L'universitaire et juriste Kais Saied, et le magnat des médias incarcéré Nabil Karoui, arriveraient en tête du premier tour de l'élection présidentielle en Tunisie. Photo : AFP

Présidentielle 2019 : Séisme politique en vue

La Tunisie se réveille dans la perplexité et l’annonce d’un véritable séisme politique. Les deux premières places du premier tour de l’élection présidentielle reviennent à deux candidats qualifiés d’« anti-système », Kaïs Saied et Nabil Karoui. Un véritable séisme politique. Les résultats définitifs n’ont, pour l’heure, pas été communiqués par l’Isie lundi matin.

Parmi les 26 candidats qui se sont présentés aux élections, deux personnalités hors-système revendiquent leur qualification pour le second tour en se basant sur les estimations de deux instituts de sondage privés. Il s’agit de Nabil Karoui, en prison et sous le coup d’une enquête pour blanchiment d’argent et évasion fiscale, et Kaïs Saied, juriste conservateur habitué des plateaux de télévision pour commenter la vie politique à la lumière du droit constitutionnel. Ce dernier arriverait selon les premières estimations de l’Isie, qui a à l’heure où nous écrivons ces lignes dépouillé 48 % des bulletins de vote, en tête avec quelque 18,8 % des voix, contre 15,4 % pour Nabil Karoui. Abdelfattah Mourou est donné troisième avec 13 % des voix.

⏰ 13:24 🗓 16/09/2019 | النتائج الحينية بعد احتساب 48% من المحاضر#TnElec2019

Publiée par Instance Supérieure Indépendante pour les Élections – ISIE sur Lundi 16 septembre 2019

Si ces estimations s’avéraient exactes, la nouvelle donne politique constituerait un véritable coup de tonnerre et un désaveu pour la classe politique au pouvoir depuis la révolution de 2011. « Le scrutin s’est déroulé dans une atmosphère de rejet des élites politiques et sur fond de grave crise sociale et économique », commente ainsi Franceinfo.

Un taux d’abstention élevé

Si elle n’a pas encore communiqué les résultats définitifs, l’Isie a en revanche indiqué que la participation des sept millions de Tunisiens appelés aux urnes a été de 45,02 %. Un taux très faible au regard des 64 % enregistrés au premier tour de la présidentielle en 2014, mais qui peut s’expliquer par l’illisibilité d’un paysage politique qui a offert une campagne présidentielle très indécise. « C’est le signe d’une désaffection très profonde vis-à-vis d’une classe politique qui n’a pas répondu aux attentes économiques et sociales » des Tunisiens, a déclaré à l’AFP le politologue Hamza Meddeb. Ces premières estimations en faveur de deux candidats « hors-système » est, selon cet analyste, l’expression d’un profond « dégoût » pour la classe politique et, plus généralement, le système politique.

Dans ce contexte, le chef du gouvernement Youssef Chahed, arrivé, selon les premières estimations, cinquième avec 7,2 % des suffrages, s’est dit inquiet de cette faible participation et de l’absence de candidats du « rang des démocrates » au deuxième tour. Dans une déclaration donnée hier soir peu après l’annonce des premières estimations, il a surtout regretté la fragmentation de sa famille politique, entamée dès 2018 lors de sa séparation d’avec Nida Tounes. Reconnaissant « notre responsabilité à tous » dans cette débâcle, il appelle à l’union des partis « démocrates » pour les élections législatives du 6 octobre 2019.

Mais ce premier tour a été particulièrement marqué par une inquiétante désaffection des jeunes. Le président de l’Isie Nabil Baffoun avait, dans une conférence de presse donnée une heure avant la fermeture des bureaux de vote, exhorté cet électorat décisif à se rendre aux urnes.

N.B.

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