NOA : l’artisanat dans le meuble !

Nesrine Ouertani, fondatrice de NOA, marque tunisienne de fabrication de meubles et d’éléments de décoration intérieure, est une trentenaire passionnée de design et de métiers manuels. Diplômée de l’ENAU (Ecole nationale d’architecture et d’urbanisme), elle a exercé l’architecture pendant quelques années avant de prendre la décision de se lancer en solo pour créer des objets de toutes sortes. Située au cœur de la Marsa, la boutique Noa vend ses propres produits mais aussi des coups de cœur de designers. Interview.

Le Diplomate Tunisien : Vous êtes diplômée de l’Ecole d’architecture de Sidi Bou Saïd, mais comme beaucoup, vous avez préféré vous orienter vers l’artisanat…

Nesrine Ouertani : En effet, j’ai travaillé d’abord dans l’architecture, mais cela fait déjà trois ans et demi que la boutique Noa, que j’ai fondée, a été inaugurée. Si je continue à exercer encore l’architecture, en effectuant notamment des travaux de petits aménagements et des projets à petite échelle, je m’occupe surtout de Noa en tant que designer, en créant des éléments de décoration d’intérieur. En fait, j’ai toujours été attirée par l’aspect manuel de l’architecture : dessin, design, conception de produits… C’est de ça que j’ai envie de vivre !

DT : Que produit Noa ?

N.O. : Les objets exposés ici se composent principalement de saladiers, verres, vases, cadres pour tableaux, tasses, bols… C’est nous qui dessinons les formes des objets à créer, et nous les faisons « tourner » nous-mêmes, en sous-traitant avec des artisans. L’équipe se compose de moi-même ainsi que d’une designer produit en stage et d’un jeune comptable. Au début, je créais surtout des pièces décoratives, puis j’ai commencé à concevoir des pièces alimentaires, des meubles et des tables basses, de la tapisserie, des miroirs, etc. Mais toujours en édition limitée, voire en pièces uniques, car la matière avec laquelle nous travaillons n’est parfois disponible qu’en quantité très limitée… C’est comme ça que marche l’univers de l’artisanat ! On a un coup de cœur pour une matière très belle et très rare, on s’en saisit pour créer un objet ou seulement quelques-uns…

D.T. : Arrivez-vous à attirer une clientèle suffisante ?

N.O. : La vente dépend surtout des périodes et de notre capacité de production, eu égard aux éléments dont j’ai parlé, comme la disponibilité de la matière première. Il faut savoir aussi que la cible de la marque est très particulière et que les produits bien faits, qui nécessitent une chaîne de production longue et parfois laborieuse, sont assez chers… C’est la ligne directrice de la marque : les formes sont très spéciales, les matières finement sélectionnées, et finalement, ça ne plaît pas forcément à tout le monde. Ainsi, la cible se rétrécit nécessairement, notamment sur le plan esthétique. Les obstacles à la vente sont aussi liés aux imprévus de terrain : la lenteur du travail effectué par les artisans ou celle des fournisseurs par exemple. On a beaucoup appris à être patients sur le terrain, d’ailleurs ! Globalement, l’appréciation de la marque par nos visiteurs est stable, mais la capacité de produire est variable. Je dirais donc que les pics de vente sont toujours mis en rapport avec la cuisine interne. Mais ici, nous voulons que la marque se fasse connaître d’elle-même, sans buzz ni quoi que ce soit qui nécessiterait une fabrication de grands stocks de produits, en misant surtout sur le long terme. C’est surtout le bouche-à-oreille qui fait fonctionner la marque. Cette année, je pense participer à la foire de l’artisanat pour faire connaître davantage mes créations, mais j’ai toujours préféré prendre le temps de développer la marque et les produits avant de les exposer.

A propos de la clientèle, j’ai toujours noté un fort intérêt de la part des touristes. Paradoxalement, dans mes créations, les étrangers voient toujours une touche tunisienne, ou en tout cas nord-africaine, que les Tunisiens ne voient pas ! De façon générale, tous préfèrent de plus en plus les produits fabriqués de manière « humaine » et développent une certaine aversion pour les produits à la chaîne qui inondent le marché.

D.T. : Parlez-nous un peu de la chaîne de production…

N.O. : Le processus de fabrication est long et nécessite un certain nombre d’intervenants, mais peut évoluer et être modifié avec le temps. En gros, je dessine d’abord moi-même la pièce à fabriquer au niveau des motifs et du graphisme, même si, plus tard, j’aimerais davantage me spécialiser dans les formes afin de les diversifier. Une fois le modèle dessiné, je sous-traite avec un tourneur à qui je fournis la matière première (généralement de la terre rouge ou faïence blanche) et avec qui je travaille aussi sur la finition, étape qui peut prendre plusieurs jours. J’emmène ensuite les pièces sèches chez un autre artisan qui s’occupe de la cuisson de la pièce. Je récupère ensuite celle-ci afin de dessiner des motifs dessus, généralement à l’oxyde métallique noir que j’aime beaucoup. Puis, on la recuit au four. De nouvelles façons de travailler sont toutefois en train d’être étudiées par nous, et on est toujours dans l’expérimentation.

D.T. : Des projets pour le futur ?

N.O. : Bien sûr ! Même si nous aimons travailler sur une cible réduite et misons sur la patience pour faire connaître et développer la marque, on rêve de participer un jour à la foire biannuelle Maison et Objet à Paris. Mais nous sommes conscients qu’il faut bien s’y préparer, et prendre part d’abord à des expositions et des foires plus petites, histoire de nous familiariser avec ces ambiances ultra-fréquentées où peut prendre forme une demande nécessitant de grandes capacités de production. La marque a en tout cas déjà commencé à être exposée dans des concept-stores, mais toujours à petite échelle, car je suis toujours dans la phase où j’ai besoin de maîtriser la chaîne de production.

Propos recueillis par N.B.

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