conflit en Libye

Quelle diplomatie pour le conflit en Libye ?

Dans les quelques semaines qui viennent deux cas de figure peuvent se présenter et nécessiteraient deux réactions différentes de la Communauté Internationale, en particulier du Conseil de Sécurité. En présentant ce point de vue, il ne s’agit pas d’intervenir dans les affaires intérieures de la Libye mais plutôt d’apporter une contribution modeste de la part d’un ressortissant d’un pays frère que la proximité géographique et l’histoire rendent susceptible de souffrir le plus de la situation qui s’annonce, ceci sans nier aucunement que le terrorisme, en Tunisie comme ailleurs, a des origines endogènes et exogènes et que rendre un pays voisin unique responsable n’est pas raisonnable et est loin de mon propos :
Premier cas de figure :En cas du succès de M. Martin KOBLER, nouveau Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la Libye, à convaincre rapidement les principales parties politiques dans ce pays des mérites de l’accord de « compris » ou de tout autre accord qui s’en rapprocherait, en les amenant à mettre sur pied une autorité d’unité nationale capable de tenir le pouvoir sur l’ensemble du territoire libyen et de s’attaquer avec détermination aux foyers du terrorisme, le Conseil de Sécurité de l’ONU devrait se réunir sans tarder pour apporter à cette autorité son appui et pour dépêcher, après les préparatifs d’usage, une Mission de Maintien de la Paix-et non plus seulement une mission politique- avec des composantes civiles et policières. Une importante composante militaire serait également nécessaire à cette mission, composante qui, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte ,pourrait aider l’autorité nationale, avec l’appui logistique des pays en mesure de le faire, y compris certains des pays voisins, à nettoyer et ramener sous son contrôle les parties du territoire libyen actuellement infestées d’éléments armés constituant un danger pour le peuple libyen et pour le monde extérieur. Cette Mission de Maintien de la Paix devrait rapidement être suivie d’une « Opération de Consolidation de la Paix » sous la direction de l’ONU avec pour mandat le renforcement de l’autorité de l’État à travers, notamment, la reconstruction des institutions du pays et de ses infrastructures, étant entendu que la Libye ne manque pas de ressources pour effectuer cette reconstruction mais aurait besoin de l’appui technique et humain que les pays voisins en particulier peuvent apporter.
Deuxième cas de figure : En cas de persistance du refus d’une ou de plusieurs parties importantes de l’accord de compromis, il ne s’agirait plus de lancer une nouvelle action de médiation internationale , ni d’entrer dans le jeu de l’imposition de sanctions économiques ou de voyage contre les parties récalcitrantes, ni enfin de s’engager dans une nouvelle opération militaire aérienne sans lendemain menée avec ou sans l’aval du Conseil de Sécurité, comme le laissent entendre les bruits qui courent de temps à autre. Il s’agirait plutôt d’une opération multidimensionnelle d’envergure allant bien au- delà du mandat de la Mission d’Appui,une opération similaire à celle mise sur pied pour le Cambodge en 1992-93 sous le titre « d’ Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge » qui, sous la responsabilité d’un « Conseil National Suprême » désigné et avec la bénédiction d’une Conférence Internationale réunissant les parties concernées, a eu la charge, pendant une période de transition, des questions relatives à l’organisation et la conduite d’élections générales ainsi que les questions d’ordre militaire, de l’administration civile, du maintien de l’ordre, du rapatriement et de la réinstallation des personnes déplacées et des réfugiés et de la reconstruction de l’infrastructure de base. D’autres cas existent, comme la Namibie, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo, d’administration à travers les Nations Unies D’états tombés au cours des dernières décennies en déliquescence. Dans le cas de la Libye, et en l’absence d’un cadre politique général et d’un conseil national agréés par tous, il appartiendrait au Conseil de Sécurité de prendre les dispositions nécessaires en accord avec les parties libyennes disposées à collaborer avec la Communauté Internationale. L’action de cette mission devrait se faire parallèlement à une action militaire vigoureuse coordonnée par l’Organisation des Nations Unies et sous son unique autorité afin de reprendre les zones infectées par la présence terroriste. Une telle opération ne serait certainement pas sans coûts humains et matériels et il est connu que l’Organisation et ses États membres rechignent souvent à envoyer des soldats de la paix dans un milieu qui n’est pas raisonnablement bien pacifié. Cependant, l’urgence de la question et l’imminence du danger encouru par le peuple libyen, la région et le monde devraient inciter à trouver les solutions idoines pour mener une telle mission multidimensionnelle dans les meilleures conditions possibles de sécurité et d’efficacité. Le prix à payer pour l’inaction serait infiniment plus élevé que celui de l’action.

 

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