Meurtre de Falikou Coulibaly: «On va quitter votre beau pays si accueillant»

Suite au meurtre de Falikou Coulibaly, président l’Association des Ivoiriens en Tunisie, survenu lors d’un braquage le dimanche 23 décembre, plusieurs ressortissants ivoiriens ont manifesté devant leur ambassade, à Tunis.
Des centaines d’ivoiriens étaient rassemblés en criant de slogans dénonçant le racisme. « Pour que cela ne se reproduise pas en Tunisie » ou encore « Paix, justice et liberté ». Pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants, encadrés par les forces de sécurité.
Le secrétaire général de l’Association des Ivoiriens en Tunisie, présent sur place, a déclaré qu’il s’agissait d’un «crime raciste», en indiquant que cette manifestation a pour seul but de « montrer au monde que nous sommes fatigués de la violence contre nous tout le temps (…) Koulibaly a été tué parce qu’il voulait défendre ses frères et ses sœurs ».
Le président de l’association des ivoiriens actifs de Tunisie, Etien Henri Michel a affirmé, dans une déclaration aux médias, que l’ambassade de Côte d´Ivoire en Tunisie a pris les mesures nécessaires pour suivre ce dossier, et ce en coordination avec le ministère ivoirien des affaires étrangères qui soumettra, pour sa part, un rapport au ministère de l’intérieur en Tunisie.
De son coté, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH), a fortement condamné l’assassinat du président de l’association des Ivoiriens en Tunisie (AIT), Falikou Coulibaly, par un groupe de jeunes de l’Ariana, au nord de la capitale. Dans un communiqué publié lundi, elle a exigé «l’ouverture d’une enquête sérieuse et la poursuite des agresseurs. Elle a dans ce sens, appelé à l’application effective de la loi sur la criminalisation de la discrimination raciale, réitérant son appel à l’incrimination de toutes les formes de discrimination».
L’Association a appelé tous les partenaires et les militants dans le domaine des droits et des libertés à faire face à toutes les manifestations de discrimination, de violence et de haine, estimant que l’Etat tunisien est tenu de garantir la sécurité de tous ses citoyennes et citoyens ainsi que les étrangers qui y résident.
Lors d’un point de presse organisé lundi, le ministère de l’Intérieur a révélé les péripéties de l’assassinat du chef de la communauté ivoirienne en Tunisie. Il déclare avoir arrêté 6 personnes âgées de 15 à 23 ans. Faisant partie du groupe, l’un des principaux prévenus (21 ans) a reconnu avoir poignardé M. Koulibaly au niveau de la cuisse et du côté droit, ce qui a entraîné sa mort. L’instrument du crime a été saisi.
Le ministère de l’intérieur a précisé que l’Ivoirien, âgé de 33 ans, a succombé à ses blessures dimanche soir après avoir été agressé au couteau dans le secteur de Dar Fadhal Sakra alors qu’il se défendait contre un groupe de délinquants qui tentaient de lui arracher son téléphone portable au moment où passait en compagnie d’un ami.
Anthony Gianni, l’une des victimes de cette escalade du racisme en Tunisie, témoigne sur sa page Facebook, à travers une lettre qui résume à elle seule toute la situation :
« Dans l’avion, en arrivant en Tunisie, j’étais tout excité à l’idée de découvrir un nouveau pays, avec une culture différente, un langage différent, des habitudes et coutumes différentes.
C’est triste mais ça ne m’a pas pris plus d’un mois pour réaliser que ma couleur de peau posait problème dans cette région du monde.
Entre temps, j’ai arrêté de compter les insultes, moqueries et discrimination dû à ma couleur de peau. Mais c’est rien comparé à mes amis qui se sont fait giflé dans le métro pour aucune raison apparente, sans que personne ne réagisse, ou comparé à ceux qui se sont fait égorgé un 25 décembre ou qui ont pris des coups et blessures.
Et quand on en parle, vous dites que ça aurait pus arriver à n’importe qui, vous balayer du revers de la main ce qui se passent vraiment ici, vous prétendez qu’il n’y a pas de racisme en Tunisie et que d’ailleurs vous avez aussi des tunisiens noirs de peau, alors que ces mêmes tunisiens noir vous les discriminer aussi pour leur couleur de peau.
Et la cerise sur le gâteau, vous finissez toujours par dire  » si vous n’aimez pas la Tunisie, alors vous n’avez qu’à partir « .
Rassurez-vous, on va quitter votre beau pays si accueillant, qui se trouve d’ailleurs sur notre continent puisque vous avez tendance à oublier que vous êtes aussi africains ; mais si on part, c’est pas parce qu’on n’aime pas la Tunisie, c’est parce que vous ne nous aimez pas en fin de compte.
Et oui je généralise, parce que quand on parle d’un peuple, on prend le cas majoritaire, et malheureusement, la majorité des gens à Tunis sont raciste (conscient et inconscient) .
Ceux qui sont assez ouvert d’esprit ont soit quitté le territoire pour vivre dans un pays meilleur, ou soit sont restés, mais sont en nombre inférieur face aux autres qui ont du mal à accepter les différences des autres, et qui malgré leur âge ont encore peur du noir… ».

S.N

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