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Opinion :Première lecture dans le discours du président américain Trump devant l’Assemblée Générale des Nations Unies

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Par Ali Hachani, ancien Ambassadeur, ancien Représentant Permanent de Tunisie auprès de l’ONU à New York

L’un des grands avantages du système politique américain est qu’il permet aux présidents, qui se succèdent tous les quatre ou huit ans, de présenter au monde des positions pratiquement identiques défendant les mêmes intérêts stratégiques en les plaçant dans des cadres qui diffèrent quelque peu dans leur forme selon qu’ils sont républicains ou démocrates. Devant les Nations Unies, en particulier, le souci majeur des leaders américains a toujours été de mettre en avant la « soft power » des Etats Unis et non la « hard power », la coopération plutôt que la confrontation, la négociation et le dialogue plutôt que la dénonciation des accords passés avec le autres nations. En un mot, les Etats Unis d’Amérique, dont tout le monde connaît les moyens militaires et économiques intrinsèques, ont toujours voulu démontrer que malgré ces moyens, ils ont le potentiel d’engager les autres nations pour rechercher des solutions communes à des maux communs.
Le discours prononcé ce mardi 19 Septembre par le Président Trump à l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale de l’ONU, a été tout sauf « soft ». Les autres leaders du monde qui l’écoutaient ont dû voir devant eux un chef d’état qui cherchait à se présenter comme une personnalité dominante distribuant les blâmes et quelques félicitations à droite et à gauche et sermonnant l’ensemble sur les bienfaits du respect de la souveraineté des nations à condition que cette souveraineté ne va pas jusqu’à remettre en cause le « principe de l’Amérique d’abord ».

Certes il reconnaît aux autres pays le droit d’œuvrer dans leur propre intérêt, mais sans jamais remettre en cause l’ordre établi, surtout en matière de potentiel nucléaire (Corée du Nord et Iran). Il reconnaît aux autres nations le droit de choisir leur propre système politique et social, mais l’homme d’affaires qu’il est s’oppose ouvertement à ceux qui portent leur dévolu sur le socialisme qui, d’après lui, n’a réussi nulle part, de l’ancienne Union Soviétique (M.Lavrov, Ministre des Affaires Etrangères russe qui était assis devant lui a dû « apprécier ») au Venezuela actuellement pour lequel il prédit un avenir sombre auquel son administration compte apparemment contribuer.
Pour illustrer sa vision atypique du monde et du rôle qu’il compte y jouer, M. Trump a prononcé des phrases « choc » dont certaines n’ont probablement jamais été entendues dans le « hall » de l’Assemblée Générale de l’ONU, dédiée à la paix et à la coopération internationale. En même temps il a passé sous silence certaines questions clé que ses prédécesseurs n’ont jamais négligées et a promis de défaire certains accords que la communauté internationale, y compris son propre pays, a mis des années à négocier.

—Il a clairement menacé la Corée du Nord de « destruction totale » si jamais elle poursuivait son programme nucléaire, oubliant que le programme nucléaire de son propre pays et celui de quelques autres pays « chanceux » se portent merveilleusement bien. Aucun mot sur ce que d’autres grandes puissances proposent d’ouvrir de nouveau le dialogue avec ce pays avant qu’il ne soit trop tard pour tout le monde.
—L’accord nucléaire négocié par les grandes puissances, y compris les Etats Unis d’Amérique, avec l’Iran et qui a permis de stabiliser ce dossier dans cette zone sensible, n’est pas du goût du locataire actuel de la Maison Blanche qui, dit-on, s’oriente vers son abrogation dans les semaines à venir, risquant d’ouvrir de nouveau la question nucléaire dans la région du Golfe.
—Outre le régime du Venezuela, il met de nouveau au pilori celui de Syrie alors qu’une lueur d’espoir apparaît dans ce pays pour une solution négociée. Par contre, pas un mot sur le régime birman et le sort de sa population musulmane ni sur Israël et le sort du peuple palestinien.
—Parmi les dossiers passés sous silence, celui du climat et de l’Accord de Paris est le plus évident, alors que les catastrophes naturelles que le monde a connues récemment, en particulier son propre pays, auraient dû secouer quelque peu ses convictions libérales et anti-environnementales et l’amener à « surprendre » l’Assemblée Générale par une déclaration plus positive à l’égard de cette question. Il en est de même de la question de la coopération internationale pour le développement qui n’apas reçu un traitement même minime devant un parterre de dirigeants venant essentiellement de pays pauvres dont la priorité n’est certainement pas l’armement nucléaire de la Corée du Nord. Nulle part nous ne trouvons référence à l’Afrique, continent plein de promesses et aussi de problèmes et qui figurait toujours en bonne place dans les discours de l’ancien Président Obama devant l’Assemblée Générale.
—S’agissant des accords internationaux promis à l’abrogation par M .Trump et outre celui de Paris sur le climat, le discours promet le même sort à des accords commerciaux qu’il voudrait aussi abandonner car « ils ne répondent pas aux intérêts des Etats Unis d’Amérique » oubliant que dans un accord international il y a toujours des concessions réciproques.

Certains observateurs s’attendaient à ce qu’ un Président assagi au contact du pouvoir, vienne devant les Nations Unies avec un discours modéré sinon ouvertement favorable à l’organisation internationale et à ses nobles objectifs. Nous avons bien entendu des appels répétés de sa part pour une meilleure gouvernance de l’institution (traduisez une réduction de ses dépenses jugées, malgré leur modestie, exagérées et déséquilibrées au détriment de la première puissance mondiale). Mais, pour le reste, c’est « l’Amérique d’abord » qui prime. Cette attitude peut plaire à une base électorale toujours attirée par l’isolationnisme et la confrontation, mais elle ne manquera pas de provoquer auprès du reste de l’Amérique et du monde des regrets, voire des inquiétudes légitimes.

A.H.

 

Commentaire

  1. Si Trump attaquait la Corée du Nord il provoquerait une troisième guerre mondiale qui mettrait fin à l’hégémonie américaine. Mais je pense qu’il ne sera pas aussi naïf, ni son état major d’ailleurs, de faire courir un tel risque au monde et à son pays en premier plan.

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