L'affaire de la mort de George Floyd a pris une ampleur internationale. Ici, dans une rue de Manchester, un street-artist dessine le visage de George Floyd, assassiné par un policier blanc à Minneapolis, le 25 mai 2020. PHOTO : Paul ELLIS / AFP

Racisme systémique aux Etats-Unis : le mea culpa de l’ambassadeur américain en RDC

« Le racisme est inacceptable, nous devons faire mieux », a écrit mercredi l’ambassadeur des Etats-Unis en République démocratique du Congo, Mike Hammer, dans une longue déclaration sur le meurtre par des policiers blancs de l’Afro-Américain George Floyd.

L’affaire du meurtre de George Floyd, qui a perdu la vie cette semaine « entre les mains d’un policier qui était censé le servir et le protéger », est en train de secouer la diplomatie américaine dans le monde. Mercredi, l’ambassadeur des Etats-Unis en République démocratique du Congo, Mike Hammer, s’est montré très critique vis-à-vis des brutalités policières qui sévissent dans son pays contre les Noirs Américains. Dans une longue déclaration postée sur Twitter et relayée par l’ambassade des Etats-Unis à Kinshasa, il a déclaré : « Je partage votre peine, je partage votre colère, je partage votre indignation concernant cette mort et je partage votre désir de justice », en s’adressant aux Congolais, unanimement choqués après le meurtre par plaquage ventral de George Floyd. Ils l’avaient interpellé sur les réseaux sociaux en demandant un commentaire fort de sa part.

Défi racial « sérieux » aux Etats-Unis

« Les actes odieux qui ont ôté la vie de M. Floyd et les policiers qui les ont commis font l’objet d’un examen par le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’Etat concerné aux Etats-Unis, a-t-il assuré. Toutefois, la vraie justice ne peut être rendue que si tous les gouvernements respectent les droits de l’homme de tous les citoyens. » Le diplomate dit surtout « reconnaître » le défi racial sérieux que les Etats-Unis doivent surmonter. « Une injustice où qu’elle soit menace la justice partout », poursuit-t-il, affirmant citer le leader des droits civiques Martin Luther King, assassiné en 1968. « Le système a échoué à protéger un de nos citoyens comme il l’a trop souvent fait à l’égard de tant d’Afro Américains », a-t-il indiqué.

« Quand nous, en tant qu’Américains, dévions des idéaux de liberté et d’égalité qui ont fondé notre nation, nous devons nous engager (…) à identifier nos failles, à corriger notre trajectoire », a ajouté le représentant de l’administration américaine en RDC.

 

« Alors que nous nous efforçons de parfaire notre démocratie américaine et d’atteindre nos idéaux, nous continuerons de rechercher le même engagement de la part de nos amis et de nos partenaires dans le monde entier », conclut ce fervent soutien des réformes amorcées par le nouveau président congolais Félix Tshisekedi.

Le 25 mai à Minneapolis aux Etats-Unis, l’Afro-Américain George Floyd a été asphyxié par plaquage ventral par un policier blanc, Derek Chauvin, lors d’une arrestation musclée. Une bavure policière qui démontre une nouvelle fois la persistance du racisme systémique et de la brutalité policière aux Etats-Unis, et vient s’ajouter à une liste devenue trop longue d’autres actes de violence raciste qui ont visé des Américains noirs tout au long de ces derniers mois et années. Devenue une affaire judiciaire, la mort de Floyd a immédiatement provoqué une vive polémique dans le pays et à l’international et de violentes protestations à Minneapolis (Etat du Minnesota).

Les Noirs, « plus gros effectif des prisons et des cimetières américains »

Dans une tribune retentissante publiée par l’éditorialiste burkinabè Morin Yamongbe et relayée par Courrier International, celui-ci souligne que les Etats-Unis sont « une terre qui a presque toujours été un enfer pour les Noirs ». « De leurs aïeux esclaves à leurs parents ouvriers ou petits employés taillables et corvéables à merci, ils sont considérés comme des animaux dont les Américains blancs ne parlent qu’en les comparant aux macaques », écrit-il. Pour lui, cette société « que Martin Luther King a essayé de combattre par la non-violence » laisse trop peu d’espace de liberté aux Noirs. Ces derniers constituent même aux Etats-Unis « le plus gros effectif des prisons et des cimetières américains ».

« Le tueur, le violeur, le voleur, ou le dealer, c’est le Noir. Et même quand ils sont les plus grands et les plus brillants dans leurs domaines respectifs comme, en sport Michael Jordan ou Mohamed Ali, en musique comme Ray Charles ou Jimmy Hendricks, pour ne citer que ceux-ci, les Noirs demeurent toujours au bas de l’échelle. »

Silence assourdissant des dirigeants africains

Les Etats-Unis, ces gendarmes du monde, sont, hélas, aidés dans l’assise de leur force dominatrice par des dirigeants africains. L’éditorialiste souligne que ces derniers sont en effet « habitués à tendre la sébile » et qu’ils « ne peuvent lever le petit doigt contre les boucheries des Bush ou les tromperies de Trump ». Rappelant que plusieurs chefs d’Etats africains s’étaient rendus en France, suite à l’attentat du 7 janvier 2015 à Paris, pour rendre hommage aux journalistes de Charlie Hebdo qui avaient alors été tués, il explique que si les chefs d’Etat africains étaient presque tous « Charlie Hebdo », aucun n’est aujourd’hui « George Floyd ». Au vu de l’ampleur des protestations aux Etats -Unis, « on attend mieux de l’Afrique », dit-il.

N.B.

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