« On s’inquiétait d’un soulèvement mené par les tunisiens à Raqqa», les...

« On s’inquiétait d’un soulèvement mené par les tunisiens à Raqqa», les femmes des soldats de l’EI témoignent

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Sous les attaques répétitives des Etats-Unis et de ses alliés d’un côté, des rebelles soutenus par la Turquie de l’autre et les opérations de l’armée syrienne appuyée par la Russie en troisième lieu, l’étau se resserre sur les combattants de « l’Etat Islamique »(EI), dont beaucoup ont commencé à fuir Raqqa, la capitale déclarée de Daech en Syrie.

Trois femmes, deux tunisiennes et une libanaise, ayant eu la chance de fuir, ont témoigné à Reuters, à partir de leurs propres constatations en tant qu’épouses de soldats de l’EI. Elles ont d’abord signalé la grande différence entre les hauts dirigeants qui avaient des privilèges infinis et les combattants ordinaires qu’on laissait mourir comme des «moutons».

Tous leurs témoignages s’accordaient dans ce sens, rendant compte des écarts croissants entre la classe des dirigeants (dits les Emirs) et celle des simples soldats, surtout avec la pression accrue et le manque grandissant de ressources.

Khadouja al-Humri, une des trois femmes qui ont fui Raqqa il y a environ six mois, a déclaré que les dirigeants de l’État islamique s’inquiétaient d’un soulèvement ou d’un coup d’Etat, et que les Tunisiens ont été perçus comme une menace parce qu’ils avaient critiqué la façon dont le groupe était dirigé. En effet, les tunisiens acceptaient mal les inégalités au sein de la société daechienne et allaient même jusqu’à considérer certains dirigeants comme des « kuffars ».

« Mon mari a eu peur. Vers la fin, il y avait environ 70 tunisiens sur la liste des services de sécurité (de l’EI) recherchés. On voulait s’en débarrasser en les exécutant », a-t-elle déclaré à Reuters dans un camp kurde à Ain Issa, un village au nord de Raqqa. Elle a ajouté, en faisant une allusion claire aux espions de l’EI, « Vous ne pouvez pas parler librement ou critiquer, vous ne saviez pas qui écoutait ».

A la base, les trois femmes qui ont témoigné ont déclaré qu’elles avaient voyagé de leur plein gré pour rejoindre l’EI dans l’espoir de vivre selon les préceptes islamiques les plus rigoureux, un style de vie rêvé pour elles. Toutefois, la réalité était différente de leurs attentes.

Par la suite, Humri a déclaré qu’elle et son mari ont échappé de Raqqa en allant vers le sud jusqu’à la ville d’al-Mayadeen, une autre région où ils se cachent actuellement.

Pour mener à bien la fuite, son mari n’a pas hésité à voler des voitures des fonctionnaires de « l’État Islamique » et les vendre. Avec l’argent obtenu, il a payé un contrebandier qui les a ensuite emmenés à travers le fleuve Euphrate dans les zones contrôlées par l’YPG kurde. Quand il est arrivé, l’YPG, qui lance l’assaut dirigé par les États-Unis pour expulser « l’Etat islamique » de Raqqa, l’a détenu. Humri a été interrogé mais laissée libre.

« Nous avons expliqué qu’on fuyait Daesh. ». Les Kurdes « nous traitent bien » , a-t-elle indiqué, assise dans un bâtiment peu meublé où les femmes comme elle sont logées à Ain Issa. « Je veux juste sortir de ce camp ».

Pour rejoindre Daech, d’autres femmes suivaient des chemins semblables, voyageant en Syrie via la Turquie pour suivre leurs maris qui étaient allés se battre sous l’EI. Deux d’entre eux – Humri et Nour al-Huda, une mère libanaise de 20 ans – ont déclaré que leurs premiers maris avaient été tués au combat.

Elles se sont rencontrés pour la première fois dans une « maison d’hôtes » à Raqqa pour les veuves où elles ont été gardées sous surveillance permanente.

La maison d’hôtes était surpeuplée, chaque chambre accueillait 12 femmes et leurs enfants. Nour al-Huda a avoué que les combattants de « l’État islamique » choisissaient des épouses parmi elles, selon les descriptions fournies par un « haut fonctionnaire » de « l’État islamique », chargé de la maison.

Selon Huda, les dirigeants de l’EI payaient l’«émir» en charge de la maison, en espèces ou contre une arme à feu, pour garantir leur choix de mariée. Elle ajoute que les Glocks fabriqués en Allemagne étaient particulièrement recherchés.

Huda a ajouté que le tunisien qui l’a épousé avait voulu prendre soin de ses enfants orphelins. Blessé dans les deux mains, il ne s’est pas battu durant un certain temps. « Il était très bien avec mes enfants, m’a très bien traitée », a-t-elle confirmé. Cependant, « on ne lui donnait pas de l’argent ». Il était un simple soldat et avec sa blessure, on n’avait plus besoin de lui.

Par ailleurs, les «émirs» jouissaient de beaucoup de privilèges. Ils vivaient dans les meilleures maisons et portaient de beaux habits chers. Le gouverneur de « l’Etat islamique » à Raqqa cautionnait bien ce genre de favoritisme. Il était lui-même connu pour avoir donné à ses proches des postes administratifs bien payés. Elle a commenté : « Nous avons pensé que c’était l’état de l’Islam, mais franchement, nous avons beaucoup de regret ».

Selon les estimations, 3000 à 4000 des combattants sont toujours sur place alors que leurs leaders ont pris la fuite vers des zones plus sûres. Jalal al-Ayyaf, responsable du camp d’environ 7 000 personnes à Ain Issa, a déclaré que 15 à 20 familles étrangères étaient arrivées jusqu’ici, dont des russes, des tunisiens, les libanais et des indonésiens. Un nombre grandissant est attendu dans le camp, qui est géré par un conseil civil soutenu par les forces démocratiques syriennes (SDF). Les autorités s’occupaient des besoins des familles et les aideraient à partir là où elles le souhaitaient. Les femmes des soldats de l’EI se trouvant dans le camp ont confirmé cette déclaration en appelant à plus d’aide pour leur permettre de quitter.

N.B

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