Le ministre des Affaires étrangères tunisien Mahmoud Mestiri, le 10 novembre 1987 au Sommet de la Ligue arabe en Jordanie. (Photo de Chip HIRES/Gamma-Rapho via Getty Images)

[Mémoire de diplomates] Mahmoud Mestiri : 40 ans de vie diplomatique

L’homme politique tunisien Mahmoud Mestiri, né le 25 décembre 1929 à Tunis et décédé le 28 juin 2006 à Tunis, a été, pendant près de 40 ans, une figure importante de l’émergence de la diplomatie tunisienne post-indépendance. La médiation, ardue, qu’il a menée de janvier 1994 à mai 1996 entre les factions afghanes sous l’égide des Nations unies, a fait de lui une figure diplomatique connue dans le monde entier.

Mahmoud Mestiri est né dans un terreau familial favorable à la construction d’une brillante carrière : issu d’une famille tunisoise de riches propriétaires terriens d’origine monastirienne, M. Mestiri développe d’abord des ambitions de militantisme nationaliste, en rejoignant le mouvement de libération nationale, le parti Néo-Destour, pour y militer en particulier au sein de la Jeunesse destourienne à Paris entre 1953 et 1956. Ce militantisme politique, il s’y plonge tout en poursuivant pendant ces années de vigueur intellectuelle ses études supérieures à Paris. Depuis la capitale française, il assure par ailleurs une correspondance au quotidien arabophone Assabah.

Premiers pas dans la diplomatie tunisienne

Il revient dans son pays natal après l’indépendance avec, en poche, son diplôme de sciences politiques. Puis intègre le ministère des Affaires étrangères qu’il ne quittera plus jusqu’à sa retraite de la vie politique où il aura occupé pendant près de 40 ans un haut rang de diplomate sillonnant plusieurs continents. « Mestiri a été secrétaire d’ambassade au Ghana en 1960, chef de la mission spéciale tunisienne au Congo la même année, puis, en 1961, assistant du représentant du secrétaire général de l’Onu dans ce pays », précise Ridha Kéfi dans Jeune Afrique. De retour à Tunis, en 1964, il a été chef de la division Amérique au ministère des Affaires étrangères, représentant de son pays aux Nations unies, en mai 1967, ambassadeur au Canada, deux mois plus tard, puis à Bonn, en décembre 1970. (Entre 1949 et 1990, la ville de Bonn était la capitale de la République fédérale d’Allemagne, l’Allemagne de l’Ouest.)

Une carrière galopante

Mahmoud Mestiri se propulse en 1973 vers le poste de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères avant d’être nommé, en 1974, comme ambassadeur en Russie et, en 1976, comme représentant spécial aux Nations unies. Nommé président du comité de l’information de l’organisation onusienne, en 1979, il a dû rentrer, un an plus tard, à Tunis, pour assurer la direction du cabinet du ministre des Affaires étrangères, pour ensuite, en 1982, se voir nommé comme secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Ce poste, il l’a occupé jusqu’en 1986, date à laquelle il a été désigné, une nouvelle fois, comme représentant de la Tunisie auprès des Nations unies, précise encore Jeune Afrique.

Désigné en 1987 comme ambassadeur à Paris par le président Habib Bourguiba, il est presque immédiatement rappelé par le successeur de celui-ci, Zine el-Abidine Ben Ali, qui le nomme ministre des Affaires étrangères le 7 novembre 1987. Il sera le chef de la diplomatie tunisienne pendant un an avant de se voir confier l’ambassade de Tunisie au Caire, poste qu’il occupera jusqu’en 1990.

Expérience afghane

S’il prend ensuite sa retraite, il sera de nouveau sollicité en 1994 pour ses talents de négociateur, par le secrétaire général des Nations unies cette fois, qui en fait son représentant en Afghanistan durant deux ans en tant que médiateur entre différentes factions afghanes. Rappelons que lors de cette phase de la guerre d’Afghanistan, qui s’est déroulée de 1992 à 1996, venait d’avoir lieu la démission du président communiste Mohammad Najibullah. L’Etat islamique d’Afghanistan venait d’être établi par l’accord de Peshawar, un accord de paix et de partage des pouvoirs par lequel tous les partis afghans s’étaient unis en 1992. La fonction d’envoyé spécial en Afghanistan, il l’a assumée de janvier 1994 à mai 1996. L’Organisation des Nations unies, dont le secrétaire général était à l’époque l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali, « poursuivait plusieurs objectifs dans ce pays : assurer une présence sur place, convaincre les pays oeuvrant en sous-main de cesser leurs ingérences, stabiliser la situation interne par la tenue d’assemblées locales et organiser des élections pouvant mener à la paix », souligne M. Kéfi dans Jeune Afrique. Mais la tentative de médiation de Mahmoud Mestiri, rendue extrêmement complexe par les tensions inextricables entre des factions afghanes aux intérêts totalement divergents, a échoué en raison de « l’intransigeance des belligérants » comme des interventions étrangères.

Sa gestion de la médiation qui lui a été confiée a été critiquée par des diplomates occidentaux, certains officiels de l’ONU et de nombreux Afghans, car il a notamment publié « bien trop tôt » la liste des membres du conseil intérimaire qu’il venait de constituer, poursuit Ridha Kéfi, qui précise que c’est suite à cela que Mestiri a présenté sa démission, le 28 mai 1996, bien qu’officiellement pour des raisons de santé. « En réalité, le conseil intérimaire, qui devait être dirigé par un royaliste, Sultan Ghazi, cousin de l’ancien roi, avait été rejeté par deux seigneurs de guerre, Rabbani et Hekmatyar, ainsi que par les talibans, qui en étaient exclus. »

Les talibans, une puissante force militaire créée et dirigée par des étudiants islamistes, était alors en train de devenir le principal acteur de tout règlement de la guerre civile en Afghanistan. Détenant alors la majeure partie du sud, y compris les zones proches de Kaboul, ils ont été approchés par l’envoyé tunisien de l’ONU en Afghanistan, qui avait voulu les intégrer à son projet de création d’un Conseil intérimaire. L’Associated Press, dans la vidéo ci-dessous, précisait en février 1995 qu’au début, les talibans avaient accepté, mais qu’ils avaient fini par ambitionner de faire de leurs propres troupes le relais des forces de Rabbani à Kaboul…

De sa difficile expérience afghane, Mahmoud Mestiri a rendu témoignage dans un ouvrage écrit en arabe en collaboration avec le journaliste tunisien Salah Attia, « Afghanistan : politique absente et paix armée » (Sud-Editions, Tunis, 2000).

Amateur de foot

Le maire de l’Ariana (de 1980 à 1995) a plus d’un tour dans son sac. Ses talents de grand diplomate, il les a cultivés après avoir joué dans… l’équipe de football du Club africain (CA), dans les années 1940. Il a même fait partie de la direction de ce grand club de football tunisois à partir de 1960, avant d’en assurer la présidence en 1986-1987.

N.B.

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Une pensée sur & ldquo; [Mémoire de diplomates] Mahmoud Mestiri : 40 ans de vie diplomatique & rdquo;

  1. Mahmoud Mestiri, Allah yarhmou, était un grand diplomate, fin connaisseur du système et des rouages onusiens, possédant de multiples et larges expériences, d’un grand flair et d’une grande capacité d’analyse. J’ai longtemps travaillé avec lui, à New York et au Cabinet du Ministre des AE et j’ai beaucoup appris de lui. A New York, il était la vedette, fort écouté, sans cesse consulté par ses collègues, notamment les Occidentaux, et souvent sollicité par les médias en tant que Représentant Permanent de la Tunisie ou Président du Groupe des 77. C’était l’une des fiertés de la Tunisie. Toujours disponible, humble et bon vivant

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