Union africaine
Un étal proposant des drapeaux libyens à Tripoli, le 9 février 2019, à l’approche du huitième anniversaire de la révolution qui a renversé Mouammar Kadhafi. MAHMUD TURKIA / AFP

L’Union africaine veut prendre la main dans le dossier libyen

Entraînée par le succès de sa médiation en Centrafrique, l’Union africaine (UA) appelle aujourd’hui à la tenue d’une conférence internationale en juillet sur la Libye à Addis-Abeba. La conférence aura pour but de réunir les acteurs de cette crise en vue d’organiser des élections présidentielle et législatives en octobre.

L’assemblée de l’UA demande au président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, d’œuvrer « dans le but de convoquer à Addis-Abeba, en [juillet] 2019, une conférence internationale sur la réconciliation en Libye, sous les auspices de l’UA et de l’ONU », a indiqué l’UA dans un communiqué revenant sur les décisions prises lors du sommet organisé dans la capitale éthiopienne, dimanche et lundi.

L’assemblée a également demandé à la Commission de l’UA de prendre « toutes les mesures nécessaires », avec l’ONU et le gouvernement libyen, « pour l’organisation d’élections présidentielle et législatives en octobre 2019 ».

« Solutions africaines »

« L’Afrique a décidé d’appuyer la Libye dans ses efforts pour sortir de la guerre et du terrorisme », a déclaré à la presse le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, qui a pris dimanche la tête de l’UA pour un mandat d’un an, succédant au chef de l’Etat rwandais, Paul Kagame.

Grâce à la réussite de sa médiation en Centrafrique, qui a mené à la ratification, mercredi, d’un accord de paix à Bangui, l’UA entend ainsi se saisir d’un dossier qui jusque-là avait surtout récolté des initiatives venant de l’ONU ou d’acteurs extérieurs au continent, explique le journal français Le Monde. Abdel Fattah Al-Sissi a notamment insisté sur l’importance de trouver « des solutions africaines à des problèmes africains ».

La Libye est aujourd’hui profondément tiraillée entre le gouvernement d’union nationale installé à Tripoli et internationalement reconnu, et un autre cabinet appuyé par l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, qui règne sur le nord-est du territoire et désormais sur une grande partie du sud.

Un diplomate africain a indiqué à l’AFP que les chefs d’Etat du continent étaient de plus en plus embarrassés par ce qu’ils qualifient comme des « interférences de pays extérieurs à l’Afrique » lors des dernières conférences ayant rassemblé divers acteurs du dossier.

Les efforts de paix ont ainsi été réduits à néant jusqu’ici en raison non seulement des tensions entre factions libyennes, mais aussi des divisions entre les différents Etats qui s’intéressent à l’avenir politique du pays. Ainsi, après un sommet libyen à Paris en mai 2018, l’Italie avait reproché à la France de vouloir faire cavalier seul dans ce dossier. En novembre, à Palerme, la Turquie, se disant « profondément déçue » d’avoir été tenue à l’écart d’une réunion, avait elle « claqué la porte d’une conférence sur le sujet », fait observer Le Monde.

Trafic d’êtres humains

La résolution des crises qui traversent l’Afrique et la reconstruction post-conflit figurent parmi les thèmes principaux qu’Abdel Fattah Al-Sissi voudrait aborder lors de son année d’exercice de la présidence tournante de l’UA. Ce dernier a d’ailleurs annoncé l’organisation courant 2019 d’un « forum pour la paix et le développement » à Assouan, dans le sud de l’Egypte.

Dans la capitale éthiopienne, M. Sissi a également mis l’accent sur la nécessité d’une lutte forte contre « le terrorisme », appelant à s’attaquer à ses « racines ». Il a également promis de s’atteler à la gestion de « la crise des migrants, des déplacés et des réfugiés », qui était le thème de ce sommet de l’UA. L’assemblée de l’organisation panafricaine a entériné la création à Khartoum d’un centre opérationnel continental visant à lutter contre les « migrations irrégulières », avec une insistance sur le trafic d’êtres humains.

L’Egypte s’est par ailleurs engagée à poursuivre certains efforts déployés par Paul Kagame, dont ceux qui concernent l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale (Zlec), un projet clé de l’UA. Idem en matière de réformes institutionnelles. « Le projet d’instauration d’une taxe de 0,2 % sur les importations, destinée à assurer l’indépendance financière de l’organisation – dont plus de 54 % du budget 2019 proviendra de donateurs étrangers – pourrait ainsi ne pas surmonter les réticences de certains Etats… dont l’Egypte », explique Le Monde.

N.B., avec AFP et Le Monde

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