conflit en Libye

Quelle diplomatie pour le conflit en Libye ?

Bien que la première résolution du Conseil sur le conflit libyen qui fut adoptée le 26 février 2011, soit quelques jours seulement après le déclenchement des événements intérieurs, était destinée à imposer des restrictions aux responsables de l’ancien régime, en particulier un embargo sur l’armement, l’interdiction de voyager et un contrôle des avoirs financiers, se contentant de demander aux Etats membres d’aider à l’application de ces mesures par des dispositions internes de contrôle, elle a discrètement introduit dans l’un de ses paragraphes du préambule un « rappel aux autorités libyennes à protéger leur population ». Ceci a ouvert la porte à l’adoption le 17 mars 2011 d’une autre résolution appelant les Etats membres à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour protéger « les population et les zones civiles menacées d’attaque…tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère ».Certains pays ont vite interprété cet appel comme une licence pour organiser un siège aérien et maritime de la Libye et, en définitive, mener des actions militaires qui ont accéléré la chute du régime et conduit à la fin dramatique que l’on sait de son chef. Le Conseil a laissé faire et ne s’est rappelé à nouveau de ce conflit que le 16 septembre 2011 pour s’inquiéter notamment des violations des règles du droit de l’Homme et du droit humanitaire international perpétrées dans la nouvelle Libye livrée à elle-même, sans pour autant prendre des dispositions pratiques pour empêcher que la situation ne s’aggrave davantage, à part la mise sur pied d’une Mission d’Appui en tant que « mission politique spéciale intégrée » dépourvue donc de moyens réels, avec pour mission d’aider les nouvelles « autorités » du pays à restaurer l’ordre et la sécurité et mener un dialogue national.
Le 31 octobre 2011, le Conseil s’est senti obligé d’adopter une nouvelle résolution dans laquelle il s’alarmait devant la prolifération des armes en Libye, sans doute pressentant tardivement l’effet déstabilisateur que la déconfiture de l’Etat libyen allait avoir sur le peuple libyen, sur les pays voisins et quant à la propagation du terrorisme international. Ce risque ne l’a pas empêché de se féliciter le 12 mars 2012 des « développements positifs en Libye » qui, à ses yeux, allaient « améliorer les perspectives pour la démocratie et pour un avenir pacifique et prospère dans ce pays » et encore le 14 mars 2013 pour le « transfert pacifique du pouvoir » vers le « premier gouvernement d’unité nationale démocratiquement élu ». Le monde entier est encore dans l’attente de la confirmation de ces belles perspectives et le Conseil de Sécurité n’a fait depuis cette date qu’essayer de minimiser les conséquences de son incapacité à imposer une solution crédible comme son statut de dépositaire de la « responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales » le lui permet.
L’intention derrière ce rappel historique n’était pas de discuter de la légitimité ou non de l’intervention des Nations Unies dans le conflit libyen, bien que beaucoup reste à dire sur cette question. Il s’agit plutôt de faire le constat évident que, après une intervention « musclée » dans la crise libyenne, l’organisation internationale n’a pas traité avec l’empressement nécessaire- qui avait été exercé pour d’autres conflits internes dans le monde- les conséquences de cette intervention, notamment par une présence effective sur le terrain et le passage immédiat à la phase de reconstruction des institutions et des infrastructures du pays . Car, laisser « pourrir » la situation pendant près de quatre ans au lieu de prendre très tôt acte de l’impossibilité de réconcilier des parties politiques, religieuses et tribales multiples dont les idéologies et les visions pour l’avenir de la Libye sont si éloignées, relevait d’une gageure dont le monde entier paye aujourd’hui le prix et a laissé aux forces de la terreur le temps de s’installer et de s’étendre. Aujourd’hui encore, l’ONU mise sur l’accord de « compromis » arraché, dans des conditions particulières, par l’ancien Représentant Spécial du Secrétaire Général, M.Bernardino LEON avant la fin de son mandat, accord qui a été immédiatement accueilli avec les réserves de plusieurs parties libyennes. Le successeur de M.LEON, M. Martin KOBLER s’en tient visiblement à cet accord et a entrainé le Conseil de Sécurité de l’ONU et une grande partie de la Communauté Internationale sur cette voie avec le risque de voir les divergences perdurer au même moment ou le danger du terrorisme connait une recrudescence extraordinaire et où la situation économique du pays se détériore rapidement. Alors que le monde tend à unir ses forces pour combattre ce fléau en Syrie et en Irak, peut il se permettre de voir la Libye devenir un Etat « en faillite » ou se transformer en base principale du terrorisme en contradiction totale avec le principe de la « responsabilité de protéger », motif avancé de l’intervention initiale de l’ONU dans ce pays? Tout autant que la Syrie et l’Irak, la Libye devrait devenir aujourd’hui à la tête des priorités de la Communauté Internationale avant qu’il ne soit trop tard.

 

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