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Pourquoi la croissance mondiale s’essouffle selon le FMI

Le Fonds monétaire international a abaissé ses perspectives de croissance mondiale à 3,7% pour 2018 et 2019 dans son dernier bulletin publié mardi 9 octobre, soit -0,2 point que prévu précédemment.

Mais pour quelles raisons l’institution craint un enlisement de l’économie mondiale ? Parce que les deux premières puissances économiques mondiales, les Etats-Unis et la Chine, sont en guerre commerciale, explique le FMI, qui pointe également du doigt les risques entourant la crise des devises dans certains pays émergents. La question de la montée du protectionnisme et de son effet sur la croissance est par ailleurs au centre des préoccupations de l’institution. Maurice Obstfeld, le chef économiste du FMI a ainsi expliqué que « la politique commerciale reflète le contexte politique et le contexte politique est incertain dans plusieurs pays, ce qui représente des risques supplémentaires ».

Guerre commerciale

A propos de l’affrontement commercial sino-américain, l’économiste explique qu’il contribue à créer « une situation dans laquelle tout le monde va souffrir », rendant la croissance mondiale « beaucoup plus inégale qu’il y a six mois ». Pour lui, moins d’économies participent à l’expansion tandis que la dette publique et celle des entreprises explose. En avril, le FMI évoquait déjà les risques représentés par les taxes douanières que l’administration républicaine envisageait alors d’imposer sur les marchandises de ses partenaires, notamment chinois. Depuis, Washington a donné corps à ses menaces : 250 milliards de dollars d’importations chinoises sont sous le coup de droits de douane supplémentaires. La Chine a de son côté pris des mesures de rétorsion en imposant des taxes sur 110 milliards de dollars de produits américains importés.

Toutefois, les prévisions de croissance en 2018 des Etats-Unis et de la Chine ont été maintenues pour l’heure à des rythmes soutenus, à respectivement +2,9% et +6,6%. La croissance envisagée des Etats-Unis se situe en effet au-dessus de celle des économies des pays avancés (+2,4%). Celle de la Chine devrait dépasser de peu celle de l’Asie « en développement » (+6,5%). Mais le FMI estime que la croissance va ralentir en 2019, à 2,5% pour les Etats-Unis (-0,2%) et +6,2% (-0,2%) pour la Chine. Et l’affaiblissement des croissances des deux géants pourrait s’accroître davantage l’an prochain car ces nouvelles prévisions ne tiennent pas compte des autres menaces de Donald Trump, dont l’imposition de nouvelles taxes sur 267 milliards de dollars de marchandises chinoises supplémentaires, ce qui reviendrait à surtaxer la totalité des exportations chinoises vers les Etats-Unis.

Le président américain justifie ses mesures radicales par le fait qu’elles sont les seules à même de faire fléchir l’administration chinoise en l’incitant à mettre fin à des pratiques commerciales jugées déloyales (transfert de technologies forcé, dumping, « vol » de propriété intellectuelle). Et de son côté, Pékin ne compte pas négocier avec « un couteau sous la gorge ».

Eviter le protectionnisme

« Eviter des réactions protectionnistes et trouver des solutions prônant la coopération pour promouvoir la croissance du commerce des biens et services demeure essentiel pour préserver et étendre l’expansion mondiale », insiste le FMI. Le Fonds avertit qu’une nouvelle intensification des tensions commerciales pourrait créer de l’incertitude, éroder la confiance des entreprises et des marchés financiers, conduire à plus de volatilité financière et ralentir enfin les investissements et le commerce, moteurs de la croissance mondiale.

Tensions diplomatiques et politiques

Ailleurs dans le monde, le Fonds a également abaissé la prévision de croissance de la zone euro à 2% cette année (-0,2 point), dont celle de l’Allemagne (+1,9% soit -0,3 point) et de la France (+1,6% soit -0,2 point) dont les exportations pâtissent du ralentissement économique en Chine. En Amérique latine, le Venezuela s’enlise dans la récession. La reprise de l’expansion au Brésil, première puissance économique d’Amérique du Sud, sera par ailleurs moins importante que prévu. Enfin, l’Argentine, qui a obtenu du FMI une aide financière de 57 milliards de dollars, n’est pas épargnée par la crise des devises de certains pays émergents.

Le ralentissement de ces économies relève d’un scénario plus ou moins classique car en relevant leurs taux d’intérêt, les Etats-Unis font pâtir les pays endettés en dollars. Les investisseurs se tournent vers des placements en dollars redevenus attractifs, ce qui fait flancher les devises émergentes.

Le FMI pointe par ailleurs du doigt les tensions politiques et diplomatiques qui ont contribué à affaiblir certaines économies, citant les difficultés récentes en Italie de former un gouvernement, les incertitudes que fait toujours peser le Brexit en Grande-Bretagne, les tensions politiques entre les Etats-Unis et la Turquie ou encore la réimposition des sanctions américaines sur l’Iran.

N.B., avec AFP

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