L'ancienne membre de l'Irish Air Corps, Lisa Smith, a posé avec un fusil en Tunisie avant de se rendre en Syrie. Photo : The Times

Lisa Smith, une jihadiste irlandaise dont le parcours a commencé en Tunisie

Le président du Conseil irlandais de la paix et de l’intégration des musulmans s’est demandé, dans une émission de radio irlandaise, pourquoi l’Etat déployait tant d’efforts pour rapatrier la femme irlandaise Lisa Smith et son enfant. Cette dernière a entamé son parcours de militante jihadiste en Tunisie, où elle cherchait un époux.

Mme Lisa Smith, 38 ans, a quitté l’Irlande il y a plusieurs années. Son parcours intrigue tous les observateurs. Auparavant membre des Forces de défense irlandaise, elle s’est convertie à l’islam et s’est rendue en Tunisie avant de rejoindre la Syrie, où elle s’est jointe au groupe terroriste Etat islamique (EI). Elle a épousé en Tunisie un combattant jihadiste, qui a ensuite été tué.

A la suite de la perte de la plus grande partie du territoire de l’EI, Mme Smith a été arrêtée dans un camp de réfugiés du nord-est de la Syrie. Elle a fui le camp le mois dernier avec sa fille et a marché dans le nord avant d’être capturée de nouveau par une milice soutenue par la Turquie, indique The Irish Times.

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Le même journal explique que Mme Smith est actuellement détenue par des membres de la milice proche de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Lundi matin, l’islamologue irlandais d’origine pakistanaise Shayk Umar Al-Qadri, président du Conseil irlandais de la paix et de l’intégration, a déclaré dans une émission de radio irlandaise RTE Radio 1 que s’il était « indubitable » que le gouvernement irlandais ait le devoir de fournir des soins consulaires, il fallait néanmoins s’interroger sur le « niveau d’efforts » déployé au service d’un membre d’une organisation jihadiste. « Je trouve assez choquant que notre gouvernement déploie tant d’efforts pour ramener cet individu en particulier », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « C’est extraordinaire d’inclure les forces de défense. »

Lisa Smith aurait un « intérêt considérable » pour les autorités britanniques et irlandaises

Une délégation du ministère des Affaires étrangères a en effet été déployée dans la région frontalière de la Turquie pour faciliter le retour de Mme Smith et de sa fille en Irlande, où elle pourrait être poursuivie pour avoir eu des liens avec un groupe terroriste. Le Dr Al-Qadri s’est dit préoccupé par le fait que Mme Smith constitue toujours une menace pour la société irlandaise. Et s’est demandé si des plans avaient été élaborés pour qu’elle soit « déradicalisée ». Si elle était disposée à partager des informations, ce serait autre chose, a-t-il déclaré.

« Un petit nombre de membres des forces de la Défense participent à une opération en cours qui pourrait permettre à Mme Smith et à son enfant de retourner en Irlande. Le personnel militaire attaché à l’aile des gardes forestiers de l’armée est dans la région le long de la frontière syro-turque depuis un certain temps. Ils travaillent pour appuyer l’initiative du ministère des Affaires étrangères », poursuit le journal irlandais.

L’expert en sécurité Tom Clonan a lui déclaré qu’il s’agissait d’un cas inhabituel et que Mme Smith constituait un risque potentiel pour la sécurité. Elle aurait « un intérêt considérable » pour les autorités irlandaises et britanniques, a-t-il déclaré, car elle avait été logée avec d’autres anglophones ayant rejoint les rangs de l’EI.

Des photos de Lisa Smith en Tunisie publiées

Alors que des membres des forces de défense irlandaises se sont rendus en Turquie pour enquêter sur le retour de Mme Smith en Irlande, des photos de la jeune femme ont récemment été publiées. Le journal britannique The Sun en a publié une où l’on voit la jeune femme irlandaise Lisa Smith poser dans une ferme tunisienne munie d’un fusil, en 2012, soit une année avant d’épouser un combattant d’Al-Qaïda.

Un groupe de spécialistes de l’équipe d’assistance civile d’urgence a procédé à une évaluation des risques afin d’aider potentiellement le rapatriement controversé de Smith. Les précédentes missions diplomatiques auprès de Smith étaient politiquement délicates, car elle était détenue par une administration dirigée par des Kurdes et des Syriens non reconnue par le gouvernement irlandais.

Un parcours étrange

L’expert en sécurité Tom Clonan estime dans une tribune publiée sur thejournal.ie que Mme Smith « est une figure extrêmement controversée et son chemin choisi est celui qui transgresse toutes les valeurs et tous les idéaux défendus par les citoyens irlandais en général et par les soldats irlandais en particulier ». Les liens de Smith avec l’EI ont débuté selon lui en 2014 lorsqu’elle a quitté l’Irlande pour la Tunisie. Elle y serait restée jusqu’à la fin 2015, avant de partir pour le soi-disant « califat » en Syrie.

L’arrivée de Smith dans le califat intervint à un moment où l’EI assassinait régulièrement des Occidentaux, notamment des travailleurs humanitaires et des journalistes. D’où l’extrême gravité de son adhésion à ce groupe, indique M. Clonan.

Du point de vue des services de renseignement, Smith revêt potentiellement une grande valeur pour les autorités irlandaises et britanniques. Car comme le veulent les pratiques de l’EI qui consistaient à rassembler les combattants de même nationalité, Smith a vécu parmi les jihadistes anglophones d’Irlande et du Royaume-Uni pendant son séjour au sein du « califat ». Elle connaît donc potentiellement l’identité de dizaines de jihadistes d’Irlande et de Grande-Bretagne, qui, à ce stade, sont sortis de captivité après l’opération « Peace Spring » en Turquie.

Beaucoup, comme Smith, ont atteint le territoire turc et, contrairement à elle, rentreront chez eux par leurs propres moyens, sous le radar du renseignement. Pour cette raison, les connaissances potentielles de Smith à propos de leur identité est particulièrement opportune.

Cela est d’autant plus vrai que la direction de l’EI – fragmentée, mais non éliminée – a donné l’ordre à ses jihadistes étrangers de retourner dans leur pays et de lancer des attaques contre leurs concitoyens, analyse encore Tom Clonan.

Pour cet analyse irlandais, « l’histoire de Smith continuera à diviser et à provoquer l’opinion publique irlandaise. Et à juste titre. Cependant, pour des raisons humanitaires et de renseignement, le ministère des Affaires étrangères a raison de mobiliser les ressources de l’Etat pour la rapatrier ». Cela afin que la procédure de rapatriement de sa fille soit menée à bien. Il s’agit selon l’auteur de « protéger les autres citoyens irlandais et européens grâce aux renseignements fournis par Smith ».

N.B.

 

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