Présidentielle 2019 : Où sont les femmes ?

Quelle place pour les femmes dans la campagne électorale de l’élection présidentielle en Tunisie ? En cette période cruciale, beaucoup font part de leur désenchantement.

Qu’elles soient militantes actives sur le terrain, anciennes élues ou simples citoyennes, les Tunisiennes n’attendent « pas grand-chose » du scrutin en matière d’avancées politiques concrètes sur le plan de l’égalité des sexes, C’est le cas de Feryel Charfeddine, dirigeante d’une association de lutte contre les violences. « Je ne suis pas pessimiste, je suis réaliste », a affirmé cette jeune femme à l’AFP. Elle se dit « alarmée » par le constat de beaucoup de Tunisiens dans la vie de tous les jours, qui relève une forte « augmentation des violences », un « recul des droits » et le « conservatisme de la société ».

Très présentes dans les associations et fortement enracinées dans le militantisme de la société civile, ayant joué un grand rôle dans la révolution de 2011, les femmes constituent un électorat « courtisé lors des précédentes élections » mais sont largement absentes de la campagne de 2019, qui n’en intègre que deux, et qui cristallise les débats essentiellement autour de thèmes sécuritaires ou économiques.

En fait, l’élection présidentielle ayant été avancée de deux mois, les candidats ne disposent que d’une dizaine de jours pour mener campagne, du 2 au 13 septembre. Une période très brève qui, nécessairement, avantage les prétendants déjà bien connus et qui peuvent bénéficier du soutien de partis déjà bien implantés. « Et dans ce domaine, force est de constater qu’aucune femme n’a acquis une telle position en Tunisie. En effet, rares sont les femmes qui ont été ministres ou conseillères auprès de la Présidence, même sous [Béji Caïd Essebdi], pourtant partisan de l’égalité homme-femme. L’ascension politique reste une affaire d’hommes », analyse ainsi France Culture.

Mais l’avocate anti-islamiste Abir Moussi bénéficie d’un large soutien au sein de la société tunisienne. La liste des 26 candidats comprend également une ex-ministre, Salma Elloumi. Mais beaucoup estiment que ce chiffre est trop bas, ne reflétant pas l’amplitude des compétences et l’importance de la présence des femmes au sein de la scène politique tunisienne. L’avocate Bochra Belhaj Hmida, élue au Parlement depuis 2014, s’est retirée de la politique. Elle explique : « J’ai vécu une expérience très très riche, mais je quitte la politique sans regret » probablement en raison du flot d’insultes et de dénigrement qu’elle a dû subir en raison de son combat pour l’égalité dans l’héritage. M. Belhaj Hmida estime, dans un entretien à l’AFP, que « les hommes attendent des femmes en politique qu’elles soient le moins dérangeantes possible, qu’elles ne débattent pas et surtout qu’elles ne décident pas. J’ai perdu beaucoup d’amitiés masculines ». Plus grave, la militante a évoqué un « manque de solidarité féminine », « comme s’il n’y avait qu’une place à décrocher et qu’il fallait écarter les autres ». Une situation qui selon elle décourage les initiatives et l’engagement.

« Schizophrénie »

La Tunisie est néanmoins considérée, depuis l’adoption du Code du statut personnel, comme une « pionnière des droits des femmes dans le monde arabe et musulman ». Ces dernières années, feu Beji Caïd Essebsi a par ailleurs « fait voter plusieurs textes importants, comme une loi contre les violences faites aux femmes ou l’abrogation d’une circulaire leur interdisant d’épouser un non-musulman », souligne l’AFP. Néanmoins, la société souffre de « schizophrénie », affirme Feryel Charfeddine, qui constate un « décalage entre l’image progressiste de la société et son conservatisme persistant.

France Culture constate de son côté que malgré les lois adoptées sur la question de la participation des femmes dans la vie politique, « le nombre de Tunisiennes à l’assemblée a baissé ». « Il y a également moins de femmes sur les listes électorales comme tête de liste pour les législatives », relève le média français.

Yosra Frawes, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) affirme elle aussi que l’égalité, ce « principe universel », se heurte en Tunisie à un « recul énorme » des droits des femmes sur le terrain. Elle fait par exemple valoir, pour appuyer ses dires, la dégradation de l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales, et l’appauvrissement des femmes. Selon une récente étude de l’ATFD, plus de 80 % de la main d’oeuvre agricole en Tunisie est composée de femmes. Problème : malgré leur immense contribution à la vie économique, ces femmes souffrent d’une grande précarité. C’est une main d’oeuvre « corvéable à merci », a dénoncé l’association.

N.B., avec AFP et France Culture

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