Quelle diplomatie pour le conflit en Libye ?

Quelle diplomatie pour le conflit en Libye ?

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Depuis le début des événements qui l’ont secouée en Février 2011, la Libye n’a cessé d’être sujet de préoccupation pour la Communauté Internationale et en particulier pour les pays voisins, y compris la Tunisie. Provoqués initialement par de graves atteintes du régime en place aux libertés publiques, les événements ont pris une tournure meurtrière dans laquelle diverses parties ont pris part. Très vite, les intérêts du peuple libyen ont été sacrifiés -et continuent de l’être- sur l’autel des ambitions antagonistes de groupes locaux, les visées- pas toujours innocentes- de certaines puissances extérieures, l’incapacité des pays voisins à assumer pleinement leur rôle vis -à -vis de ce pays frère et eu égard à leurs propres intérêts et, enfin, l’absence de solution durable de la part de l’Organisation des Nations Unies dénotant un manque de détermination flagrant de cette Organisation qui s’était pourtant laissée entrainer dans une initiative de changement de régime dans ce pays qui ne disait pas son nom. Les lignes qui suivent seront consacrées au dernier aspect.

Le vide politique et sécuritaire créé par l’écroulement rapide de l’ancien régime libyen n’a pu être comblé par une nouvelle force politique unifiée capable d’assurer une transition pacifique et démocratique, ce qui a plongé le pays dans une spirale de violence indescriptible. La Communauté Internationale, après une brève manifestation de solidarité avec ce pays, a vite fait de lui tourner le dos se contentant de l’adoption de quelques résolutions au Conseil de Sécurité de l’ONU et d’une Mission d’Appui dirigée par un Représentant Spécial du Secrétaire Général, plein de bonne volonté certes, mais dont l’effort de médiation est resté largement improductif car non appuyé par une volonté réelle du monde d’en finir avec ce conflit.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de maintenir une attitude d’indifférence à l’égard de ce conflit alors que les souffrances du peuple libyen atteignent des limites insupportables, que les risques de partition de la Libye deviennent réels, que les pays voisins, y compris ceux d’Europe, en subissent plus que jamais les contrecoups sécuritaires, humains et économiques et que les zones contrôlées par le terrorisme international en Libye se sont étendues jusqu’à atteindre pratiquement les frontières des pays limitrophes. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies devrait être amené à assumer pleinement et rapidement ses responsabilités à cet égard et les diplomaties des pays voisins, y compris la Tunisie, devraient prendre une initiative dans ce sens.

Depuis le début des événements en Libye, le Conseil de Sécurité a adopté une douzaine de résolutions s’inscrivant initialement dans le cadre d’un nouveau concept voulu par un certain nombre de puissances et introduit pour la première fois dans le langage des Nations Unies en 2005 à l’occasion du Sommet Mondial organisé par l’Organisation. Il s’agissait du concept de la « responsabilité de protéger », c’est-à-dire, pour la Communauté Internationale, de venir au secours des populations civiles d’un pays dont le Gouvernement est incapable ou non désireux de prendre les mesures nécessaires pour défendre sa population en cas de « génocide, crimes de guerre, nettoyage ethnique ou crimes contre l’humanité ». Pour son malheur, la Libye a été le premier pays à se voir infliger ce concept avant qu’il ne fût totalement clarifié par les Nations Unies et entouré de toutes les précautions indispensables et des conditions de succès en cas d’application. Ceci d’autant plus que ce concept n’était pas inscrit dans le texte de la Charte des Nations Unies et comprenait le risque de contrevenir au principe sacro-saint de la souveraineté des Etats et la non intervention dans leurs affaires intérieures et conduisait à la remise en cause des moyens traditionnels progressifs prévus par la Charte pour la résolution des conflits. De plus, l’application de la « responsabilité de protéger » à la Libye n’a même pas respecté le mode opératoire envisagé par les initiateurs de ce concept eux mêmes et ce par la rapidité de sa mise en œuvre, le virement de son objectif initial d’une action humanitaire à une opération de changement de régime et enfin, et surtout, l’oubli-intentionnel ou pas- d’une dimension essentielle de toute intervention de ce genre, à savoir l’accompagnement international pour la remise sur pied de l’État.

 

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