Présidentielle 2019 : un deuxième débat houleux

Neuf autres candidats à la présidentielle sur un total de 26 ont répondu hier dimanche à des questions ciblées pour faire connaître aux électeurs leurs positions sur des thématiques liées à la sécurité, la corruption, la politique étrangère et les libertés individuelles. Ce second débat télévisé a réuni Mongi Rahoui, Elyes Fakhfakh, Hechmi Hamdi, Abdelkarim Zbidi, Mohamed Seghaïer Nouri, Hamadi Jebali, Lotfi Mraïhi, Hatem Boulabiar et Mohsen Marzouk. Florilège de leurs réponses.

Corruption et crime organisé

Interrogé au sujet des politiques de sûreté nationale à instaurer, Mongi Rahoui, candidat du Front populaire, a rappelé que pour que l’Etat puisse assurer un maintien de la paix dans la durée, il fallait qu’il « trouve des solutions concrètes pour assurer aux plus de 600 000 chômeurs, qui représentent une menace potentielle pour la sécurité, un avenir stable ».

Elyes Fakhfakh, le candidat d’Ettakatol, a insisté sur le devoir de l’Etat de renforcer ses capacités numériques pour que l’appareil sécuritaire soit plus efficace. Questionné sur son projet de lutte contre le crime organisé, il a dit qu’il souhaitait surtout, pour y remédier, mettre fin au sentiment d’insécurité qui pèse sur les Tunisiens. « L’application de la loi ne suffit pas, a-t-il jugé. Beaucoup de jeunes ne vont pas à l’école, c’est pour eux qu’il faut penser des solutions à même de les intégrer dans la société pour parvenir à contrer le développement de la criminalité. Il faut rétablir la sécurité par l’éducation et l’espoir donné aux jeunes. »

Hechmi Hamdi, que plusieurs médias et observateurs qualifient depuis longtemps de « populiste », a lui déclaré que « le président ne [devait pas] être un homme de parti mais l’homme du peuple. Il doit avant tout s’attaquer au chômage et s’occuper des marginaux, c’est la pierre angulaire de toute politique visant à instaurer la sécurité nationale ».

Zbidi : « Les forces de l’ordre doivent être authentiquement répubicaines »

Abdelkrim Zbidi, ministre de la Défense soutenu par Afek Tounes et Nida Tounes, a lui affirmé que le volet de la sécurité devait être préservé de toutes les considérations partisanes qui ont pu l’affecter tout au long des dernières années. « Les forces de l’ordre et de sécurité doivent servir les Tunisiens sans être affiliées politiquement, elle doivent être authentiquement républicaines. Malheureusement, sur cette question, beaucoup de transgressions sont constatées. »

Sghaier Nouri, ingénieur et candidat indépendant, a lui défendu une « politique inclusive dans la fonction publique pour faire intervenir tous les acteurs dans la définition de la stratégie nationale en matière de sécurité ». Pour lui, une économie créatrice de développement doit s’ancrer dans la modernité technologique et la décentralisation du pouvoir pour inclure les périphéries et le peuple dans sa mise en place. Cela, à quoi doit être ajoutée une exigeante application de la loi, définit le mieux ce que doit être une bonne politique de sécurité nationale, a-t-il ajouté.

Hamadi Jebali pour plus de décentralisation

L’ancien d’Ennahdha Hamadi Jebali, aujourd’hui candidat indépendant, a lui commencé par rappeler que les mesures visant à renforcer la sécurité publique doivent rester sous l’égide du ministère de l’Intérieur. Pour s’attaquer aux menaces qui pèsent sur la sécurité nationale, c’est dans le domaine de la lutte contre la corruption que le chef de l’Etat doit être force de propositions. « C’est une priorité nationale pour préserver la stabilité, a-t-il dit. Il en va de même pour la sécurisation des frontières par l’armée. Quant à la sécurité intérieure, elle nécessite un appareil à renforcer et surtout à dépolitiser. La bataille contre le crime organisé doit en outre être fondée sur une logistique modernisée : plus de caméras, plus de mobilité des forces de l’ordre pour des interventions plus rapides et ciblées. » « Il faut donner au peuple le sentiment de sécurité qu’il mérite d’avoir », a clamé Hamadi Jebali.

Lotfi Mraihi, candidat de l’Union populaire républicaine (UPR), a insisté sur le « fléau de la contrebande », surtout celui qui « sévit dans les ports » tunisiens. Pour lui, c’est une « contrebande organisée par des barons », dont le démantèlement requiert un « volontarisme politique fort ». Par ailleurs, avant toute prise d’initiative visant à définir une politique durable de défense nationale, c’est bien « l’unité nationale » qu’il faut reconstruire, a-t-il souligné. Ce même sentiment d’unité et d’appartenance à un avenir commun, c’est lui qui posera les jalons d’une « économie patriote » pouvant « donner plus de ressources aux institutions de l’Etat ».

Mohsen Marzouk veut une tolérance zéro pour les combattants jihadistes

Mohsen Marzouk, du parti Machrouu Tounes, a lui évoqué le retour des jihadistes tunisiens des zones de conflit. « Ce sont des militants terroristes qui ont combattu pour des entités étrangères, en l’occurrence l’Etat islamique », a-t-il rappelé. En raison de cette « trahison », il « faut que la loi s’applique à eux avec une grande fermeté » et que des « coopérations ciblées avec les Etats où ces combattants se trouvent » puissent être établies pour traiter cette question.

Questions générales et promesses électorales

Hamadi Jebali a regretté que l’économie tunisienne soit « non-productrice de richesses » et marquée par des « importations à outrance ». Il faut selon lui miser sur les initiatives locales, dans les régions, nécessitant une décentralisation du pouvoir en matière de gestion des budgets communaux. Une pareille mesure ferait, de plus, « davantage participer le citoyen à la vie publique » et pourrait ainsi répondre à « un point fondamental de la démocratie et des revendications de la révolution ».

Mohsen Marzouk a estimé que le président de la Tunisie devait être le garant de la protection de la liberté d’expression et faire en sorte de faire avancer le pays vers la promotion du respect des libertés individuelles. Il a ensuite, comme Mourou avant lui lors du premier débat, évoqué l’importance des retraités, qu’il préfère qualifier de « seniors », comme acteurs majeurs de la société pouvant contribuer au maintien du lien social. Interrogé sur ses promesses électorales, il a mis l’accent sur la lutte contre le racisme et les privilèges que certaines franges de la population s’attribuent indûment. Revenant sur la justice transitionnelle telle qu’elle a été comprise et appliquée, il l’a qualifiée de « revendicative » et de « folklorique ». « Le véritable enjeu est de faire en sorte que les erreurs du passé ne se reproduisent pas afin d’arriver à une véritable réconciliation nationale et éviter la fracture de la société », a-t-il expliqué.

Mohamed Sghaier Nouri est lui revenu sur l’article 6 de la constitution : « La liberté de conscience doit être protégée », a-t-il souligné, ajoutant qu’il fallait s’atteler à la consolidation d’un Etat de droit faisant bénéficier l’économie tunisienne de « partenariats diversifiés » et les jeunes d’une « éducation de qualité ».

Hechmi Hamdi veut amender la constitution

Hechmi Hamdi, islamiste porté par le parti Tayyar el-Mahabba, n’a pas hésité à clamer sa volonté de modifier la Constitution pour y introduire un article interdisant tout projet de loi contrevenant aux préceptes islamiques. Interpellé à plusieurs reprises sur cette question par son concurrent Mongi Rahoui, dont les visions en matière de questions sociétales sont radicalement différentes, il a plusieurs fois répété que l’islam devait être le « fondement » par excellence du système législatif. « C’est un élément fort de notre identité qu’il faut préserver », a-t-il dit.

Elyes Fakhfakh s’est vu poser une question à propos de la consommation de drogue en Tunisie. Pour lui, l’Etat doit opposer plus de fermeté aux trafiquants de drogue, plutôt que d’emprisonner systématiquement les consommateurs occasionnels, « qui sont des gens dans la plupart du temps normaux et équilibrés ». Un Etat qui « surcriminalise » les consommateurs est « arriéré », a-t-il lancé, surtout « lorsqu’il se garde de s’attaquer aux barons du trafic de drogue ». « Ce sont eux qui présentent le plus grand danger pour la société », a expliqué M. Fakhfakh.

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