ont été stockés dans l’entrepôt des douanes tunisiennes ».

Finalement, il a fallu qu’un diplomate français se déplace de Tunis, à 600 km de là, pour permettre le passage de ces treize Français qui, pour leur travail en Libye, possédaient des passeports diplomatiques. Ces fonctionnaires de sécurité ont dû laisser leurs armes et leur matériel au poste-frontière.

De groupes armés « sous couverture diplomatique » pour la Défense tunisienne

L’affaire aurait pu en rester là, mais le ministre tunisien de la Défense qui, « de source fiable, n’était pas dans la ‘chaîne de communication entre Paris et Tunis’ », s’est saisi du sujet, évoquant une « tentative d’infiltration dans le territoire national de groupes armés en provenance de Libye », qualifiant les Français interceptés d’« hommes sous couverture diplomatique », poursuit RFI. Seul ministre à avoir exprimé ses doutes sur la version française, Abdelkarim Zbidi n’a jamais démenti ses accusations et les a même réitérées.

« Sa version est rapidement devenue virale, tant sur les réseaux sociaux que sur les sites d’information arabophones, alimentant les accusations de soutien militaire français au maréchal Haftar » encore le journaliste Michel Picard. Dans le même temps, une déclaration du ministre tunisien n’a pas manqué de faire réagir, au sein même de militaires travaillant sous ses ordres : « Il a voulu se payer les Français, quitte à sacrifier les intérêts bilatéraux sur l’autel de ses projets politiques », confiait à RFI l’un d’eux, ajoutant que « le retour de bâton pourrait être brutal pour le ministre. »

Stock d’armes « en surplus »

Mardi 23 avril, RFI a cité une source haut placée à la présidence tunisienne déclarant que les treize Français interceptés le 14 avril auraient été des agents des renseignements. « Aussitôt, la présidence tunisienne a apporté un démenti catégorique à cette source, affirmant que la question du convoi diplomatique français ‘a été réglée dans un cadre légal et selon les usages diplomatiques’ », ajoute RFI. Selon les informations du média français, « les armes et le matériel saisis vont être rapatriés en France sous supervision tunisienne avant la fin du mois d’avril. L’arsenal mis sous scellé par les douanes correspondrait au stock d’armes en surplus à l’ambassade de France en Libye, selon une source proche du dossier. Cela, car ‘il était hors de question, au vu de l’évolution de la situation, d’évacuer les lieux en le laissant sur place’ ».

N.B., avec RFI

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