Opinion : Un monde de plus en plus perturbé aborde l’après Corona

Par Ali Hachani, ancien Ambassadeur

Dans un article d’opinion publié dans ce même espace en date du 07 mai 2020, l’auteur des lignes qui suivent s’est demandé : «A quoi faut-il s’attendre au cours des six prochains mois ? ».Le laps de temps ainsi mentionné était une référence à la période qui nous séparait des prochaines élections présidentielles américaines prévues pour le 03 novembre 2020.Cette période n’est plus aujourd’hui que de cinq mois et déjà se trouvent de plus en plus justifiées les craintes exprimées dans cet article de voir le monde virer vers une conflagration qui pourrait avoir pour motif ,entre-autres, « d’améliorer les chances d’un dirigeant appelé à mener une bataille électorale rude après avoir dilapidé les chances qu’il avait par des décisions approximatives et un excès d’assurance ».Le mois qui vient de s’écouler a vu les chances de ce dirigeant(le Président Donald Trump, vous l’avez deviné) se rétrécir davantage et ,par voie de conséquence, la tendance qu’il a à agiter les dossiers de politique étrangère pour éloigner les regards des difficultés croissantes rencontrées sur le plan intérieur ne cesse d’augmenter et pourrait aller crescendo jusqu’à la date fatidique du rendez-vous électoral.

Les difficultés en question trouvent d’abord leur explication dans la façon avec laquelle la pandémie du virus Corona a été confrontée dans ce pays d’outre atlantique où les capacités scientifiques et médicales sont de premier ordre mais où ces capacités étaient souvent outrepassées par des décisions politiques qui donnaient la priorité à la préservation du capital économique et financier aux dépens du capital humain. Ceci s’est traduit par des pertes conséquentes sur les deux fronts avec plus de 100 000 vies humaines déjà sacrifiées ,des pertes de millions d’emplois et les faillites en cascade et la réduction significative des activités de nombreuses entreprises, y compris parmi les fleurons de l’économie américaine, autant d’éléments qui privent l’occupant actuel de la Maison Blanche d’arguments solides pour remporter les prochaines élections. Pour couronner le tout, l’effervescence qui fait suite a à la mort d’un citoyen américain noir du fait d’un acte inhumain d’un policier blanc, recrée l’atmosphère de guerre civile qui n’annonce rien de bon pour un dirigeant qui n’a pas su trouver les mots justes afin d’apaiser la tension et qui au contraire, a orienté son courroux en direction du monde extérieur.

Les foudres de l’occupant de la Maison Blanche s’adressent avec de plus en plus de persistance à ses  trois cibles favorites, à savoir la Chine accusée de nouveau d’avoir exporté vers le reste du monde le virus du Corona avec en plus le reproche de vouloir supprimer le statut particulier dont bénéficie Hong Kong, la Russie vue comme engagée dans une opération de déstabilisation de la Libye, tout en s’appliquant à annuler les effets d’accords militaires, le tout dernier étant celui dit du « ciel ouvert » qui s’est ajouté récemment aux accords internationaux dénoncés par Washington. Sans oublier l’Iran accusée toujours de menacer la navigation dans le Golfe et d’exporter le terrorisme en plus de l’envoi récent au Venezuela de bateaux chargés de pétrole pour aider le peuple de ce pays à survivre en cette période difficile de pandémie, bravant ainsi le siège qui lui est imposé par le voisin du nord….

Le système de relations multilatérales n’est jamais bien loin des prises de position belliqueuses du dirigeant américain qui a récemment porté son animosité  à l’égard de l’OMS à un niveau supérieur en annonçant qu’il « rompt tous liens avec cette organisation et annule tout financement qui lui était destiné ».La décision des autres Etats membres de l’OMS de lancer, le moment venu, une enquête indépendante pour déterminer les conditions de déclenchement de la pandémie et sa propagation n’a pas plaidé en faveur de l’Organisation qui voit ses moyens financiers fortement réduits. Comment justifier autrement qu’en accusant les « autres » une « performance » moins qu’honorable face au Corona !

Même les instances multilatérales réunissant juste les principaux pays occidentaux n’échappent pas à la mauvaise humeur de M. Trump puisque devant le refus de certains dirigeants du G7 d’assister, dans les circonstances sanitaires actuelles, à une conférence à laquelle il a appelé à Washington le privant ainsi de la possibilité de redorer son blason, il n’a pas hésité à annuler la conférence déclarant tout simplement le G7 comme étant « de peu d’utilité et a besoin d’être revu dans sa composition et son fonctionnement »….

La Chine a récemment confirmé que ses relations avec les Etats Unis sont entrées dans une phase de « guerre froide », en attendant peut-être plus grave encore. L’Iran craint à juste titre que M. Trump ne mette en exécution ses menaces d’ordonner à ses forces dans la région du Golfe de tirer sur tout bâtiment qui se rapproche de ses unités navales. La Russie quant à elle redoute que l’annulation progressive par Washington du système de réduction et de surveillance de l’armement ne finisse par mettre la poudre au feu en Europe notamment. Le flanc sud de la Méditerranée a des raisons de s’inquiéter que le conflit libyen ne se transforme en conflit entre superpuissances avec les forces américaines de l’Africom se préparant à « contrecarrer »  la présence réelle ou présumée dans ce pays de moyens militaires russes, allant ,apparemment, jusqu’à essayer d’impliquer des pays voisins comme le nôtre qui ont longtemps tenté de se maintenir en dehors de telles frictions….Le multilatéralisme quant à lui reçoit un nouveau coup dur au moment où il doit se préparer à aider le monde à faire face à l’après Corona avec les terribles conséquences sécuritaires, économiques et sociales dont nous voyons déjà les prémices.

Les cinq prochains mois seront à n’en pas douter, bien longs….

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