Rétrospective : La crise du Golfe s’aggrave

Rétrospective : La crise du Golfe s’aggrave

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Au lendemain de l’annonce de la décision de rupture des relations diplomatiques avec le Qatar prise par quatre autres pays arabes, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn et l’Egypte, ce Journal, dés le 5 juin 2017, a tiré dans un éditorial la sonnette d’alarme et averti sur les conséquences que cette décision pourrait avoir pour les pays du Golfe et pour l’ensemble de la région, en recommandant à la diplomatie tunisienne de ne pas se précipiter pour suivre l’exemple de ces pays et de préserver l’indépendance de ses décisions en la matière tout en menant les concertations nécessaires avec les autres pays maghrébins à ce sujet. Aujourd’hui, une semaine après le début de ces développements, tout en se félicitant de l’attitude mesurée adoptée par la Tunisie en la matière-en dépit des pressions contradictoires des forces politiques internes- l’on ne peut qu’observer que la crise s’aggrave de jour en jour, malgré les efforts déployés pour l’endiguer. Tout donne à penser que l’on n’est pas face à un différend régional banal mais bien devant un conflit diplomatique et politique aigu et une guerre économique totale doublée d’un bouleversement de la donne au niveau de la zone arabe en lien avec les mutations que connait la situation politique, sécuritaire et énergétique mondiale. En effet :

—Les mesures extrêmement sévères prises par les quatre pays en question à l’encontre de Qatar dépassent, et de loin, les simples « coups de semonce »qu’on adresse à un pays pour faire changer ses positions sur tel ou tel sujet. Il s’agit bien d’un châtiment collectif de tout un peuple qui, du jour au lendemain, se trouve soumis à un blocus terrestre, aérien et naval qui risque de le priver même de ses moyens de subsistance. Quelle que soit la position que l’on peut avoir à l’égard de Qatar, un tel agissement, sans beaucoup de précédents dans le monde moderne, ne peut être considéré comme faisant partie des enseignements de l’Islam, surtout en plein milieu du mois sacré de Ramadan, ni des traditions arabes. Quelle que soit l’issue de cette crise, cet agissement ne manquera pas de laisser des traces indélébiles dans le subconscient des arabes et des musulmans. Du reste et sur le plan de la légalité internationale, seul le Conseil de Sécurité des Nations Unies est habilité à décréter un blocus partiel ou total contre un pays chaque fois qu’il constate « l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression » et ce conformément au Chapitre VII de la Charte et en particulier ses Articles 41 et 42. A notre connaissance, ce Conseil n’a jamais été sollicité pour faire un tel constat et pour imposer une telle mesure. Enfin, l’isolement économique de Qatar pourrait devenir contre-productif pour les pays qui l’ont décidé dans la mesure où Doha possède des arguments de poids (fourniture de gaz, investissements, main d’œuvre…) qu’il pourrait utiliser contre certains de ces pays s’il est poussé dans ses derniers retranchements. L’on aboutirait alors à une guerre commerciale et économique qui pourrait être le prélude à un conflit armé aux conséquences incalculables pour la région et pour le monde.

—Par delà les considérations morales, juridiques et économiques, les sanctions prises contre Qatar se sont révélées à ce jour politiquement inefficaces puisque, au lieu d’amener ce pays à composition, elles ont aiguisé sa volonté de résistance d’autant que ces sanctions ont été accompagnées d’une série de conditions aussi draconiennes les unes que les autres (bien que certaines ne manquent pas de pertinence comme nous le verrons plus loin) avec une campagne diplomatique et médiatique visant à ameuter les communautés arabes et musulmanes afin d’amener autant de pays que possible à rompre avec Doha (sans que cet effort ne soit vraiment couronné d’un succès retentissant puisque seuls quelques pays arabes « marginaux »et quelques petits pays musulmans ont répondu à l’appel). Bien au contraire, au lieu de ramener Qatar au « giron » saoudien, les sanctions sont entrain de pousser ce pays dans les bras d’autres puissances régionales rivales (Turquie et Iran) et même dans ceux de la Fédération de Russie et certaines puissances occidentales comme l’Allemagne. S’agit-il de rapprochements tactiques ou risquent-t-ils d’avoir des conséquences durables en faisant sortir le conflit de son cadre régional pour le placer dans un cadre international soumis aux intérêts des grandes puissances et de leurs calculs géostratégiques aujourd’hui souvent contradictoires? En un mot, les régions du Golfe et par-delà celles d’Asie Centrale et de l’Ouest sont elles destinées à connaitre des bouleversements incontrôlables au cas où l’entêtement des frères ennemis de la presqu’île arabique persisterait ?

—Il faut dire que l’internationalisation du conflit a commencé avec le fameux Sommet américano-arabo-islamique de Ryadh, tenu il y a seulement quelques semaines et au cours duquel le Président Trump a étalé sa nouvelle doctrine pour le Moyen Orient, doctrine en apparence destinée à mieux lutter contre le « terrorisme islamiste » mais qui en fait tend à redessiner la carte du Moyen Orient en favorisant largement le camp Arabie Saoudite/Emirats Arabes Unis/Egypte aux dépens d’alliés traditionnels tels que Qatar et la Turquie. Les tergiversations de l’Administration américaine dans ses positions depuis le déclenchement du conflit cachent mal ce choix stratégique qui ne va pas sans risques économiques et sécuritaires pour la grande puissance d’outre-Atlantique mais dans lequel elle semble déterminée à aller jusqu’au bout. Qatar l’a bien compris en écartant pour le moment la possibilité d’un déplacement de son Emir à Washington pour une médiation, qui ne peut être qu’intéressée, du locataire de la Maison Blanche.

—Si les puissances extrarégionales avancent avec assurance leurs pions dans cette affaire en risquant de l’embraser davantage, c’est parce que les puissances régionales et les organismes arabo-islamiques ont jusqu’ici failli à leur responsabilité. Après l’échec apparent de la médiation koweïtienne, pourquoi les pays du Maghreb par exemple ne proposent-ils pas leurs bons offices ? Quid d’Oman? Quid de l’ONU qui semble avoir perdu toutes ses capacités depuis l’élection du nouveau Secrétaire Général ? Que dire surtout de la Ligue des Etats Arabes et de l’Organisation de la Coopération Islamique que nos contribuables financent à coups de millions de dollars mais qui maintiennent un silence assourdissant devant cette crise qui menace la stabilité de notre région? En fait, l’existence même de ces deux ensembles aura-t-elle un sens quand nos pays finiront par s’identifier à un camp confessionnel donné (sunnite ou chiite) plutôt qu’à une appartenance arabo-musulmane claire, en se plaçant sous l’emprise d’une puissance extérieure où d’une autre ?

—Il reste que les parties directement impliquées dans le conflit, qui se jettent actuellement la responsabilité de la situation actuelle, se sont abstenues à ce jour de se regarder courageusement dans le miroir pour évaluer et reconnaître leur propre responsabilité. Les reproches doivent en effet être équitablement distribués entre un pays riche mais aux capacités humaines et stratégiques limitées qui a tout fait pour s’immiscer, par le biais de ses organes officiels ou ses citoyens privés et organisations non gouvernementales, dans les affaires des autres afin d’imposer sa propre vision de la démocratie et de l’Islam «politique » et en faussant les acquis d’un Printemps arabe au départ si prometteur, et deux autres pays non moins riches qui, se départant de la politique modérée et consensuelle de leurs pères fondateurs, se sont lancés dans une opération couteuse et parfois dramatique d’extension d’une approche salafiste de l’Islam sunnite et d’une projection de puissance basée sur l’influence brutale et une lutte déclarée avec les tenants de l’autre confession musulmane qu’est le chiisme, en particulier l’Iran. Le quatrième protagoniste joue son traditionnel rôle de prendre le parti du plus fort pour obtenir le maximum de gains politiques et économiques possibles. (Israël n’est évidemment pas loin observant avec délectation ce nouveau déchirement à l’intérieur de la famille arabo-musulmane en escomptant en tirer le meilleur profit). Sans ces comportements insensés des parties au conflit, le terrorisme n’aurait probablement pas connu l’effet qu’il a connu dans notre région et dans le monde. L’exigence que ces pays, en particulier les trois premiers, révisent leurs politiques est une exigence arabe et musulmane avant d’être internationale et il importe que cette révision se fasse le plus tôt possible avant qu’elle ne leur soit imposée de l’extérieur ou par leurs propres peuples.

Commentaire

  1. Un nouveau calcul pour l’Amérique et l’europe le partage des richesses des musulmans et arabes et détruire la puissance de l’Iran et de l’islam .le seul pays qui peut tenir contre le partage du Moyen-Orient .Pour maintenir et agrandir Israël. Le piège qu’à poser le président américain au Arabes et musulmans de la région et du monde. Le Quatar et une puissance économique et prospère . même les défauts qu’elle a faite il ne faut pas la punir de cette manière . Israël et maintenant protégé par les musulmans et les arabes de la région . Elle tue et pille des milliers de Palestiniens et le monde Arabes et musulmans ne font aucun geste contre Israël puisque elle est le Virus que l’Amérique et l’europe nous l’ingecte pour la laisser libres et nous détruite . VIRUS qui va nous détruite si en reste encore sous leurs Idées et leurs ordres qui nous obligent à faire contre nous même .Il faut faire une réunion urgente avec l ‘OUA .pour mettre fin à ce Remus Ménage qui doit être fait avec sagesse . Maintenant le Quatar la prochaine fois sa sera le tour d’un autre Pays.Le moyen Orient appartient au Arabes et Musulmans il ne faut pas laisser l’Occident nous mener dans leurs programmes . nous sommes libres nos fait et engagements envers nos peuples et nos frères musulmans et arabes. « Je suis une personne qui donne son avis  » MERCI

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