Plusieurs associations tunisiennes appellent à concilier mesures anti-Covid-19 et respect des droits de l’homme

Des organisations non gouvernementales ont appelé dans une déclaration commune le gouvernement tunisien à concilier les mesures restrictives visant à lutter contre le Covid-19 avec le respect des droits de l’homme énoncés dans les traités internationaux et la Constitution tunisienne.

Dans une déclaration commune publiée vendredi, plusieurs associations tunisiennes ont fait valoir que les nouvelles prérogatives du Premier ministre doivent rester provisoires et strictement associées à la gestion de la situation sanitaire inédite dans laquelle se trouve la Tunisie. L’Assemblée des représentants du peuple avait en effet approuvé début avril un projet de loi qui élargit les pouvoirs d’Elyes Fakhfakh. Un texte qui permet au chef du gouvernement d’accélérer les procédures législatives en promulguant des décrets-lois afin de lutter contre la pandémie.

Mais « les décrets-lois pouvant être promulgués par le chef du gouvernement n’ont pas vocation à rester applicables à la fin de la crise sanitaire », estime la déclaration commune des associations signataires parmi lesquelles figurent l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), l’Organisation mondiale contre la torture en Tunisie (OMCT Tunisie), le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) ou encore l’Association tunisienne des droits de l’enfant.

Dans le cadre d’une initiative commune, il est question pour les associations signataires de créer une « Coordination nationale pour la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales » visant à suivre la situation des droits de l’homme et des libertés à la lumière de la crise sanitaire provoquée par la propagation de l’épidémie du coronavirus, et à surveiller les violations et abus susceptibles d’affecter les droits et libertés compte tenu de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve la Tunisie. Le collectif associatif craint en effet que cette situation ne conduise à « imposer des restrictions indues aux libertés fondamentales dont la liberté de circulation et la liberté d’opinion et d’expression ».

Plusieurs groupes vulnérables

Les associations qui ont lancé l’initiative entendent assurer le suivi des effets économiques et sociaux résultant des mesures prises pour lutter contre l’épidémie du Covid-19 et examiner l’impact de celles-ci sur certains groupes vulnérables dont la situation peut devenir d’autant plus fragile du fait des mesures de restriction prises par les autorités. Parmi ces groupes vulnérables figurent en particulier les migrants – dont la plupart ont perdu leurs maigres moyens de subsistance -, les détenus – au vu du risque d’infection supplémentaire auquel ils sont confrontés en raison de la promiscuité carcérale observée dans les établissements pénitentiaires – ou encore les enfants en raison des niveaux croissants de violence domestique et l’interruption des mécanismes de protection et de communication visant à rendre compte des attaques dont ils sont victimes. « De plus, l’interruption précoce de l’année scolaire, en plus de son impact sur l’égalité d’accès à l’éducation, peut affecter négativement leurs droits à la santé en raison de sa coïncidence avec la saison des vaccinations, ce qui peut priver de nombreux élèves d’avoir accès aux vaccinations nécessaires », indique la déclaration commune publiée par l’ATFD.

En résumé, les conséquences économiques de la situation épidémique peuvent avoir un impact significatif sur certaines classes sociales et certaines régions, ce qui exposera des groupes vulnérables à une dégradation importante de leurs conditions de vie.

تونس في 6 ماي 2020بــــــــــلاغ حول إنشاء"التنسيقية الوطنية للدفاع عن حقوق الإنسان والحريات الأساسية""حتى لا تؤدي…

Publiée par Association Tunisienne des Femmes Démocrates sur Vendredi 8 mai 2020

Les femmes observent aussi de leur côté une augmentation des atteintes à leurs droits, tant civils que politiques. L’ATFD a ainsi enregistré une hausse du niveau de violence à leur encontre sous toutes ses formes, selon de nombreux rapports documentés. Cette situation « nécessite la mise en œuvre de lois, en particulier la loi numéro 58″, plaide l’ATFD.

La liberté de presse menacée

Les mesures qui accompagnent le confinement de la population ont par ailleurs conduit dans certains cas rapportés par les réseaux sociaux à imposer des restrictions à la liberté d’expression et entraver le travail des professionnels des médias sur le terrain. Les organisations signataires ont ainsi attiré l’attention sur l’arrestation du blogueur Mohamed Amine Saadou pour avoir filmé et publié une vidéo sur une opération de stérilisation dans la municipalité de La Goulette et celle, tout aussi musclée et injustifiée, du journaliste à Shems FM Montassar Sassi, qui a pris en photo l’arrestation par la police d’un homme d’affaires et sa femme ayant fui la quarantaine obligatoire.

De façon générale, les mesures de confinement ont « parfois conduit à des restrictions injustifiées à la liberté de circulation, et certaines organisations ont reçu des plaintes de nombreux citoyens à cet égard », souligne le communiqué.

Mécanisme de coordination

Le mécanisme de coordination que les associations signataires voudraient mettre en place ne se limitera toutefois pas aux seules activités de surveillance des violations ou abus potentiels ou de veille juridique, mais visera aussi à « fournir un espace de dialogue et de réflexion qui peut faire des propositions et contribuer à l’élaboration de politiques [ciblées] dans le contexte des défis posés par la situation épidémiologique, en particulier en ce qui concerne le développement du système de santé national ». Le collectif voudrait ainsi articuler ses travaux autour d’une réflexion sur la mise en place de mécanismes fournissant protection et soins aux groupes les plus vulnérables, tant sur le plan économique et social, que par rapport à leur dignité physique et leurs droits fondamentaux.

N.B.

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