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Même sans en être atteinte, l’Afrique aurait sévèrement souffert du Covid-19 (The Conversation)

Dramane Coulibaly, enseignant-chercheur au laboratoire EconomiX-CNRS, Université Paris Nanterre, et Luc-Désiré Omgba, professeur des Universités à l’Université de Lorraine, prévoient dans une analyse publiée par The Conversation de lourdes conséquences économiques pour le continent africain en raison de la crise causée par la pandémie du nouveau coronavirus.

Dans un article d’analyse publié dans The Conversation, les auteurs expliquent que s’il est encore difficile de prévoir les conséquences sanitaires qu’aura la pandémie de Covid-19 en Afrique subsaharienne, « tout indique que l’économie de la région sera durement affectée ». D’une part, l’économie de la plupart des pays du continent africain dépend fortement de l’exportation des matières premières – pétrole, cacao, coton, etc. Et celles-ci qui voient leurs cours baisser avec la chute de la demande mondiale due à la crise sanitaire. « Selon les données de la CNUCED, la baisse des prix des matières premières est de 37 % en glissement annuel au 25 mars 2020 dans leur globalité. Elle est de 55 % pour les hydrocarbures ; le cours du cacao subit une baisse de 11 %, celui du coton de quasiment 23 %. Des développements plus récents semblent accentuer cette tendance à la baisse », écrivent les analystes.

En plus du blocage des échanges commerciaux, beaucoup de pays africains dépendent des « transferts de migrants qui constituent pour eux une source majeure de financement externe ». Ils seront donc certainement affectés par la baisse de ces flux due à la perturbation de l’activité économique dans les pays développés. « Enfin, n’oublions pas que certains pays africains, dont le tourisme occupe une part importante dans l’économie, sont déjà pénalisés avec le coup d’arrêt des vols commerciaux. »

Un problème surtout structurel

Mais l’horizon des incertitudes à l’échelle planétaire n’est pas le seul problème qui se pose pour l’Afrique, où cette pandémie renforce un problème qui n’est pas de l’ordre de la conjoncture, « au sens d’un système qui fait face, à un moment donné, à un choc ». Le défi est bien plutôt causé par des lacunes structurelles, « au sens d’un système parti pour subir des chocs perpétuels ». Ainsi, si c’est la structure des économies africaines qui pose problème, « les réponses à la pandémie de Covid-19 en Afrique ne devraient pas s’affranchir d’intégrer la composante structurelle », écrivent encore Coulibaly et Omgba. « Une condition essentielle pour cela réside dans la capacité des élites politiques, administratives, économiques et intellectuelles à percevoir les ressources naturelles dont dépendent les pays africains comme une opportunité de transformer leurs économies au lieu de les percevoir comme des rentes pérennes – ce qu’elles ne sont pas. »

Les auteurs préconisent de suivre l’exemple de la Malaise, qui a été confrontée par le passé par un problème quasi-identique de concentration de l’économie sur la seule exploitation des ressources. « Les élites malaisiennes sont arrivées [à diversifier l’économie du pays] en saisissant les ressources naturelles pour transformer leur économie via notamment des fondamentaux de la croissance à long terme – institutions, capital physique (infrastructures) et capital humain (éducation et santé). Une meilleure interprétation par les élites africaines de ces fondamentaux pourrait permettre d’enclencher la diversification du tissu économique, de présenter plus de résilience face aux chocs de court terme tout en plaçant les économies sur une trajectoire de long terme de développement. »

Miser sur des filières conformes à la réalité économique

Les analystes estiment qu’une orientation des élèves et étudiants vers des filières conformes aux réalités économiques – telles que de la production des cultures vivrières et l’agro-industrie – « permettrait une meilleure insertion professionnelle des jeunes et serait source d’une croissance économique soutenue ». Autre défi majeur : la lutte contre la corruption des élites. Celle-ci nécessite « une structuration des institutions qui doivent présenter de réels contre-pouvoirs ».

Soutenir les populations vulnérables

La structuration de l’activité économique doit aussi être sérieusement refondée. Etant tirée par le secteur informel, elle induit la dépendance d’une majorité des citoyens à un pain quotidien finalement aléatoire et fragile. Une situation qui « rend les mesures de confinement inopérantes pour ces populations sinon les expose même à plus de vulnérabilité ». Ce phénomène ne date toutefois pas non plus d’aujourd’hui.

Ainsi, dans les faits, « le seul élément nouveau est le confinement des élites africaines dans leurs pays. De façon inédite dans la mondialisation actuelle, les élites de différents pays d’Afrique sont appelées à devoir vivre avec les populations de leurs pays […] ». Ce confinement des élites – politiques, économiques, administratives ou intellectuelles – dans les pays d’Afrique pourrait peut-être (ou en tout cas devrait) inciter à assurer dans leurs pays le bien-être qu’elles vont si souvent chercher ailleurs.

Survient alors l’urgence de redéployer les dépenses courantes non nécessaires – missions à l’étranger, bons de carburant dans la haute administration, etc. – vers les plus vulnérables. « Les sociétés civiles devraient également porter plus d’attention à l’allocation des dettes contractées pour faire face aux conséquences du Covid-19 », souligne The Conversation. Si tel n’était pas le cas, « alors, hélas pour l’Afrique, la pandémie de Covid-19 sera malheureusement de l’ordre du déjà-vu »…

N.B.

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