Opinion : Le monde est-il à la veille d’une action militaire d’envergure au Moyen Orient ?

Par Ali Hachani, ancien Ambassadeur

Une information est passée pratiquement inaperçue ce samedi 21 novembre 2020 : L’Armée américaine a annoncé l’envoi au Moyen Orient « d’un avion de type B 52 » qui a décollé d’une base aérienne de la Caroline du Nord. A supposer que le mouvement ne concerne qu’un seul avion (ce qui est loin d’être acquis), l’information reste très significative compte tenu des capacités de cet appareil et des circonstances de son déplacement, en cette période précise, dans une région qui ne manque pas d’engins militaires de tous genres et qui, de toutes les façons, n’a pas connu récemment des évènements particuliers pouvant mettre en danger la sécurité des Etats Unis d’Amérique ou de ses alliés dans la région.

Au risque d’être accusé de dramatisation ou d’être adepte des « théories des complots » l’on ne peut s’empêcher de penser que ce développement, lié à d’autres, pourrait bien annoncer une action militaire imminente qui serait menée par un président qui ,tout en continuant à nier avoir perdu les récentes élections dans son pays, tient à soigner son « héritage » sur des politiques qui lui tiennent à cœur, en particulier le favoritisme vis-à-vis d’Israël et la haine illimitée à l’égard de ses adversaires, en particulier l’Iran, la Syrie, les palestiniens et les mouvement de résistance au Liban et en Irak. Quelle que soit l’attitude que l’on peut avoir à l’égard de l’un ou l’autre de ces protagonistes, le monde devrait être alarmé par cette volonté apparente d’une administration sur le départ d’aggraver la situation dans une région à l’équilibre précaire avec le risque de voir cette région et peut être  le monde entier s’embraser mettant le nouveau locataire de la Maison Blanche, à partir du 20 janvier 2021, devant des faits accomplis et une situation internationale inextricable qui l’empêchera de mettre en œuvre sa propre diplomatie que l’on espère moins arrogante et plus mesurée. Que l’on juge !

Le B 52 est un bombardier stratégique ayant une autonomie de vol exceptionnelle et une capacité de transporter pas moins de 30000 kg d’engins. Nonobstant les assurances données par les autorités militaires américaines, la présence de ce « monstre » au Moyen Orient ne peut qu’indiquer une intention à peine déguisée de mener des bombardements d’envergure contre des cibles terrestres dans le but de raser des zones entières.

Ce développement coïncide avec le changement de responsables au Ministère américain de la défense avec le départ précipité de l’ancien Ministre et de son équipe civile qui étaient considérés comme particulièrement capables de s’opposer à l’aventurisme d’un animal blessé mû par la haine et les calculs politiciens.

Le développement coïncide également avec la récente tournée du Secrétaire d’Etat américain dans un certain nombre de pays de la région, dont Israël.  Cette tournée n’était point destinée aux adieux traditionnels à la veille d’un changement gouvernemental important, mais plutôt à aiguiser les conflits israélo-arabes par des visites(constituant une première de la part d’un responsable politique étranger) à une colonie israélienne en Cisjordanie et au territoire syrien occupé du Golan, outre des déclarations non moins choquantes concernant la « légalité »,désormais affirmée, des produits des colonies aux yeux de la législation américaine et la désignation des mouvements mondiaux de boycott de ces produits comme « antisémites ».Tout aussi significatives furent les autres étapes de cette tournée ayant couvert certains pays frères du Golfe qui, nullement émus par les nouvelles initiatives anti arabes annoncées, se sont probablement adonnés avec M.Pompéo  à leur exercice préféré de coordonner leurs positions avec celle des Etats Unis pour contrer l’Iran et ses « alliés ». Personne ne serait surpris à cet égard si la coordination ait porté sur l’action militaire d’envergure apparemment préparée.

Si l’on ajoute à ces éléments le fait que les avocats de la campagne électorale de M.Trump ont demandé à certains Etats américains de reporter pour une courte période l’examen de la certification des résultats des élections présidentielles, l’on ne peut s’empêcher de conclure que l’action militaire redoutée pourrait se situer entre les fêtes traditionnelles du « Thanksgiving » (le 25 novembre) et de « Noël »(le 25 décembre), soit environ trois semaines avant la cérémonie de passation.

La Communauté Internationale peut–elle attendre sans broncher cette terrible éventualité ? Les américains, qui sont foncièrement pacifistes, et les responsables présumés de la nouvelle équipe Biden, peuvent-ils ignorer les battements perceptibles des tambours de la guerre qui pourrait engloutir une partie du monde et leur future Administration avec ?

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