QUELLE DIPLOMATIE POUR LE CONFLIT EN LIBYE ? SUITE…

QUELLE DIPLOMATIE POUR LE CONFLIT EN LIBYE ? SUITE…

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Dans un précédent article paru en date du 15 Décembre 2015 dans ce même espace, j’ai eu l’occasion d’exposer mon point de vue sur le conflit libyen en proposant une démarche diplomatique particulière pour y faire face, démarche s’appuyant sur la légalité internationale et tirée de ma modeste expérience professionnelle. En conclusion à cet article, j’ai avancé que « la diplomatie tunisienne et celles des pays voisins de la Libye, qui se sont employées, souvent en ordre dispersé ,à concilier les positions des parties libyennes, devraient aujourd’hui unir leurs forces pour pousser la Communauté Internationale représentée par l’Organisation de Nations Unies et son Conseil de Sécurité, à sortir de l’expectative sur ce dossier ». J’ai en même temps mis l’accent sur l’extrême urgence de la question compte tenu , notamment, de l’avancée territoriale des mouvements terroristes dans ce pays et le danger grandissant qu’ils constituent pour les pays de la région. Depuis, ce danger s’est précisé davantage comme l’attestent l’occupation par ces terroristes de nouvelles zones à l’Ouest du pays non loin de nos frontières et les infiltrations récentes de terroristes dans le sud tunisien avec des moyens de transport et des armes qui pourraient laisser prévoir des actions plus hardies dans l’avenir.

Les diplomaties internationale et régionale continuent à « piétiner » et à observer avec impuissance l’incapacité des forces politiques libyennes à s’entendre sur l’accord de sortie de crise laborieusement mis au point par les représentants des Nations Unies. Cette incapacité semble être irrémédiable et le laps de temps d’action qui était disponible il y a trois mois s’est nettement rétréci. Il est à cet égard heureux de constater que, sur une initiative tunisienne, les Ministres des Affaires Etrangères des pays voisins de la Libye ont décidé de se réunir les 21 et 22 mars 2016. Il importe que cette réunion soit mise à profit pour définir une position claire sur le dossier, position qui propose une solution globale au conflit tout en évitant à la région les affres d’une nouvelle guerre commanditée et dirigée par certaines puissances en dehors de toute légalité internationale et de tout plan politique préétabli, guerre qui risque de servir l’intérêt stratégique et économique de ces puissances sans conséquences positives durables pour le peuple libyen et ceux de la région. Au contraire, la possibilité pour la Libye de plonger plus profondément dans le chaos et peut être même de s’orienter vers la division, et pour les pays voisins de voir leur sécurité davantage compromise serait alors inévitable.

L’on entend souvent dire que suivre la voie de la légalité internationale ne serait pas pratique puisque, affirme-t-on, la Fédération de Russie, membre permanent du Conseil de Sécurité, avec droit de véto, n’entérinera jamais une résolution autorisant de nouveau l’utilisation de la force en Libye pour, cette fois ci, en déloger les forces terroristes et que, en tout état de cause, la Libye se trouve déjà sous le coup du Chapitre VII de la Charte ce qui donne à ces puissances le droit d’agir à leur guise. Ces arguments « ne tiennent pas la route » à mon avis .La Fédération de Russie est certes « échaudée » par l’attitude des puissances occidentales qui, après avoir eu une autorisation du Conseil de Sécurité-par résolution du 17 Décembre 2011-« de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaques » de la part de l’ancien régime, ont utilisé cette autorisation pour effectuer une opération de changement de régime sanglante avec les conséquences que l’on sait. Cependant, rien ne dit que ce pays serait opposé à une nouvelle résolution qui serait précise dans ses objectifs et engagerait toutes les parties concernées sans arrière pensée mercantile ou stratégique. Par ailleurs, penser que l’autorisation de recours à la force de 2011 est une licence à l’infini, parce que donnée dans le cadre du Chapitre VII, est une interprétation extensive des dispositions de la Charte que les pays voisins ne devraient pas admettre. Enfin, une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité sur la Libye ne serait pas nécessaire uniquement pour venir à bout du terrorisme mais pour donner un nouveau souffle à un processus politique gravement compromis. La situation actuelle en Libye, surtout si l’échec de la solution de Skhirat devait se confirmer d’ici le 21 Mars, nécessite une action urgente de l’Organisation des Nations Unies et non pas une intervention sporadique de puissances extérieures et la réunion des 21 et 22 Mars des Ministres des Affaires Etrangères des pays voisins de la Libye devrait être à même de définir cette action et la manière de la «vendre » au niveau international. L’action devrait comporter les éléments suivants :

1-Amener le Conseil de Sécurité à lancer une opération militaire urgente pour le nettoyage de la Libye de la présence de Daesh et ce dans le cadre de l’engagement collectif de lutte contre le terrorisme international, en faisant appel aux moyens humains et matériels des Etats membres de l’ONU en mesure d’en offrir et en en assurant le contrôle et le suivi continus. Ce faisant, le Conseil de Sécurité devrait prendre les mesures nécessaires pour aider les pays voisins les plus vulnérables à protéger leurs frontières et à faire face aux difficultés économiques qui ne manqueraient pas de découler de cette opération, comme le prévoit l’article 50 de la Charte.

2- En parallèle, le Conseil de Sécurité devrait lancer une nouvelle opération multidimensionnelle qui serait différente de la « mission politique d’appui » initiée depuis Septembre 2011 et qui a manifestement atteint ses limites. Cette opération devrait commencer par établir une «  autorité provisoire » pour la Libye en usant de l’expérience acquise par la « mission d’appui »et en faisant appel aux personnalités libyennes qui bénéficient du plus grand appui possible des forces politiques à l’intérieur sans pour autant donner à l’une quelconque de ces forces le droit de blocage ou de  veto. En fait, cette « autorité provisoire » constituerait, la nouvelle légitimité autour de laquelle se construirait le nouvel avenir de la Libye avec l’appui de l’Organisation Nations Unies. Celle-ci peut puiser dans son large répertoire d’opérations similaires menées avec succès dans les quatre coins du monde –Cambodge, Namibie, Bosnie- Herzégovine, Kosovo–pour trouver la formule la plus idoine qui répondrait le mieux aux conditions de la Libye. Avec l’appui de la Communauté Internationale cette autorité aurait notamment la charge des questions d’ordre militaire, notamment la récupération ou l’achat des armes en libre circulation, de l’administration civile, du maintien de l’ordre, du rapatriement et de la réinstallation des personnes déplacées et des réfugiés, ainsi des questions économiques, surtout en rapport avec l’extraction et la commercialisation des richesses nationales. En même temps, cette autorité aurait la charge de préparer des consultations pour établir les nouveaux textes constitutionnels et de conduire des élections générales pour choisir les autorités durables du pays.

3-Les deux phases décrites plus haut devraient être rapidement suivies d’une « opération de consolidation de la paix », toujours sous la direction de l’ONU avec pour mandat d’aider à la reconstruction des institutions de l’Etat et de ses infrastructures. Plus jamais la Libye ne devrait être laissée à son propre sort après la fin d’un engagement armé ou politique extérieur comme ce fut le cas en 2011.

Pour les pays voisins de la Libye, en particulier la Tunisie, il n’y a pas actuellement un dossier plus brûlant et plus urgent que celui de la Libye. Leurs Ministres des Affaires Etrangères, une fois d’accord sur la voie à suivre le 22 de ce mois devraient entamer une action de sensibilisation collective auprès des Etats les plus influents, en particulier ceux membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies, avant de se diriger vers le siège de l’Organisation à New York afin de peser de tout leur poids dans le sens de la solution définitive de ce conflit dans l’intérêt du peuple libyen, celui des autres peuples de la région et dans l’intérêt de la paix et de la sécurité mondiales.

A.H.

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