L’Italie s’alarme de la hausse des importations d’huile d’olive tunisienne

L’Italie s’alarme de la hausse des importations d’huile d’olive tunisienne

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L’huile d’olive tunisienne coûte moins de deux euros par kilo pour les importateurs italiens contre près de sept euros sur le marché italien, alerte la presse italienne. Celle-ci s’alarme de ce que la Tunisie a significativement augmenté ses exportations d’huile d’olive vers l’Italie pour des prix extrêmement compétitifs, risquant de « déstabiliser le marché européen comme le craignent les organisations agricoles ». C’est ce que rapporte le quotidien économique italien « Il Sole 24 Ore », qui souligne que les importations d’huile tunisienne ont quadruplé depuis le début de l’année en Italie. Le journal italien fait également part des demandes des agriculteurs et de leurs représentants politiques pour mettre fin aux quotas d’importation en franchise de droits de douane accordés à la Tunisie, en raison des énormes différences de prix qui existent entre nos produits et ceux de notre voisin italien.

« Boom des importations d’huile tunisienne : la production italienne s’effondre et risque de disparaître », titre de son côté le quotidien économique et financier italien « Investire Oggi ». Le cœur de la polémique remonte à 2016, lorsque les autorités de l’Union européenne avaient décidé de permettre à la Tunisie d’exporter des dizaines de tonnes d’huile d’olive vers l’UE sans droits de douane pour l’aider dans la gestion de sa crise économique. « En deux ans, la Tunisie a pu exporter 70 000 tonnes d’huile sans droits de douane en Europe, même s’il semble qu’elle n’ait pu bénéficier de ce droit que pour 2500 tonnes, écrit le quotidien italien. Mais les oléiculteurs du pays se sont rapidement réorganisés et seraient prêts cette année à doubler leur production. »

« Le gouvernement italien proteste contre la seule hypothèse d’un renouvellement de ce pacte décidé il y a deux ans par le Parlement européen pour soutenir l’économie tunisienne touchée par l’effondrement du tourisme (…) Tunis est évidemment un partenaire stratégique pour l’Europe, mais les producteurs italiens se sentent sacrifiés sur l’autel d’intérêts qui les dépassent », s’alarme encore le journal.

L’Italie a produit 429 000 tonnes d’huile d’olive en 2017, une quantité bien en deçà des 537 000 tonnes consommées. Au cours des trois premiers mois de 2018, les importations en provenance de Tunisie ont explosé de 400%. Si la tendance était confirmée, les importations d’huile tunisienne pèseraient près d’un sixième des importations totales, avance le journal italien.

Des investissements insuffisants en Italie

L’analyse livrée par « Investire Oggi » explique que l’exploitation des 250 millions d’oliviers dont dispose l’Italie implique des coûts plus élevés que ceux que doivent prendre en charge les producteurs tunisiens. « Nos oléiculteurs sont de plus en plus en difficulté, incapables de soutenir la concurrence. Contrairement à ce qui s’est passé en Espagne ces dernières années, les investissements n’ont pas été suffisants dans notre pays et la taille moyenne des terrains a aggravé le problème. Résultat ? Abandon des oliviers par les agriculteurs afin qu’ils se consacrent à des cultures plus rentables, ce qui a conduit à une réduction drastique de la production nationale, loin de la moyenne historique des 500 000 tonnes », note le journaliste italien. « Pour répondre à la crise du secteur, des investissements massifs sont nécessaires », martèle-t-il.

La revue italienne « Ambiente Bio » rapporte elle aussi que le gouvernement Conte, par la bouche de son ministre de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio, a opposé un non sec à la prolongation des conditions favorables à l’importation d’huile d’olive tunisienne dans l’Union européenne. « Nous avons déjà réitéré à Bruxelles notre refus de l’extension des importations d’huile sans droits de douane en provenance de Tunisie. Si la Commission prend sa décision en prenant acte de nos revendications, ce sera une bonne chose. Cela nous permettra de protéger la qualité de nos produits, tracés et sécurisés, et de garantir la défense des produits Made in Italy », a ajouté le ministre.

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