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Ce qu’il faudrait faire pour réussir la transition démocratique en Tunisie, bloquée par la corruption, le clientélisme et le régionalisme

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Depuis la révolution tunisienne de 2011, révolution considérée comme unique parmi celles du printemps arabe, corruption, régionalisme et clientélisme font figure d’obstacles principaux à sa réussite, en bloquant la transition démocratique. Par ailleurs, malgré la succession de plusieurs gouvernements, aucun n’est parvenu à faire l’unanimité ou du moins gagner la confiance du peuple, ni entrepris un dialogue économique et politique à l’échelle nationale, et mettre le pays sur la bonne voie.

Selon le site crisisgroup.org, le consensus politique en place depuis les élections parlementaires et présidentielles de 2014 a réussi à stabiliser la Tunisie. Toutefois, il a commencé à montrer des signes d’épuisement et atteindre ses limites. Malgré la formation d’un gouvernement d’union nationale comprenant les principaux partis politiques, un sentiment général d’exclusion socio-régionale et d’affaiblissement de l’autorité de l’État continue à régner, nourri par la propagation de la corruption et du clientélisme.

La réussite de la transition démocratique est intimement liée à la relance économique. Ainsi, pour l’accomplir, le consensus doit être élargi au-delà des arrangements actuels entre les dirigeants politiques et les syndicaux. Une nouvelle approche audacieuse et novatrice englobant des personnalités influentes, en particulier celles des régions marginalisées devrait s’établir.

Dans le contexte de l’instabilité économique, le monde des affaires en Tunisie affiche des signes croissants de polarisation, avec la concurrence des barons de l’économie parallèle et de la contrebande. D’un côté, une élite économique établie au Sahel et dans les grands centres urbains et de l’autre, une nouvelle classe d’entrepreneurs issus des régions marginalisées, qui sont en partie impliqués dans les réseaux du commerce informel, et qui soutiennent des manifestations violentes contre les autorités et aspirent à occuper une place parmi l’élite reconnue.

Au cœur de ce conflit enraciné, qui empoisonne le climat économique et politique, il y a le conflit d’intérêt autour de la monopolisation des postes administratifs clés qui contrôlent l’accès au crédit et par extension à l’économie formelle. Cela contribue à la propagation et à la «démocratisation» de la corruption et paralyse la réforme. Cela renforce également les inégalités régionales découlant de la discrimination à l’égard des citoyens issus des régions marginalisées, résultat des pouvoirs arbitraires des fonctionnaires administratifs et de l’inflexibilité du système bancaire.

Alors que le gouvernement de Youssef Chahed a exprimé sa ferme détermination à lutter contre la corruption et à redynamiser l’économie, les conflits internes l’ont dévoré. Il est devenu évident que les réformes qu’il préconise sont impossibles à appliquer sans une initiative politique visant à réduire l’influence cachée des grands acteurs économiques.

Malgré l’appui de partenaires internationaux à la Tunisie, une mauvaise gestion et un éparpillement des dons et des crédits accordés par ces partenaires a empêché le pays d’investir au mieux ces ressources financières, d’où le sentiment approfondi de la population d’une corruption généralisée. Le dernier rapport de la Cour des comptes européenne en atteste. Ainsi, les mesures entreprises pour lutter contre la marginalisation n’ont pas donné de résultats probants. Pour parvenir à améliorer les finances publiques et protéger l’Etat des réseaux de l’économie parallèle, le gouvernement devrait :

Fournir à l’Instance nationale pour la lutte contre la corruption (INLUCC) les ressources humaines et financières adéquates à l’application de sa stratégie générale.

Coopérer avec le parlement et établir un cadre juridique pour les activités des lobbyings afin de réduire les conflits d’intérêt au plus haut niveau politique.

Le Parlement de son côté, devrait réduire le pouvoir discrétionnaire des fonctionnaires administratifs qui favorise le clientélisme et la corruption car, ces derniers sont en partie responsables du fait que les entrepreneurs des régions marginalisées n’ont pas accès au crédit et aux marchés public. Aussi, il faudrait simplifier les procédures administratives dans les domaines économique et financier en éliminant les dispositions juridiques excessivement répressives et compliquées.

Le gouvernement et le parlement devraient ensemble, en vertu de la loi existante, exiger des partis politiques qu’ils soumettent leurs rapports financiers annuels à la Cour des comptes et étendre les exigences en la matière déjà appliquées aux ministres et hauts fonctionnaires pour faire triompher la transparence et l’équité.

Pour être efficaces, ces réformes devraient s’accompagner d’un dialogue économique national rigoureux et exhaustif entre la présidence, le gouvernement, les principaux partis politiques, les syndicats, les associations et les hommes et les femmes d’affaires les plus influents du pays, notamment ceux impliqués dans l’économie parallèle. Un tel dialogue, devrait viser à rendre l’économie formelle plus inclusive pour les nouveaux venus de l’intérieur et à concrétiser la volonté politique dans la lutte contre la corruption. Il faudrait inclure, sur la base de critères spécifiques et justes, les entreprises qui représentent actuellement des obstacles à ces objectifs.

Pour leur part, les principaux partis politiques et les syndicats, ainsi que les organisations locales et internationales de la société civile, devraient soutenir une pareille initiative. Les membres de l’élite économique établie et les entrepreneurs émergents devraient tous deux pouvoir échapper à la logique de règlement de comptes qui les pousse à se saboter économiquement, et œuvrer ensemble pour le bien du pays à long terme.

Pour synthétiser, il faudrait travailler à l’évolution du consensus politique actuel basé sur un accord incomplet qui vise à briser le cycle de polarisation politique entre islamistes et non-islamistes – mais qui a souvent abouti à une redistribution des ressources de l’Etat, d’où sa fragilité. Cette évolution est primordiale pour atteindre un véritable contrat social et régional en mesure de protéger le pays d’une recrudescence de la violence et d’un retour à la dictature.

N.B

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