Photo : Bourguiba.com

[Mémoire de diplomates] Qui était Habib Bourguiba Jr. ?

Né le 9 avril 1927, Habib Bourguiba Jr fait partie de ces hommes politiques et fins diplomates tunisiens que la mémoire nationale conserve avec nostalgie et admiration. D’abord, parce qu’il est le fils unique du premier président de la République tunisienne Habib Bourguiba. Franco-tunisien, il est le fils de la première épouse Mathilde Lefras. Bourguiba Junior a occupé plusieurs fonctions diplomatiques dans le monde, en plus de servir comme conseiller du leader nationaliste.

Il a poursuivi ses études supérieures au sein de l’illustre collège Sadiki avant de quitter Tunis pour Paris afin d’étudier, comme son père, le droit. « Mais il s’ouvrit, en même temps, à la culture anglo-saxonne. Il fut ainsi, à l’orée de l’indépendance, un des rares Tunisiens à parler couramment l’anglais et à pouvoir lire la presse de langue anglaise. Il pourra aussi, dans certaines circonstances, servir d’interprète à son père », écrit aussi Jeune Afrique. Maniant ainsi parfaitement l’anglais, il fut ensuite envoyé aux Etats-Unis pour mettre sur pied l’ambassade de Tunisie en 1956. Dans le Nouveau Monde, il se manifeste comme un diplomate talentueux, aidé évidemment par patronyme : il rencontre et finit par se lier d’amitié avec le charismatique John Fitzgerald Kennedy lorsque celui-ci était encore sénateur, qu’il a tenté de sensibiliser à l’épineuse question de l’indépendance de l’Algérie voisine.

Fin diplomate

Après avoir été ambassadeur de Tunisie à Rome, il est nommé ambassadeur en France en novembre 1958. Mais la crise de Bizerte de 1961, les frictions politiques et la rupture des relations diplomatiques entre ces deux pays qui en ont résulté mettent fin à sa mission. Il se rend alors de nouveau aux Etats-Unis pour y être ambassadeur, de 1961 à 1964. Il y accomplit un acte sans précédent, devenant ainsi le premier ambassadeur à présenter à JFK ses lettres de créance au lendemain de l’investiture officielle de celui-ci à la Maison Blanche.

Le 12 novembre 1964, il succède à Mongi Slim comme ministre des Affaires étrangères. Autre première à son actif : il devient le premier membre du gouvernement tunisien à être reçu en France depuis l’indépendance. C’est à la suite de ces nombreuses performances que celui qui est surnommé « l’autre Bourguiba » fut nommé par son père, le 26 décembre 1977, comme son conseiller spécial.

Bourguiba Jr est aussi un acteur important de l’essor économique

En effet, c’est lui qui fonde – pour ensuite la diriger de 1971 à 1988 -, la Banque de développement économique de la Tunisie. Cette institution financière parvient à attirer au pays de nombreux investissements étrangers, notamment en provenance de pays du Golfe. Anticipant de manière avant-gardiste l’immense potentiel de l’informatique, M. Bourguiba Jr. décide aussi de fonder l’Ecole nationale des sciences de l’informatique et contribue à mettre en place l’Institut de recherches des sciences informatiques de Tunis. Décéde le 28 décembre 2009, on retient surtout de lui ses talents d’orateur et son dynamisme singulier de diplomate, rendus possibles par une culture multiple et une ouverture sur le monde. Il s’est ainsi vu décerner par le président français Valéry Giscard d’Estaing, en 1976, la Légion d’honneur.

Des témoignages très attendus de Habib Bourguiba Jr., dont quelques extraits passionnants ont été mis au jour par la presse tunisienne, ont été publiés en 2013. Le livre, intitulé « Notre histoire » et paru aux éditions Cérès, se décline sous la forme d’une série entretiens accordés entre 2002 et 2006 au sociologue et politologue Mohamed Kerrou. Parmi les sujets discutés par Bourguiba Jr. figurent notamment l’assassinat de Ben Youssef, des faits et discours donnés aux Nations unies, la question israélo-palestinienne, la diplomatie tunisienne ou encore les prémices de l’islamisme… Autant de sujets délicats qui continuent encore de nourrir l’actualité brûlante d’aujourd’hui.

N.B.

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