saint Augustin

Qui était saint Augustin, qui reçut une formation philosophique à Carthage ?

Le philosophe et théologien chrétien Augustin d’Hippone ou saint Augustin, né à Thagaste (Souk Ahras, aux confins de l’Algérie et de la Tunisie, à l’époque « municipe » romain) le 13 novembre 354, et mort le 28 août 430 à Hippone (Annaba, Algérie), est un penseur berbère romanisé de l’antiquité tardive qui a marqué d’une empreinte considérable la pensée philosophique et religieuse du monde occidental. Il est, avec les théologiens Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon et Grégoire le Grand, l’un des quatre Pères de l’Eglise occidentale et l’un des trente-six docteurs de l’Eglise. C’est à Carthage qu’il forgea une partie importante de son instruction philosophique.

Formation à Carthage

Il est connu pour avoir eu une jeunesse dissipée et avoir été un élève indiscipliné. Mais c’était avant qu’il commence à s’intéresser au problème du bien et du mal et à la question du péché. Fascinant de diversité et de tournures divergentes, son itinéraire intellectuel commence par une formation universitaire typique des lettrés romains de l’époque, à Carthage, alors province romaine. Le site Les Philosophes explique que c’est à dix-sept ans qu’il se rendit à Carthage pour étudier la rhétorique. Là-bas, « il découvre une ville où règnent la débauche et la recherche effrénée de la jouissance », écrit le site français. En effet, au sein de la Carthage antique de cette époque se coudoyaient “trafiquants et artisans, courtisanes, grands seigneurs et manants, théologiens et rhéteurs”, comme l’écrit la Revue archéologique du Centre de France dans une note présentant l’ouvrage de Gilbert-Charles Picard, “La Carthage de saint Augustin”. C’est aussi à Carthage qu’il rencontre la femme avec laquelle il vivra pendant quinze ans et aura un fils, Adéodat. Pendant son séjour dans cette capitale où ont longtemps convergé les plus grandes intelligences de l’Afrique, il se procure un livre de Cicéron, l’Hortensius, « qui éveille en lui un vif intérêt pour la philosophie », poursuit le site Les Philosophes. Il se met ensuite à enseigner la rhétorique et l’éloquence à Carthage, qu’il finira par quitter pour Rome, puis Rome pour Milan.

Rencontre avec Ambroise de Milan

Bien que né d’une mère profondément chrétienne et pieuse, c’est donc à la philosophie qu’il s’intéressa d’abord : « Il lisait tout ce qu’il trouvait d’ouvrages philosophiques, séduit tantôt par le scepticisme, tantôt par l’épicurisme. Il était en recherche », écrit ainsi La Croix. Il embrassa ensuite la doctrine manichéenne (le manichéisme, qui trouva un terreau propice à son expansion au sein, notamment, des cercles aristocratiques nord-africains, est une religion orientale fondée par un Perse nommé Mani ; elle se déclinait en un syncrétisme fondé sur les pensées du zoroastrisme, du bouddhisme et du christianisme, bien que les partisans de ce dernier l’aient combattue) et ne se convertit au christianisme qu’assez tard, à l’âge de 32 ans, après qu’il eut rencontré à Milan Ambroise de Milan. A Milan, il fréquente également des cercles platoniciens, et assiste aux homélies de l’évêque Ambroise, « qui l’amènent, sinon à se convertir au christianisme, du moins à se détourner définitivement du manichéisme », écrit le site Les Philosophes. Il décide ensuite de se convertir et part en retraite spirituelle dans la villa d’un ami, où, pendant un an, il rédigera des ouvrages comme Contre les Académiciens, les Soliloques, le Traité de la vie bienheureuse. « Il est enfin baptisé dans la nuit pascale du 24 au 25 avril 387, avec son fils, à la grande joie de sa mère, dont c’était le vœu le plus cher », raconte encore le site français.

Une pensée spirituelle et rationnelle

Il a mené des controverses orales et écrites contre les manichéens, les partisans du donatisme (hérésie chrétienne), et contre le pélagianisme (autre hérésie chrétienne). Il a laissé une œuvre considérable au sein de laquelle trois livres ont été et continuent d’être l’objet de commentaires sans cesse renouvelés : Les Confessions, La Cité de Dieu et De la Trinité.

Inspiré par le néoplatonisme, il est le principal penseur qui a permis au christianisme d’intégrer une part de l’héritage intellectuel grec et romain, en formulant une lecture allégorique des écritures chrétiennes. Il a fortement marqué l’univers intellectuel du monde occidental, jusqu’à la montée en influence de la pensée de Thomas d’Aquin qui, huit siècles après lui, livrera une lecture aristotélicienne du christianisme. Malgré cela, sa pensée conserve jusqu’à nos jours une grande influence.

C’est lui qui insiste le plus sur la transcendance divine : pour lui, la croyance inverse (notamment celle du manichéisme qui met en avant un Dieu « faible ») ne constitue rien d’autre que le péché originel. Dans sa théologie, ce dernier a un poids important sur la vie des hommes : sans la “grâce divine”, l’homme est incapable de se sauver lui-même, bien que pour l’auteur de La Cité de Dieu, la volonté humaine permette, sans toutefois être suffisante, de se diriger vers le Bien. D’où la lutte d’Augustin contre le pélagianisme, dont la dynamique de pensée est sous-tendue par une thèse inverse, celle du libre arbitre et d’un rapport avec Dieu fondé sur la liberté. Dans sa pensée, par ailleurs fortement imprégnée d’éléments culturels d’Afrique du Nord, l’idée de commencement et de renouveau est très présente. Saint Augustin met également l’accent sur la raison de l’homme, qui représente un moyen de s’approcher en partie de la vérité des choses (la vérité absolue n’étant pas accessible à l’entendement humain), mais dans une perspective qui intègre une dimension spirituelle. “Pour lui, le savoir est un moyen de rencontrer Dieu. L’étude de l’univers ne peut que conduire à une appréciation plus haute de la sagesse de Dieu”, écrit ainsi la Bibiliothèque nationale de France.

Au XVIe siècle et au XVIIe siècle, des doctrines comme le protestantisme trouveront leurs fondements dans ses thèses, et s’adresseront, comme celle d’Augustin, aux classes moyennes plutôt qu’à l’aristocratie, plus influencée par le pélagianisme. Opérant une distinction entre le monde (ou cité) terrestre, lié à l’amour de soi, et ce qu’il nomme « la Cité de Dieu », communauté qui n’est pas de ce monde et où séjournent les vertueux : Dieu, les anges, les saints et les hommes intègres, il a ainsi “légué l’ambiguïté sur la grâce, qui inspirera les réformateurs du XVIe siècle, Calvin et Luther, ainsi que les jansénistes du siècle suivant”, ajoute la BnF.

Retour à Thagaste

Quittant l’Italie en 387, il prend le chemin du retour avec sa famille et, en 388, se réinstalle dans son pays, dans sa maison familiale à Thagaste. Il y fonde une petite communauté contemplative unifiée autour de la foi chrétienne. Il est appelé comme prêtre puis comme évêque à Hippone. C’est alors qu’il entame une phase d’une immense fécondité intellectuelle, et rédige ses trois ouvrages les plus connus (cités précédemment). Il meurt le 28 août 430, à l’âge de 76 ans, pendant le siège de sa ville Hippone par les Barbares. La fin de vie de cet éminent philosophe coïncide donc avec le déclin de l’Empire romain  d’Occident et, près de 900 ans plus tard, en 1298, il est canonisé par l’Eglise catholique, qui le reconnaît comme Docteur de l’Eglise.

Nejiba Belkadi

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