Rétrospective de la diplomatie dans le monde en 2019 : année de toutes les perturbations (Partie 1/4)

Par Ali Hachani, ancien Ambassadeur, avec la collaboration de Néjiba Belkadi

Sur les plans local, régional, interrégional et global ainsi que sur le plan national tunisien, l’année qui s’achève n’a pas été de tout repos pour la diplomatie. Les crises héritées de l’année passée ont, pour la plupart, perduré. Certaines se sont aggravées et de nouvelles ont vu le jour ce qui n’augure rien de bon pour la période à venir. Le Diplomate Tunisien propose une rétrospective en quatre parties de la diplomatie internationale, ainsi que de ses réussites et échecs, constatés en 2019. Ci-après la première partie :
Sur les plans local et régional
—Au Moyen Orient.
Le conflit palestino-israélien ne connaît toujours pas de répit. Bien au contraire, le calvaire que vit le peuple palestinien, notamment à Gaza, n’a fait que s’aggraver cette année sous l’effet de la politique israélienne de fuite en avant pratiquée par un premier ministre israélien aux abois. Celui-ci voit dans cette politique le meilleur moyen de sauver son pouvoir usé alors qu’il est poursuivi par des affaires inquiétantes. En effet, le 21 novembre 2019, le procureur général d’Israël, Avichaï Mandelblit, annonce sa décision d’inculper Benyamin Netanyahou pour corruption, fraude et abus de confiance. Malgré tout, ce dernier reste encouragé et appuyé par une administration américaine qui multiplie les « gestes » amicaux à son égard aux dépens des droits des Palestiniens et des terres arabes.
Après avoir déclaré le 6 décembre 2017, contrairement aux stipulations de nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, que son pays reconnaît désormais officiellement que Jérusalem est la capitale d’Israël et annoncé son intention de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jérusalem et après avoir inauguré officiellement et en grandes pompes les nouveaux locaux le 14 mai 2018, à l’occasion du 70e anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, voilà qu’en 2019 Donald Trump dit reconnaître l’annexion par Israël du plateau du Golan pour ensuite affirmer ne plus considérer les territoires palestiniens comme étant occupés, ce qu’aucun autre pays n’avait fait auparavant, la communauté internationale considérant aussi bien les territoires palestiniens que le Golan syrien ,envahis par Israël pendant la guerre de 1967, comme zones sous occupation .Tous ces « cadeaux » n’ont pas été accompagnés par le dévoilement du fameux « plan de paix » américain ou « initiative du siècle » hormis pour le volet économique de ce plan, qui en dit long sur ce que le monde doit attendre. L’administration américaine maintient qu’elle est prête à dévoiler ce « plan de paix » lorsque l’impasse politique dans laquelle se trouve Israël sera résolue, impasse qui a causé le renvoi pour la troisième fois, faute d’accord entre les Partis, de la formation d’un gouvernement de coalition au printemps de l’année prochaine qui verra l’organisation de nouvelles élections…
Dans ce contexte incertain, le silence du monde, y compris le monde arabe, ne fait qu’encourager l’extrême droite israélienne et ses partisans à Washington à pousser les Palestiniens dans leurs derniers retranchements avec le risque explosif d’embrasement de la région. Et ce n’est pas la récente et bien tardive intention exprimée par la Cour Pénale Internationale de procéder à une enquête sur les « crimes de guerre » israéliens dans les territoires occupés-immédiatement contestée par Washington-qui va y changer grand-chose !
Les autres conflits de la région ne sont pas moins pernicieux et évoluent, pour la plupart, de mal en pis, sous l’effet conjugué des difficultés politiques, économiques et sociales vécues par les populations locales l’interférence étrangère et –encore une fois- l’indifférence du monde arabe. L’Irak et le Liban ont vécu cette année des mouvements populaires intenses qui ont eu raison des gouvernements en place sans que l’on perçoive à la fin de l’année la perspective d’une solution. En fait, de tels mouvements sont devenus un aspect fréquent dans cette région et sont en train d’être émulés dans d’autres régions du monde subissant les effets des mêmes circonstances socio-économiques et politiques.
En Syrie, où la guerre civile sévit depuis huit longues années, bien que le régime ait résisté à ses détracteurs de l’intérieur et de l’extérieur et qu’il ait réussi à libérer une bonne partie des territoires qui étaient contrôlés par les rebelles et les terroristes, en particulier les forces de Daech, le pays n’est pas au bout de ses peines : Sa partie nord a subi cette année en toute impunité l’invasion des forces turques en lutte contre les ennemis kurdes du président Erdogan, tandis que les puits de pétrole sont, tout aussi impunément, occupés par des forces américaines et ce sur décision du Président américain Trump qui, après avoir annoncé le retrait du nord de la Syrie, a cru bon d’y maintenir « un petit nombre de soldats » afin de « protéger les champs de pétrole » dont l’exploitation obéira au bon vouloir de Washington.
Seul le Yémen semble donner des signes de sortie timide du tunnel de la guerre puisque la coalition militaire arabe, officiellement « Alliance militaire islamique pour combattre le terrorisme », formée à la fin 2015 à l’initiative de l’Arabie Saoudite, semble se disloquer à cause de la résistance des populations locales et de la perte des appuis extérieurs devant les atrocités commises à l’égard des civils. Les combats à Hodeida, dans l’ouest du Yémen déchiré par cinq ans de conflit, ont diminué depuis un accord de cessez-le-feu dans cette ville stratégique conclu il y a tout juste un an sous l’égide de l’ONU. Cet accord porte notamment sur le contrôle par des forces neutres du port de Hodeïda, point d’entrée principal des importations et de l’aide humanitaire internationale qui arrivent dans ce pays. Problème : la région ne connaît qu’un calme relatif et les témoignages de la population locale montrent une crainte qu’une reprise des hostilités survienne à tout moment alors que les pourparlers entre les parties prenantes restent timides.
Le début d’assainissement des relations entre les capitales des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (en particulier Riad et Doha) et la perspective (encore aléatoire) d’un dégel dans les relations entre Riad et Téhéran, auraient-ils, en cas de confirmation, un effet positif sur ce conflit et sur d’autres ?En fait, il devient clair que les problèmes complexes du Moyen-Orient, en plus d’être causés par des éléments intrinsèques, s’embourbent de plus en plus dans des luttes d’influence régionale et internationale à soubassement religieux et idéologique (entre l’Arabie Saoudite et l’Iran), stratégique et économique (entre les Etats-Unis d’Amérique, la Russie, l’Iran et la Chine) et hégémonique (entre Israël, la Turquie et l’Iran notamment). Ces luttes d’influence, qui semblent pour la plupart devoir se poursuivre, du moins au cours de l’année qui commence, pourraient rendre précaire toute solution au Yémen et dans l’ensemble de la région du Moyen Orient.

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