NOUS AVONS TOUS BESOIN DE NOTRE JEUNESSE

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AMBASSADEUR HATEM ATALLAH*

Notre monde traverse aujourd’hui une grande zone de turbulence et fait face à de grandes incertitudes. Il a devant lui des défis sans précédents et lutte contre de nombreuses tendances négatives qui vont de la radicalisation et l’extrémisme à la xénophobie et le rejet total de l’autre.

La faille continue de s’élargir entre des peuples et des nations qui avaient pourtant tant partagé à travers l’histoire ; l’absence de toute compréhension de ce qui n’est pas notre, et la peur des autres sont devenus les fonds de commerces préférés de certains mouvements et organisations politiques à travers toute la région euro-méditerranéenne. En attisant les discours hostiles et en accélérant la spirale négative ils poussent vers une plus grande séparation de ces peuples et favorisent un isolationnisme aux conséquences aussi désastreuses qu’elles sont anachroniques.

Ces forces négatives qui fleurissent des deux cotés de la méditerranée semblent, à première vue, radicalement opposées. En réalité, elles suivent les mêmes objectifs et visent principalement la même cible : notre jeunesse. Toutes deux cherchent à étouffer le dynamisme et la soif du savoir et de la découverte de cette jeunesse, en l’attirant par des mensonges cruels vers des utopies apocalyptiques dans lesquels les valeurs d’humanité et de compassion n’ont plus droit de cité. Toutes deux cherchent à réduire l’espace de croissance et de créativité, inhiber la capacité des jeunes, filles et garçons, à voir au-delà du prisme étroit du dogmatisme, geler leurs ambitions et fermer devant eux toutes les voies de l’épanouissement.

Pourtant, la région euro-méditerranéenne a toujours été, tout au long de l’histoire, un creuset dans lequel l’humanité a développé ses valeurs fondamentales. C’est dans cette région qu’est née la première constitution portée par la Charte de Carthage ; c’est dans cette région, à Athènes que la démocratie a vu le jour ; c’est dans cette région, à Rome que les notions d’état et d’organisation politique ont été développées ; c’est dans cette région, en Egypte, que le monde a découvert les splendeurs pharaoniques dont une grande partie reste encore mystérieuse ; c’est de cette région, de Marseille, de Tunis, de Barcelone, de Damas, de Florence, de Fez, de Vienne, d’Alger, de Tyr et de tant d’autres villes euro-méditerranéennes que sont sorties les découvertes et les développements qui vont marquer la marche de l’humanité et la civilisation planétaire.

Cette interaction extraordinaire et cette confluence intime que la méditerranée a toujours favorisé représente le vrai caractère de notre région et qui la rend si unique. C’est une œuvre de mosaïque grandiose, une palette extraordinaire d’ethnies, de croyances et de cultures diverses qui forment pourtant une communauté forgée par une histoire partagée et un sentiment d’appartenance.

Il est toutefois important de souligner que le fait d’avoir toutes ces valeurs en partage ne représente pas une perte d’identité ou le développement d’une société mono culturelle. Ce partage constitue plutôt une passerelle pour une meilleure compréhension, une congrégation de valeurs communes avec pour objectif la création d’un espace de paix, de sécurité, de coopération et de développement fondé sur la créativité, l’ouverture et la tolérance et dans lequel nous devenons tous des acteurs responsables et des bénéficiaires conscients, en un mot : des citoyens à part entière.

Dans cette aventure humaine exaltante, la jeunesse est toujours aux avants postes. Elle représente ce que la société a de mieux pour assurer sa pérennité et son avenir.

En Tunisie, durant les quelques dernières années, nous avons assisté à l’éclosion d’une nouvelle génération de jeunes, femmes et hommes, qui s’est engagée résolument dans la société avec dynamisme et assurance. Cette génération a donné une nouvelle dimension à la société civile Tunisienne en tant qu’acteur dans le processus de développement du pays. Cette génération a décidé de se prendre en charge, refusant de se laisser berner par les mensonges des marchants de la mort et les vendeurs de chimères. Dans un rapport publié en Avril 2016, le Centre Carnegie Endowment for International Peace écrit : « Depuis Janvier 2011, les acteurs de la Société Civile Tunisienne (y compris les organisations non-gouvernementales, les cercles culturels, les jeunes entrepreneurs civils, et les spécialistes en technologies de l’information) ont fait preuve d’une grande capacité à susciter les débats, présenter des propositions et pour montrer de la créativité à modeler un avenir pour la société. Cette capacité est un atout extraordinaire pour la Tunisie et devra être prise en compte ». (1)

Après trois années de travail avec la société civile et surtout les jeunes dans toute la région euro-méditerranéenne (2), je peux avancer avec assurance les conclusions suivantes :
– la jeunesse est prête à s’engager dans les diverses initiatives de sa société,
– la jeunesse ne peut être considérée comme un « secteur » dans la politique de développement. (Dans certains pays de la région, elle représente 70% de la population)
– la jeunesse veut avoir sa place autour de la table et participer à la prise des décisions concernant les divers secteurs de la société
– la jeunesse n’est pas synonyme d’incompétence. C’est une force de créativité débridée, un esprit qui regarde au-delà de la ligne d’horizon et qui veut pousser toujours plus loin la frontière de l’humain.
– Les organisations internationales sont aujourd’hui elles aussi engagées et la résolution 2250 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la « Jeunesse, la Paix et la Sécurité » donne aux jeunes une place importante dans les initiatives nationales et internationales
– La force de la jeunesse vient de sa diversité et de sa capacité non seulement à accepter cette différence chez l’autre mais aussi et surtout à la respecter et la promouvoir tout autant que la sienne.

Ce ne serait certainement pas une prophétie que de dire que nous sommes aujourd’hui au seuil d’une nouvelle ère mais que, malheureusement, nous ne savons pas de quoi elle sera faite ni ce qu’en seront les paramètres. En créant les conditions permettant aux jeunes de participer à la formulation de ces paramètres, nous augmentons les chances de voir une nouvelle société dynamique, créative et responsable émerger des secousses actuelles.

L’avenir de la région sera, dans une large mesure, déterminé par la vision, l’attitude et les actions de la jeunesse d’aujourd’hui. Il est donc vital que ces jeunes se sentent membres à part entière de la société et qu’ils en assument les valeurs fondamentales. Le sentiment d’abandon et l’errance identitaire ajoutés à la perte de l’espoir rendent les jeunes gens vulnérables à l’endoctrinement et les sociétés ouvertes sur l’inconnu.

Nous avons besoin de notre jeunesse non pas pour nous y retrouver mais pour qu’elle nous guide vers le meilleur de nous-même.

*Hatem Atallah est un ancien Ambassadeur de Tunisie en Afrique du Sud, Washington, Addis Abéba et Londres. Il est membre de l’Association Tunisienne des Anciens Ambassadeurs et Consuls Généraux (ATAACG), de l’Association des Etudes Internationales (AEI) et du Rotary Club Tunis-Doyen.

(1) Carnegie Endowment for International Peace, « Between Peril and Promise, A New Framework for Partenership With Tunisia ». MUASHER, PIERINI, DJERASSI. Avril 2016.
(2) Directeur Exécutif de la Fondation Anna Lindh pour la Dialogue entre les Cultures dans l’Espace Euro-Méditerranéen (2015-2017).

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