Mémoires d’un diplomate: Circonstances et causes de l’ouverture de notre Ambassade au Nigéria – ( 1ère Partie )

J’ai cru bon,cette fois – ci, de donner les causes et les péripéties de l’ouverture de notre Ambassade au Nigéria ! Tout d’abord parce que j’ai été l’un des protagonistes de cette ouverture et ensuite parce que cela, je le pense tout humblement, a un côté instructif pour tout jeune nouveau diplomate et même pour tous ceux qui sont intéressés par la diplomatie et qui sont curieux de savoir comment on est parfois amené à ouvrir une Ambassade !
L’histoire remonte du temps où, en Avril 1980, Si Mohamed Mzali ( Allah Yarhamou Wi Naamou ) est devenu Premier Ministre, succédant ainsi à Si Hédi Nouira ( Allah Yarhamou Wi Naamou ) !Et la première mission qu’il effectua alors à l’étranger fut le Sommet Économique Africain de Lagos tenu justement en ce même mois d’Avril 1980 !
Ce Sommet revêtait alors une importance extrême et avait vu la participation de la plupart des Chefs d’État et de Gouvernement africains !
À l’époque, nous n’avions, bien sûr, pas d’Ambassade à Lagos et nous étions diplomatiquement représentés auprès du Nigéria par notre Ambassade à Lomé ( Togo) dont le titulaire était alors Si Sadok Bouzaiène !
C’est au cours du Sommet ci – dessus mentionné que Si Mohamed Mzali fut approché par les Autorités nigérianes qui lui firent clairement comprendre qu’elles étaient fort déçues que  » la Tunisie soit diplomatiquement représentée auprès du Nigéria, considéré comme un gėant de l’Afrique, à partir du minuscule Togo  » !
En rentrant en Tunisie, Si Mohamed Mzali en fit rapport au Président Bourguiba (Allah Yarhamou Wi Naamou ) qui décida aussitôt que l’on ouvre une Ambassade à Lagos !
À l’époque, Si Hassène Belkhoja ( Allah Yarhamou Wi Naamou ) était Ministre des Affaires Étrangères ! J’étais alors Chef de Division à la Direction Europe dirigée par Si Noureddine Mejdoub et je reçus un coup de téléphone d’un membre du cabinet du Ministre, me disant textuellement ceci :
 » Nous ne te forçons pas à accepter mais nous avons pensé à toi, en tant qu’angliciste, pour être un des membres pressentis pour l’ouverture de notre Ambassade au Nigéria ! Nous aimerions recevoir ta réponse le plus vite possible car si tu refuses, nous rechercherons alors un autre angliciste  » !
Après cette proposition et bien qu’ayant appris que la vie était chère à Lagos et que la sécurité laissait à désirer, j’ai accepté ce poste non sans m’être tenu personnellement le raisonnement suivant qui me paraissait logique :
 » Puisque normalement, selon le statut en vigueur, un diplomate est censé travailler aussi bien dans des postes dits difficiles que dans d’autres plus plaisants, il valait mieux que je serve dans un poste difficile alors que j’étais encore relativement jeune ( J’avais 37 ans ) et que j’avais seulement un fils âgé de 13 mois qui n’allait pas encore à l’école  » ! Je m’étais aussi dit  » qu’ainsi, je me débarrassais dès maintenant d’un poste dit difficile que je pourrais oser refuser plus tard si on m’en proposait un autre de nouveau  » !
J’ai donc accepté et voilà que je me retrouve, à partir d’Octobre 1980 ( Bien sûr, il a fallu, au préalable, compléter les procédures de demande d’agrément de l’Ambassadeur et de déblocage des fonds nécessaires pour l’ouverture d’une Ambassade ! ) , membre de notre Ambassade à Lagos avec Si Amor Ardhaoui comme Ambassadeur et Si Larbi Dellagi comme comptable !
Bien que ce fût un poste extrêmement difficile, surtout en ce qui concerne la sécurité ( Nous étions, à ce point de vue, constamment sous pression puisque nous sentions tout simplement qu’un  » malheur  » pouvait nous arriver à tout moment ! ) , je n’ai pas regretté ( bien sûr après coup, puisque j’étais alors bien heureux de m’en être sorti sain et sauf ) car cela a été un véritable plaisir de travailler aux côtés de Si Amor Ardhaoui qui a été un exemple d’honnêteté, de correction, de bonne éducation ,de solidarité, de collégialité etc… ! C’est bien simple, je n’ai trouvé en lui aucun défaut
( et pourtant, croyez – moi, je ne suis pas du tout du genre complaisant ! ) . Il en était de même pour son épouse et ses deux enfants : une fille et un garçon très bien élevés !
Dans un poste extrêmement difficile comme le Nigéria, nous avons encore plus le loisir d’apprécier, à leur juste valeur, les personnes qui nous entourent et avec lesquelles nous travaillons !
Au point de vue professionnel, cela a aussi été très dur puisqu’il n’était pas du tout  » commode  » d’avoir affaire à des responsables du Ministère des Affaires Étrangères du Nigéria pour la plupart très mal organisés et souvent adeptes du
 » doucement le matin et pas trop vite le soir  » !
À tel point qu’à mon retour à Tunis, je m’évertuais à répéter à tous les collègues qui voulaient bien m’entendre que  » je pouvais dorénavant travailler, sans crainte aucune, dans n’importe quel pays après l’infernal séjour nigérian  » !
Au fait,mon histoire avec notre Ambassade au Nigéria n’est pas achevée !
Je vous raconterai, dans mon prochain billet ( bientôt, j’espère ) , les suites de nos  » élucubrations nigérianes  » !
Tout en faisant durer le  » suspense  » , je vous dis à la prochaine !
– MOHAMED MEDDAH –
( ancien diplomate )

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