Relations tuniso-italiennes à l’épreuve des Harragas

Si la lutte contre le terrorisme et la radicalisation a marqué des points en Tunisie en dépit de la dernière lâche attaque survenue à  Sousse, il n’en est pas de même pour le phénomène de la migration clandestine en direction de l’Italie. La situation chaotique en Libye a enfoncé le clou puisque des réseaux mafieux bien organisés, suréquipés et lourdement armés ont fait fortune dans ce commerce illicite. Des embarcations VIP en direction de l’Italie via la Tunisie ont vu le jour ces dernières années. Du fil à retordre pour notre pays qui, paradoxalement, accueillait à bras ouverts les italiens avant même l’époque du protectorat français.

La tension monte d’un cran

La propagation de la pandémie du Covid19, n’était pas en mesure  de décourager  les Harragas dont le nombre a été multiplié par quatre depuis le début de l’année en cours. Augmentation du taux de chômage, marasme économique, ascenseur social en panne et un paysage politique profondément sclérosé; autant de facteurs qui poussent à la traversée de la mort. le pays ne fait que s’enliser dans la crise depuis la Révolution. Travail, liberté et dignité ont scandé les Tunisiens le 14 janvier 2011. Mais que des rêves fissurés et des promesses en l’air, poussant jeunes et moins jeunes à risquer leur vie en quête de l’eldorado européen, d’un emploi, d’un toit, d’une vie décente. Selon l’Organisation mondiale de la migration, « au moins 30150personnes ont perdu la vie en migrant irrégulièrement entre 2014 et 2018. Plus de 19 000 décès et disparitions ont eu lieu par noyade ». Près de la moitié des 14 795 décès d’hommes, de femmes et d’enfants recensés ces cinq dernières années ont été enregistrés le long de la Méditerranée centrale entre l’Afrique du Nord et l’Italie, ajoute la même source onusienne.

La tension était palpable ces dernières semaines entre la Tunisie et l’Italie en raison de cet épineux et brulant dossier. L’Italie a dépêché le 17 aout dernier à Tunis  ses ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ainsi que des représentants de l’Union européenne, et à leur tête le Commissaire de l’Union européenne chargé de l’élargissement et de la politique de voisinage, et la Commissaire européenne chargée des affaires intérieures. Deux rencontres au programme , la première avec le président de la République, Kais Saïed et la seconde avec Hichem Mechichi et Selma Enneïfer.

Au menu des entretiens, la question de la migration clandestine et la nécessité d’adopter, dans le cadre de la lutte, une approche globale et participative prenant en compte les différentes dimensions du phénomène social et économique  et qui coupe avec les solutions sécuritaires. Il a été question aussi d’approfondir les consultations en vue de mettre en place un accord de coopération  « nouveau »  entre les deux parties pour organiser la question de la migration irrégulière sur la base de l’intérêt commun et l’engagement mutuel avec les engagements internationaux en vigueur à cet égard, selon un communiqué du MAE.

La société civile monte au créneau

Il va sans dire que la visite de cette importante délégation italienne  au moment où le nombre des candidats à la migration clandestine est monté crescendo, a courroucé les représentants de la société civile, dont le président du Forum tunisien des droits économiques et sociaux(FTDES) Abderrahmane El Hedhili .Il est rapidement  monté au créneau  et adressé une lettre ouverte au président de la République  dans laquelle il souligne que  » la récente crise de a migration a démontré que la Tunisie a besoin aujourd’hui d’une nouvelle prise de conscience pour réformer ses relations avec l’Union européenne et les pays membres et mettre en place une approche plus globale pour résoudre les problèmes relatifs à la migration irrégulière » .

Pointant du doigt la plupart des accords signés entre la Tunisie et l’UE qui ont contribué à « un accès inégal aux droits, à la liberté de mouvement », le président de la FTDES évoque les « pressions italiennes en vue de l’obtention d’un nouvel accord sur la question migratoire qui « légalise » selon ses dires l’ expulsion collective forcée des Tunisiens. Il a à cet effet appelé à l’élaboration d’une d’une stratégie nationale sur la migration qui soit inclusive et préserve les droits et les libertés.

Dans sa lettre ouverte, il appelle  les  ministres italiens des Affaires étrangères et l’Intérieur   à  » négocier avec la Tunisie un accord qui faciliterait la migration des travailleurs saisonniers » .En d’autres termes bâtir un partenariat gagnant-gagnant  tout en respectant les  droits et libertés des citoyens de la Rive Sud.

La Tunisie, rappelons-le, a connu une grande vague de migration clandestine après la révolution et plus de 500 personnes sont toujours portées disparues en Méditerranée, selon des sources sécuritaires.

Samir DRIDI

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