Maroc : les jeunes, hommes et femmes, se ruent sur le service militaire

Des centaines de jeunes, en décrochage scolaire ou au chômage, se ruent sur la base militaire de Kenitra (ouest du Maroc) pour la sélection finale au service militaire. Reportage AFP.

Supprimé en 2006, le service militaire obligatoire a été rétabli au Maroc en vertu d’une loi adoptée en 2018. Parmi les jeunes, certains y voient une « opportunité », comme Rajae qui a quitté l’école pour devenir infirmière sans parvenir à trouver un emploi. Cette jeune femme de 23 ans, qu’a rencontrée l’AFP, souhaite faire partie des 15 000 premiers conscrits qui seront enrôlés sous les drapeaux dès septembre 2019 pour une durée d’un an.

L’AFP l’a rencontrée alors qu’elle attendait sous une tente, aux côtés d’autres candidates au service militaire, de passer l’examen médical dans une salle dédiée sur la base de Kenitra dans l’ouest du Maroc.

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Le ministère de l’Intérieur a souligné en juin la présence d’une « forte adhésion à l’opération de recensement » dans le pays en particulier chez les femmes, pour qui le service militaire reste pourtant facultatif ainsi que pour les binationaux. 133 820 jeunes âgés de 19 à 25 ans, dont 13 614 femmes, ont rempli le formulaire de recensement.

La base aérienne de Kenitra est l’un des 17 centres militaires qui accueillent depuis le 26 août, et jusqu’à la fin du mois, 25 000 candidats au service militaire âgés de 19-25 ans.

« Prestations médicales gratuites »

Rajae espère durant le service militaire bénéficier d’une formation en soins infirmiers pour « développer ses compétences » et pouvoir intégrer l’armée. Yassine a le même âge et veut lui aussi effectuer le service militaire en vue de rejoindre l’armée, là où « l’avenir est assuré et les prestations médicales gratuites », confie-t-il à l’AFP. Après avoir quitté les bancs de l’école, le jeune homme, habitant de Kenitra (ouest), a travaillé comme menuisier pour l’équivalent de 150 dinars tunisiens par semaine. Le service militaire serait pour lui l’occasion « d’améliorer sa situation et d’aider sa famille ».

L’AFP indique que c’est « à coups de spots publicitaires » que les autorités ont encouragé les jeunes à effectuer le service militaire, une « expérience utile » selon elles, mais qui prévoit des exemptions en cas d’inaptitude physique et de poursuites d’études universitaires. Les circonscrits toucheront, eux, « une indemnité mensuelle de 96 à 185 euros » (de 300 à 600 dinars tunisiens).

Venue de la ville de Khemissate, à environ 90 kilomètres de Kenitra, Fatima Zahra raconte à l’AFP avoir quitté l’école avant le bac pour « travailler à l’usine », mais que son emploi ne lui donnait « pas satisfaction ». Elle confie avoir « peur à cause de ce qui se dit sur les difficultés de la formation militaire pour les filles » et dit craindre que sa candidature soit rejetée. « Nous ne sommes pas moins capables que les garçons », a-t-elle affirmé à l’AFP.

La fonction publique, gage de sécurité

De nombreux jeunes portent l’ambition d’intégrer la fonction publique, qui représente pour eux un gage de sécurité de l’emploi. C’est le cas de Mohamed, 23 ans, qui a quitté le collège pour un emploi précaire dans le secteur privé, « sans couverture médicale ni retraite, contrairement à l’armée ». Or la « priorité dans le recrutement dans l’armée sera à l’avenir donnée à ceux ayant effectué le service militaire », a dit Abdenasser Mezouri, commandant délégué à la place d’armes de Kenitra, à l’AFP.

« Décrochage scolaire, chômage, emplois peu qualifiés, bas salaires, absence de couverture sociale… Les jeunes de 15-34 ans, qui représentent un tiers de la population, sont les grands oubliés de la croissance, alors que le chômage frappe un jeune urbain sur quatre », indique l’AFP, citant un rapport publié l’année dernière par le Conseil économique, social et environnemental du Maroc (CESE).

Le rétablissement du service militaire obligatoire a suscité des réactions mitigées au Maroc. Certains, comme la romancière Laila Lalami, y voient une mesure pour « dompter » les jeunes et prévenir les mouvements de protestation qui pourraient agiter les régions marginalisées, d’autres une façon d’encadrer une jeunesse oubliée par les politiques de développement.

Avec AFP et Le Nouvel Observateur

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