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MOHAMMED HUWAIS / AFP

Une note « confidentiel-défense » détaille l’emploi des armes françaises au Yémen (Le Monde)

Un collectif de journalistes, « Disclose », publie un document du renseignement militaire d’octobre 2018. Le gouvernement considère que ces armes employées au Yémen sont « pour l’essentiel en position défensive », rapporte le quotidien français Le Monde.

« Pour avoir décidé de continuer de livrer depuis 2015 des armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis (EAU), les deux principaux acteurs de la coalition arabe engagée contre les rebelles houthistes dans le sanglant conflit yéménite, Paris se trouve soupçonné de participer à une guerre sale », indique Le Monde. Un collectif de journalistes français, Disclose, accuse en effet la France de « mensonge d’Etat », lundi 15 avril. Le groupe de journalistes conteste l’affirmation du gouvernement selon laquelle les matériels français n’auraient que des fonctions « défensives ». Pour appuyer ses dires, le groupe de journalistes se fonde sur une note de la direction du renseignement militaire (DRM) d’octobre 2018 évaluant l’action de la coalition et détaillant le rôle des armements acquis par les protagonistes.

La note, frappée du « confidentiel-défense spécial France », un des plus hauts niveaux de classification, a été établie par la DRM pour le conseil restreint du 3 octobre 2018 à l’Elysée. A ce moment-là, la coalition arabe relançait l’assaut contre Hodeïda, sur la mer Rouge. Le renseignement militaire français estime que, malgré ses déclarations volontaristes, elle n’est pas en mesure de reprendre le premier port du pays, attaqué dès juin.

« A Paris, la situation est scrutée, car frappes et blocus impliquent des matériels français. François Hollande puis Emmanuel Macron ont décidé de continuer d’honorer les livraisons d’armes scellées avant le déclenchement du conflit pour les deux ‘partenaires stratégiques’ que sont l’Arabie saoudite et les Emirats. Les livraisons se poursuivent, officiellement avec ‘une vigilance renforcée’, sous le filtre néanmoins opaque de la commission interministérielle d’exportation des matériels de guerre, qui dépend de Matignon. Le seul bilan des frappes aériennes depuis 2015 témoigne de l’ampleur de l’enjeu : selon la DRM, 150 000 missions aériennes de tous types ont été menées par la coalition arabe dont 24 000 frappes – 6000 en 2018 », poursuit Le Monde.

35 civils morts au cours de 52 bombardements

La note renforce la position de l’exécutif en affirmant qu’« aucun élément ne permet de conclure à la présence de matériel français sur les fronts actifs ». Mais, dans le détail, « la DRM dépeint une réalité beaucoup moins nette ».

Le Monde indique que ses cartes estiment à près de 437 000 personnes la « population potentiellement concernée par de possibles frappes » de l’artillerie de la coalition, dont font notamment partie les canons français Caesar, sur trois zones frontalières entre l’Arabie saoudite et le Yémen. Il s’agit des zones d’opération les plus reculées du conflit, demeurés inaccessibles à la presse étrangère, côté yéménite, depuis 2015. Le collectif de journalistes précise que, en croisant ces données avec celles de l’ONG américaine Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project), on peut établir que 35 civils sont morts au cours de 52 bombardements entre mars 2016 et décembre 2018 dans le champ d’action des Caesar français, où opère également, en théorie, l’aviation saoudienne.

L’engagement militaire saoudien, « principalement aérien », consiste depuis mars 2015 en une « campagne de frappes massives et continues contre les territoires tenus par la rébellion houthiste ». « Soit en moyenne 120 sorties par jour, depuis les bases de Kamis Mushait et Taïf, avec des avions américains (F15S) et européens (Tornados et Typhoon). Ils n’utilisent pas de munitions françaises mais les bombes ‘pourraient’ selon la DRM être guidées par des nacelles françaises Damoclès. L’aviation saoudienne bénéficie d’une aide américaine au ciblage, rappelle la DRM, mais l’appui aérien rapproché est ‘mal maîtrisé’, autrement dit susceptible de causer des dégâts collatéraux », poursuit le journal français.

La note précise : « A ce jour, aucun matériel d’origine française appartenant aux forces saoudiennes n’a été observé dans le cadre des opérations saoudiennes et loyalistes en territoire yéménite. » « Quant aux unités blindées, un lourd dispositif est en place, avec cinq brigades de l’armée de terre et deux de la garde nationale le long de la frontière. Soit de 11 à 16 escadrons déployés en permanence du côté saoudien, avec 300 chars. Auxquels s’ajoutent 28 batteries d’artillerie d’une portée de 18 à 42 km déployées d’est en ouest, des canons américains et français », rapporte encore Le Monde.

« Un bataillon supplémentaire de canons automoteurs Caesar avait été déployé à la frontière saoudo-yéménite, côté saoudien, portant à 48 le nombre de Caesar dans cette zone. (…) La DRM n’est cependant pas en mesure d’évaluer de manière précise le dispositif saoudien actuel à la frontière du fait d’un manque de capteurs dans la zone. »

Paris agit de façon « responsable et fiable »

Côté émirati, l’aviation est beaucoup plus compétente. « Elle utilise des Mirage 2000 avec des nacelles françaises de désignation (Damoclès). Et opère des tankers multirôle A330. L’engagement terrestre fait des EAU ‘le premier contributeur terrestre de la coalition arabe’ avec 1000 hommes, 400 forces spéciales et des contractuels. Les forces émiraties coordonnent les opérations terrestres sur la côte ouest en direction du port d’Hodeïda. Port assiégé : une corvette émirienne Bayunah d’origine française participe au blocus, tout comme une frégate saoudienne de classe Makkah vendue par Paris et des hélicoptères de la marine saoudienne Panther et Dauphin. Ils contribuent à gêner les livraisons de nourriture dans un pays sujet à la famine. »

Matignon assure de son côté ne pas avoir « connaissance de victimes civiles résultant de leur utilisation sur le théâtre yéménite ». Lundi, les services du premier ministre ont en effet répondu dans un communiqué que Paris agissait de façon « responsable et fiable » auprès de ses partenaires, avec qui la France a des « intérêts de sécurité communs : la lutte contre le terrorisme et la préservation de la sécurité au Moyen-Orient » et que les « armes françaises sont placées pour l’essentiel en position défensive ».

N.B., avec Le Monde

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