Quand la Turquie investit dans l’enseignement supérieur en Tunisie et dans le...

Quand la Turquie investit dans l’enseignement supérieur en Tunisie et dans le monde-arabe

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Après avoir submergé le marché tunisien de prêt-à-porter et de produits alimentaires, la Turquie voudrait de même toucher à d’autres secteurs plus vitaux tels que l’enseignement universitaire. En effet, un plan de coopération en matière d’enseignement supérieur avec la Tunisie a été récemment dévoilé. Il représente la dernière étape du plan de la Turquie de créer des universités communes avec des États arabes du Maghreb dans ce qui est considéré comme une expression de diplomatie culturelle ou de «soft power» visant à établir des alliances et des partenariats régionaux.
Une université turco-tunisienne
Le plan de coopération entre l’enseignement supérieur tunisien et turc a été rendu public sur le site internet du ministère tunisien de l’Enseignement supérieur le 9 mars 2017. Il constitue un premier pas dans la mise en œuvre des recommandations du Forum de collaboration des universités turco-tunisiennes tenu le 2 mai de l’année 2016.
Ce plan s’inscrit dans le cadre d’une stratégie turque plus large visant à renforcer le statut des universités turques et leur influence dans les 22 Etats du monde arabe, approuvés lors du premier Congrès turco-arabe sur l’enseignement supérieur tenu à Istanbul en avril 2014.
Un rapport de 2016 intitulé The Soft Power 30, établie le classement mondial du soft power, qui utilise des données spécifique pour classer les principaux pays en termes de « leur pouvoir doux » (par lequel un pays tend de s’imposer progressivement via son emprise culturelle, commerciale et technologique). Ces données comprennent l’enseignement supérieur, la production culturelle et l’innovation technologique. Selon ce rapport, la Turquie se classe à la 32ème place sur le plan mondial et occupe ainsi le plus haut rang dans la région du Moyen-Orient et parmi les pays de confession musulmane.
Le plan de coopération prévoit la création d’une université conjointe Tuniso-Turque, la promotion de la collaboration entre les universités turques et tunisiennes et le renforcement des échanges d’étudiants et de professeurs.
L’Université tuniso-turque proposée sera la troisième université turque à être établie dans la région, après l’Université Maroc-Turquie et l’Université Soudan-Turquie, actuellement en cours de développement.
Miser sur la religion commune pour étendre son influence dans l’enseignement supérieur
Outre la mise en place d’un programme de maîtrise en langue turque en Tunisie, avec la coopération de l’Université d’Istanbul, le plan prévoit l’organisation d’un programme permettant aux diplomates et aux étudiants turcs d’étudier dans les domaines de l’islam et de la langue arabe. Ce programme sera mis en œuvre par l’Université Ez-Zitouna – l’un des plus anciens instituts d’éducation islamique dans le monde et qui offre une formation aux théologiens depuis le huitième siècle.
Le partenariat avec la Turquie a également ouvert la voie à la création d’instituts ou de campus transfrontaliers en Afrique du Nord dans le cadre d’un projet ambitieux visant à positionner la Turquie comme un centre d’enseignement supérieur dans le monde arabe.
L’universitaire turc Mahmut Özer, écrit dans la revue Insight Turkey, .que son pays « pourrait devenir une option sûre et fiable pour tous les étudiants internationaux et le personnel universitaire, en particulier dans les pays musulmans ».
Un satellite d’universités dans tout le monde arabe
La première branche d’une université soudanaise a été ouverte l’année dernière à Istanbul par l’Université Neelain, qui a également ouvert des centres satellites en Arabie Saoudite, en Somalie et au Sud-Soudan.
Dans l’avenir, une branche de l’Institut Bourguiba des Langues Modernes de l’Université de Tunis El Manar sera implantée à l’Université d’Istanbul. Il mènera des recherches appliquées sur les méthodologies d’enseignement de l’arabe aux adultes et proposera des cours d’arabe tout au long de l’année universitaire, en plus de cours intensifs d’été.
L’instabilité politique dans des pays comme l’Égypte et la Libye constitue un facteur favorable pour consolider la position turque dans le domaine de l’enseignement supérieur.
A titre d’exemple, une université arabe a été inaugurée cette année en Turquie, l’Université Nationale de Science et Technologie, sous la supervision de l’Union des Académiciens Arabes basée en Turquie, qui sert de résidence universitaire aux étudiants et aux universitaires arabes qui ont quitté leur pays et ont migré vers Turquie en raison de l’instabilité politique.
Partenariat gagnant-gagnant ?
De même, la Turquie tend à profiter des partenariats signés afin de former ses étudiants en langue arabe, une étape clé pour mieux établir sa domination et mieux comprendre le fonctionnement de ces régions. Ainsi, des programmes ont été lancés visant à enseigner l’arabe aux étudiants turcs afin qu’ils puissent analyser un large éventail de textes de la littérature arabe dans divers contextes sociaux, culturels, politiques et philosophiques. L’Université d’Ankara et l’École d’études islamiques de l’Université Sehir d’Istanbul en sont des exemples.
De son côté, Samir Khalaf Abd-El-Aal, professeur de recherche au Centre national de recherche au Caire, a décrit le plan de coopération comme un «accord gagnant-gagnant».
« Tout en aidant les États nord-africains à développer leur capacité scientifique humaine, (le partenariat) aide la Turquie à renforcer son pouvoir politique régional et à approfondir ses relations politiques, économiques et culturelles ».
Ce point de vue semble résumer quelque part les enjeux et atouts d’une collaboration arabo-turque. En effet, tandis que la Turquie pourrait ouvrir de nouveaux horizons pour sa culture et par extension pour son commerce et ses produits, tant le marché arabe représente un marché stratégique de par son poids et ses besoins variés, les pays arabes et surtout ceux qui souffrent d’instabilité politique, se laisseront dominés doucement par le pouvoir soft de la Turquie, et gagneront tout au plus la possibilité de permettre à quelques milliers d’étudiants d’étudier ou travailler en Turquie, qui deviendra une nouvelle terre d’accueil.
N.B

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