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Rétrospective: La Conférence annuelle des Chefs de Missions diplomatiques et consulaires tunisiens : Entre respect des traditions et attentes légitimes

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La 35ème Conférence annuelle des Chefs de Missions diplomatiques et consulaires s’est tenue à Tunis du 26 au 28 Juillet 2017. Inaugurée par le Chef du Gouvernement, elle a été clôturée par le Chef de l’Etat qui, dans un discours improvisé, a saisi l’occasion pour faire étalage de sa grande maîtrise des questions internationales et pour donner une vue, on ne peut plus encourageante, sur l’orientation de la diplomatie tunisienne et sur la place de notre pays dans le monde. Même si on peut ne pas partager entièrement ce sentiment d’autosatisfaction il faut reconnaître que cette Conférence, placée sous le titre « La diplomatie économique : l’exemple de la coopération tuniso-africaine » a, si on se base sur les rares informations qui en ont filtré, comporté des indices positifs conformes aux traditions du Département et d’autres qui laissent subsister des attentes légitimes.

D’abord, comment ne pas noter avec fierté que le Ministère des Affaires Etrangères demeure l’un des rares départements tunisiens à rester fidèle à la tenue de ces rencontres annuelles dont le respect de la périodicité s’est vérifié à travers tous les régimes et la plupart des gouvernements que notre pays a connus? C’est un signe infaillible que la diplomatie tunisienne est effectivement liée par des considérations de continuité et d’ouverture rares dans les autres structures du Gouvernement, surtout quand il s’agit d’un département de souveraineté, qui plus est tenu par la protection des intérêts extérieurs de la Nation. Par ailleurs, le soin mis par les organisateurs à élargir le spectre des intervenants de haut niveau dans les travaux est à saluer.

Le geste du Président de la République de décorer au terme de la Conférence un nombre (certes trop limité) de hauts cadres du Ministère, en particulier deux collègues que la communauté diplomatique tunisienne a perdu alors qu’ils étaient au summum de leur rendement pour la Tunisie, est digne d’appréciation en retournant à une pratique qui a été longtemps, et mystérieusement, délaissée s’agissant des enfants de cette communauté. Si l’on ajoute cette initiative à la publication concomitante de la liste des nouveaux Ambassadeurs, Consuls Généraux et Consuls parmi les fonctionnaires du Ministère, l’on peut dire que la réhabilitation de ce Ministère, que ce journal a toujours appelé de ses vœux, semble être engagée. Que tous nos collègues décorés et ceux nouvellement promus trouvent ici nos félicitations les plus sincères. Nos pensées émues s’adressent également à nos frères et sœurs membres, anciens et nouveaux, de la famille diplomatique qui nous ont quittés cette année et qui ont honoré la carrière et le pays.

Ceci dit, comment en même temps ne pas regretter que des longues journées de la Conférence générale et des Conférences régionales et consulaire qui l’ont précédée, rien ne perce, mis à part les quelques indiscrétions des journalistes qui ont eu la chance de suivre ces travaux ainsi que les quelques informations distillées par certains responsables? Comment convaincre une opinion publique tunisienne dubitative quant à l’évolution et l’efficacité de l’action de ce Ministère si cette action est toujours entourée de mystère ? Le rapport de la Conférence, du moins dans ses parties qui ne touchent pas à la sécurité nationale et ne risquent pas de nuire à nos relations avec les pays frères et amis, devrait pouvoir être produit pour consultation par toute personne intéressée.

S’agissant des deux sujets phares qui ont apparemment constitué l’essentiel des travaux, à savoir la diplomatie économique et la coopération avec l’Afrique, et en nous appuyant sur les indiscrétions et informations fournies, l’on peut se demander si la Conférence a dépassé les formats traditionnels, débattus de temps à autre par les rencontres du même genre avec l’expression de vœux sincères mais non appuyés par les faits de voir le Ministère des Affaires Etrangères renforcer ses moyens pour mener à bien ces deux missions en comptant sur la bonne volonté des autres ministères et organismes concernés pour l’y aider. Certes, l’initiative louable de créer au sein du Ministère une structure rattachée au Cabinet pour s’occuper de la diplomatie économique a pu apporter un plus en la matière. Par ailleurs, l’entente apparente avec certains autres ministères ainsi que des opérateurs économiques publics et privés en vue de la création d’une structure au sein du Ministère des Affaires étrangères chargée de la promotion de la diplomatie économique, peut être d’une certaine utilité, mais son caractère ad-hoc est-il de nature à lui garantir efficacité et pérennité ? Sur un autre plan, et tout en louant la décision d’ouvrir deux nouvelles Ambassades et cinq nouvelles représentations commerciales tunisiennes en Afrique, les quelques actions annoncées jusqu’ici (comme le fait que « deux ou trois compagnies opèrent déjà sur le marché africains ») présentées comme signe évident de l’orientation de la Tunisie vers l’Afrique, restent bien modestes au regard du retard d’une vingtaine d’années enregistré sur ce plan, alors que d’autres pays, grands et moins grands, se sont confortablement installés dans ce Continent dont la Tunisie de Bourguiba avait pourtant perçu le potentiel dès les premières années des indépendances nationales.

L’importance des enjeux et les attentes des tunisiens requièrent que l’on s’oriente enfin vers une nouvelle approche plus audacieuse et plus durable pour ces deux sujets considérés à juste titre prioritaires pour la Tunisie. Des études ont été effectuées et des propositions ont été faites par des milieux officiels et des think-tanks sérieux sans qu’elles ne soient suivies d’effet parce que les administrations chargées de ces deux sujets sont devenues tentaculaires chacune défendant son pré-carré et entretenant « son » activité diplomatique et « ses » représentations outre-mer. Les multiples circulaires des Premiers ministres successifs pour que le Ministère des Affaires Etrangères et ses représentations à l’étranger coordonnent toutes ces activités n’ont pas été suivies d’un effet significatif. Le temps n’est il pas venu, alors que l’on parle d’un remaniement ministériel imminent et peut être d’une restructuration gouvernementale, pour que l’on envisage une démarche claire en la matière ? Cette démarche pourrait comporter, entre-autres, les points suivants :

—Tenue, le plus tôt possible et en tout cas avant la fin du dernier trimestre de l’année en cours, d’une consultation nationale sur les problèmes de la coopération internationale tunisienne, notamment avec l’Afrique.
—Cette consultation pourrait mener à une stratégie acceptée par tous les intervenants ainsi qu’à la création d’une commission nationale permanente, ou d’un conseil national, chargés du suivi de la mise en œuvre de cette stratégie.
— A la lumière de cette stratégie, une nouvelle conception des diverses représentations tunisiennes à l’étranger pourrait être adoptée avec comme objectifs l’unicité, l’efficacité et la réduction des coûts opérationnels.
—Un haut responsable au sein du Gouvernement devrait être identifié avec le rang de Secrétaire d’Etat ou de Ministre Délégué (de préférence rattaché administrativement au Ministère des Affaires Etrangères) qui serait habilité à participer aux conseils des ministres et qui aurait la charge de diriger une structure légère pour superviser, en coordination avec la commission nationale permanente, ou le conseil national, ci-dessus suggérés, la coopération internationale de la Tunisie, ainsi que les relations économiques avec l’Afrique.

Les décideurs tunisiens, de plus en plus préoccupés par les considérations politiques et les échéances électorales proches et lointaines, auront-ils le temps et la volonté d’engager un tel processus ou se contenteront-ils de se retrouver l’année prochaine au cours de la 36ème Conférence des Chefs de missions diplomatiques et consulaires à réitérer les mêmes constats avec les mêmes vœux pieux et le même degré d’autosatisfaction ?

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