Photo : AFP

Liesse populaire après la victoire de Kaïs Saied

Chants patriotiques, marches joyeuses, klaxons audibles dans plusieurs villes… une foule en liesse a en particulier envahi, hier soir, l’emblématique avenue Bourguiba, lieu habituel des rassemblements populaires. L’éclatement de joie a retenti quelques instants seulement après la publication de sondages de sortie des urnes annonçant la victoire écrasante de l’outsider Kaïs Saied au second tour de la présidentielle.

Lorsque le score supérieur à 70 % s’est affiché sur les écrans des télévisions, le brouhaha de la fête s’est emparé de la ville. « Vive la Tunisie », « Le peuple veut Kaïs Saied », chantait un groupe de jeunes munis de tambours, huant « le système ». Sur l’avenue Bourguiba, « les Tunisiens de tous âges agitaient inlassablement les drapeaux, rivalisant de chants et de selfies », écrit un reporter de l’AFP.

« Al-chaab yourid »

Déjouant toutes les prédictions en s’imposant au premier tour, Kaïs Saied a finalement remporté entre environ 76 % des voix, selon deux sondages, dont celui de Sigma Conseil. Il devient ainsi le deuxième président élu au suffrage universel en Tunisie après Béji Caïd Essebsi en 2014.

En fin d’après midi, des proches du futur président s’étaient réunis dans le salon d’un hôtel du centre-ville de Tunis pour attendre les résultats, la chaîne nationale de télévision en fond d’écran. Parmi eux son frère Naoufel, qui a activement participé à sa campagne, ainsi que des sœurs et son épouse, assises discrètement au dernier rang.

Un second sondage sur la télévision nationale, annonçant un écart encore plus grand, a déclenché explosion de joie dans le salon de l’hôtel où des partisans ont fait irruption, drapés aux couleurs de la Tunisie. Ils ont entonné l’hymne national et le slogan de la révolution « le peuple veut », repris par Kaïs Saied comme devise de campagne.

Après avoir, d’un air solennel, remercié les jeunes et tous les électeurs, le juriste est sorti sur l’avenue pour saluer le public et s’adresser à la presse pour une courte déclaration. Une fierté partagée par de nombreux Tunisiens, y compris chez les « progressistes ». Pour l’avocate Lamia Abidi, « c’est la victoire des principes, de la compétence: je suis fière du peuple tunisien, je suis fière d’être Tunisienne ! »

Une « leçon » pour ceux qui ont sous-estimé la volonté du peuple

« Quelle leçon et quelle bonne gifle pour ceux qui ont sous-estimé la volonté de ce grand peuple », ajoute-t-elle. « C’est un jour historique: la Tunisie récolte les fruits de la révolution », estime pour sa part Boussairi Abidi, un mécanicien de 39 ans. Pour lui Kaïs Saied « va en finir avec la corruption, il sera un président juste ».

Hamza Brahmi, 26 ans, est venu de la banlieue pour célébrer la victoire du constitutionnaliste. « Si Nabil Karoui était resté en prison, il aurait eu plus de chance », pense-t-il. Le magnat des médias incarcéré le 23 août pour blanchiment d’argent n’a mené campagne que pendant deux jours, durant lesquels il n’a pas brillé, en particulier lors du débat présidentiel au cours duquel sa prestation a suscité de nombreuses moqueries.

Quant à Kaïs Saied, il a « osé ce que personne en Tunisie n’a osé jusqu’à présent. Le fait de parler de la Palestine ce soir et d’en faire une priorité en est un exemple ».

Un événement historique

L’événement est historique tant l’onde de choc qui a balayé le système politique en place en Tunisie depuis 2011 a été frappante. En effet, M. Saied, professeur de droit à la retraite défendant des valeurs « conservatrices », n’a pratiquement pas dépensé d’argent pour une campagne électorale qui s’est voulue surtout « explicative », par le biais de réunions où ses jeunes partisans ont été fortement présents. Le constitutionnaliste a séduit en promettant de ramener sur la scène de la démocratie les valeurs de la révolution tunisienne de 2011.

« L’énorme déception suscitée par l’absence de réformes économiques » a joué un rôle crucial dans le choix des électeurs tunisiens, a déclaré au journal britannique The Guardian Safwan Masri, professeur de politique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à l’Université Columbia. « Le fait que des candidats à la présidentielle tels que le ministre de la Défense du pays ou son Premier ministre aient échoué envoie un message fort », poursuit-elle. « Nous en avons terminé avec vous, nous en avons terminé avec l’establishment et ses promesses non tenues » : c’est en effet, en substance, le message martelé dans les urnes par un peuple en colère et déterminé à récolter les fruits de la révolution.

Dans ce contexte, comme l’explique le quotidien français Le Monde, « la Tunisie semble connaître une réplique sismique du Printemps tunisien avec l’irruption de Kaïs Saïed, 61 ans, à la tête de l’Etat ». Malgré le manque de clarté programmatique que certains perçoivent dans le projet de démocratie directe porté par le juriste, projet ayant pour but de renverser la pyramide de l’Etat, Kaïs Saied aura réussi à séduire et fédérer une majorité de Tunisiens « impatients de sanctionner un establishment politique ayant trahi à leurs yeux les espérances du soulèvement de 2011 ».

N.B.

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